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Maroc
Hebdo International: Qu'est-ce qui a motivé votre décision
de partir en Espagne pour y demander
l'asile politique?
-Hicham Bouchti: En 2002, j'ai injustement écopé d'une peine
de deux années de prison pour falsification de documents administratifs
et diffusion d'informations militaires confidentielles. J'étais
totalement innocent de ces accusations et j'ai prouvé mon innocence.
Malgré tout, j'ai été emprisonné. En sortant
de la prison, je me suis retrouvé dans ma ville natale d'Oujda
sans travail, la honte et la misère en plus. J'ai essayé
de travailler comme vendeur dans des magasins. J'ai même tenté
de trouver un poste d'éboueur, mais mon casier judiciaire me barrait
à chaque fois la route. Après réflexion, j'ai décidé
d'émigrer clandestinement en Espagne. Une fois à Melilia,
j'ai réalisé que je pouvais capitaliser l'injustice dont
j'ai été victime au Maroc pour obtenir le statut de réfugié
politique.
Ali Lmrabet.
MHI: Ce statut vous a-t-il été accordé facilement
?
-Hicham Bouchti: Au bout de cinq mois, on m'a accordé le statut
de réfugié politique de la catégorie 17/2, qui me
confère un titre de séjour renouvelable chaque année.
Malgré tout, j'ai refusé ce statut incertain et demandé
celui de réfugié définitif qui allait m'être
accordé quelques jours après mon retour au Maroc.
MHI: Pourquoi cette rapidité ?
-Hicham Bouchti: Il est vrai que pour certains réfugiés
africains que j'ai croisés dans le centre d'Alcobendas, les dossiers
traînent depuis plusieurs années. Mais mon cas a été
jugé particulier parce que j'avais l'appui de personnes influentes
dans les milieux de l'opposition marocaine en Espagne, telles que Aïcha
Ramdan, épouse du militant séparatiste Ali Salem Tamek,
et Ali Lmrabet, le journaliste marocain d'El Mundo.
Aïcha Ramdan.
MHI: Comment avez-vous rencontré ces personnes?
-Hicham Bouchti : Aïcha Ramdan résidait avec moi dans le centre
d'Alcobendas. Elle m'a pris sous son aile dès mon arrivée.
Je la considérais comme une amie, voire une marraine. Et je lui
faisais aveuglement confiance. Elle en a profité pour me soumettre
à un véritable lavage de cerveau, me poussant à nuire
à mon pays. C'est elle qui m'a suggéré de rencontrer
Ali Lmrabet et de lui raconter mon histoire qui devait être publiée
pour m'aider à obtenir le statut de réfugié politique.
Dès notre première rencontre dans l'hôtel madrilène
où il dispose constammentd'une chambre qu'il occupe lorsqu'il n'est
pas à Barcelone, la ville où il réside, Ali Lmrabet
m'a proposé de faire un reportage explosif qui devait avoir l'effet
d'une bombe. Il me fallait fournir des informations pouvant nuire à
l'image du Roi et de la famille royale. Lmrabet voulait me faire dire
beaucoup de choses néfastes, totalement imaginaires, sur la monarchie.
Sur le coup, cette fixation sur notre Souverain m'a intrigué. J'ai
compris à ce moment que ce que racontait Lmrabet dans ses articles
était pure fantaisie.
 
Mustapha Adib et Abdelilah Issou.
MHI: Il n'empêche que vous avez donné cette interview.
Pis, vous en avez profité pour appuyer votre demande d'asile politique
-Hicham Bouchti: Oui, j'avoue avoir comploté contre mon Roi. Mais,
sur le moment, je ne réalisais pas la gravité de mes propos.
J'étais tellement subjugué et intéressé. Plus
de 70% des informations et des propos qui ont été publiés
dans l article de Monsieur Lmrabet nous les avons créés
de toutes pièces. Ils sont le fruit de notre imagination. Cet article
ma présenté comme un ancien tortionnaire de la sécurité
militaire. Et ce, pour montrer que le Maroc de Mohammed VI nest
pas différent de celui de son père. On continue à
incarcérer et à torturer, bafouant les droits humains. Après
sa publication sur les colonnes du journal El Mundo en février
2006, j'ai reçu des menaces de la part de citoyens marocains patriotes.
Craignant pour ma sécurité, les autorités espagnoles
m'ont transféré à un autre lieu de résidence.
Javoue que cet article devait se faire pour que je puisse bénéficier
du statut de réfugié politique en Espagne.
MHI: C'est pour cette raison que vous n'avez adressé aucun
démenti au journal El Mundo?
-Hicham Bouchti: Effectivement, j'ai préféré, ou
plutôt on m'a suggéré, d'éviter une telle démarche
qui risquait de nuire à ma demande d'asile. Quand j'ai essayé
de me plaindre et de démentir, l'attitude de Aïcha Ramdan
et celle de Ali Lmrabet frisaient l'intimidation. Ce qui ne m'a pas empêché,
chaque fois que j'ai été interpellé sur ce sujet
par la presse espagnole, de tempérer, voire de démentir,
les propos qui m'ont été prêtés par Ali Lmrabet.
Mais, apparemment, la presse espagnole ne s'intéresse qu'à
ce qui pourrait enfoncer et ternir l'image du Maroc et de son Roi.
MHI: Vous avez cependant continué à fréquenter
Ali Lmrabet?
-Hicham Bouchti: Après une courte rupture, j'ai effectivement repris
mes contacts avec lui. À coups d'invitations dans des restaurants
luxueux et d'enveloppes généreuses, il a réussi à
regagner ma confiance. Il me disait que je n'avais plus rien à
craindre, que son article m'a facilité l'obtention du statut de
réfugié politique et que, de toute manière, les propos
qui m'ont été attribués avait déjà
été publiés dans des livres comme celui de Gilles
Perrault et de Jean Pierre Tuquoi. Il m'a également dit que je
devais profiter de ma notoriété pour me faire de l'argent
et que, désormais, je devais endosser à fond mon rôle
d'opposant. Pour ma part, je considérais que je ne pouvais plus
faire marche arrière.
MHI: C'est à ce moment que vous avez commencé à
proposer des interviews et des articles à des revues espagnoles
en contrepartie de rétributions financières?
-Hicham Bouchti: Non, je n'ai jamais proposé de vendre des interviews.
Le seul article m'impliquant qui a été publié en
Espagne est celui de Ali Lmrabet. Je n'ai pas été directement
payé pour cet article, mais j'ai reçu par la suite de généreuses
sommes d'argent. La seule fois où on m'a proposé de faire
un article rétribué, c'était avec la revue espagnole
Interviu. Cette proposition m'a été faite par le biais de
Abdelilah Issou, un ancien lieutenant de l'armée marocaine qui
m'a été présenté par Aïcha Ramdan. Issou
avait déserté des FAR pour se réfugier en Espagne.
En 2002, il avait déclaré sur les colonnes d'Interviu qu'il
était un espion engagé par le CNI, les renseignements espagnols,
pour espionner l'armée marocaine. Pour m'encourager à accorder
un entretien à Interviu, Issou m'a expliqué que cet article
lui avait valu une rétribution de 2.500 euros (1 euro = 11 Dh)
et, surtout, l'obtention de son statut de réfugié politique.
Finalement, j'ai estimé que le jeu n'en valait pas la chandelle
et j'ai refusé de faire l'interview. D'autant plus que Interviu,
une revue réputée davantage pour ses pages érotiques,
n'était pas le journal le plus indiqué pour donner de la
crédibilité à mon affaire.
MHI: Comment faisiez-vous pour subvenir à vos besoins?
-Hicham Bouchti:Je n'avais aucun problème pour subvenir à
mes besoins. Je peux même dire que je menais la belle vie en Espagne.
Entre les donations de Ali Lmrabet et celles de Aïcha Ramdan, je
recevais entre 600 et 1.000 euros tous les trois jours. Un coup de fil
suffisait pour que je reçoive de grosses enveloppes. Ceci sans
compter mes allocations de réfugié politique.
MHI: Ali Lmrabet est un simple journaliste dans le quotidien El
Mundo. Quant à Aïcha Ramdan, ce n'est qu'une réfugiée
politique. Comment se procuraient-ils donc tout cet argent?
-Hicham Bouchti: L'opposition contre le Maroc est devenue un commerce
fructueux en Espagne. Chaque année, les ONG espagnoles pro-polisario
amassent des dizaines de millions d'euros qui sont ensuite versés
au Polisario et à ses membres en Espagne. Les services espagnols
rétribuent eux aussi et très gracieusement leurs collaborateurs.
MHI: Que vous voulez insinuer
par là?
-Hicham Bouchti: Je n'insinue rien. Je constate, cest tout. Monsieur
Lmrabet bénéficie d'un statut privilégié en
Espagne. En plus de son appartement de Barcelone, il dispose d'une chambre
en permanence dans un palace de la capitale. Toutes les portes lui sont
ouvertes, il mène un train de vie de nabab et jouit de puissantes
connaissances dans les milieux du renseignement espagnols. Un jour, il
m'a littéralement demandé si je connaissais des officiers
marocains désireux de venir en Espagne pour s'y installer. Il m'a
expliqué qu'il était disposé à leur faciliter
le voyage et à leur fournir le statut de réfugiés
politiques, à la seule condition qu'ils dénigrent le Maroc.
Un ami marocain dans le centre d'Alcobendas m'a même révélé
que Lmrabet était l'officier traitant de plusieurs Marocains basés
en Espagne. Allez savoir... Quant à Aïcha Ramdan, ce n'est
un secret pour personne. Elle assume son statut dagent de liaison
haut et fort.
MHI: Vous estimez donc avoir été manipulé par
les services espagnols par le biais de Ali Lmrabet et Aïcha Ramdan?
-Hicham Bouchti: Absolument. En plus de ces deux personnes, il y a également
Abdelilah Issou, qui assume son statut d'agent du CNI. Tous les trois
m'ont manipulé pour que je nuise au Maroc et son Roi. Je suis jeune
et naïf, j'ai plongé tête baissée dans tous les
pièges qu'ils m'ont tendus.
MHI: Quels sont ces pièges ?
-Hicham Bouchti : Les services espagnols, par Marocains interposés,
notamment Issou, m'ont attribué un communiqué du pseudo-mouvement
des officiers marocains libres. Ils ont essayé de me faire participer
à une réunion de ce mouvement organisée à
l'hôtel Novotel, près de la station Chamartin, à Madrid,
à la fin du mois de mars 2006 et à laquelle auraient pris
part le capitaine Mustapha Adib et Ahmed Rami, l'ancien aide de camp du
général Oufkir réfugié en Suède depuis
la tentative de putsch de 1972. Je peux vous assurer qu'il n'y a pas de
mouvement d'officiers libres. C'est de l'intox pure faite pour nuire au
Maroc. Aïcha Ramdan, quant à elle, me traînait partout
dans des conférences sur le Sahara où je devais témoigner
de soi-disant exactions des autorités marocaines en contrepartie
de rétributions généreuses.
Ali Lmrabet, lui, m'a proposé de rencontrer Driss Basri, l'ancien
ministre de l'intérieur qu'il disait fréquenter assidûment
et qui, selon lui, pouvait m'apporter une aide précieuse. Il a
même poussé le zèle jusqu'à m'utiliser pour
simuler un complot imaginaire des services de renseignements marocains
pour l'assassiner.
MHI: Comment cela ?
-Hicham Bouchti: À la fin du mois de mai 2006, Ali Lmrabet m'a
fixé un rendez-vous dans sa chambre d'hôtel à Madrid.
Lors de cette rencontre, il m'a remis des billets d'avion pour la France,
une réservation d'une semaine dans un hôtel situé
près de la place Stalingrad, à Paris, et une enveloppe contenant
une importante somme d'argent. Il m'a dit: «Tu es jeune et brave,
tu mérites de passer du bon temps à Paris et de te reposer
après les longs mois de tracas et d'inconfort dans le centre de
réfugiés de Madrid. Va te défouler en France à
mes frais et reviens me voir quand tu seras rentré. Mais garde
toutes les factures et les talons des billets d'avion». J'ai accepté
son offre. Je suis parti à Paris, j'y ai passé une semaine.
J'y ai même rencontré des membres d'Amnesty International
et, comme convenu, je suis retourné le voir avec les factures.
Ali Lmrabet m'a alors dévoilé son plan diabolique.
MHI: Quel était ce plan?
-Hicham Bouchti: Munis des factures et des autres justificatifs, ainsi
quune importante somme d'argent qu'il m'a remise à mon retour,
je devais m'adresser au siège des Renseignements généraux
espagnols à Madrid pour y dénoncer une tentative de recrutement
de la part des services des renseignements marocains. Je devais dire que
des agents marocains ont payé les frais de mon voyage en France,
qu'ils m'ont menacé et essayé de me recruter en vue de faciliter
l'assassinat de Ali Lmrabet. Ce que jai fait. À la fin du
mois de juin 2006, accompagné d'Antonio Rubio, le directeur adjoint
d'El Mundo, je me suis adressé aux RG espagnols. Nous avons été
reçus par des hauts responsables qui m'ont auditionné.
Un procès-verbal a été rédigé, je l'ai
signé sans même savoir ce qu'il contenait. Une copie du PV
a ensuite été remise au directeur d'El Mundo, qui prépare
un dossier complet sur cette affaire en vue de le publier dans les jours
qui viennent.
MHI: Qu'avez-vous fait à ce moment?
-Hicham Bouchti: J'ai aussitôt regretté ma démarche,
qui risquait de créer une crise diplomatique entre le Maroc, l'Espagne
et la France. Je n'arrêtais pas d'appeler Ali Lmrabet pour qu'il
annule la publication de cet article, mais il ne me répondait plus.
J'ai commencé à craindre pour ma vie. Je me sentais menacé.
Et c'est à ce moment que j'ai décidé de revenir au
Maroc pour arrêter les frais et me repentir.
MHI: Qu'est-ce qui vous a décidé à revenir?
-Hicham Bouchti: Depuis mon arrivée en Espagne, l'idée de
revenir au Maroc ne m'a jamais quitté. Mais, au fur et à
mesure que le temps passait, j'aggravais ma situation, éloignant
par la même toute possibilité de retour. Au bout d'une année
d'exil, je sentais que le jeu dans lequel je m'étais inconsciemment
engagé me dépassait. C'était une sorte de cercle
vicieux. J'avais réalisé que je n'étais qu'un simple
pion que des milieux hostiles au Maroc manipulaient à leur gré.
Je craignais également pour ma vie en Espagne. Je me sentais de
plus en plus mal dans ma peau.
La folie me guettait. J'ai donc décidé de jouer le tout
pour le tout et de retourner chez moi pour me livrer aux autorités
marocaines. Cette décision n'a pas été facile à
prendre. Je m'attendais à être torturé et emprisonné.
Mais en même temps, l'appel royal «la patrie est clémente
et miséricordieuse», émis par feu SM Hassan II résonnait
dans ma tête.
MHI: Racontez-nous les conditions de votre retour
-Hicham Bouchti : Je suis rentré par la frontière terrestre
de Melilia sous ma vraie identité au tout début du mois
de juillet 2006. Contre toute attente, mon passage s'est déroulé
sans problèmes. J'ai ensuite rejoint ma ville natale, Oujda, où
j'ai rencontré ma famille, qui m'a froidement accueilli. Avant
d'aller me livrer à la police.
MHI: Avez-vous négocié votre retour avec les autorités
marocaines?
-Hicham Bouchti: Je n'ai conclu aucun accord avec les autorités
marocaines. Je n'ai jamais été approché par les services
marocains. Et mon passage par Melilia, un poste-frontière par lequel
transitent chaque jour des milliers de personnes, s'est déroulé
très normalement.
MHI: Après vous être livré, comment vous avez
été traité? Avez-vous été torturé?
-Hicham Bouchti: Je n'ai subi aucune violence pour la simple raison que
j'étais très coopératif. J'ai répondu à
toutes les questions.
Surpris par ma démarche, les policiers marocains se sont même
montrés bienveillants. Ils me demandaient tout le temps pourquoi
et comment j'avais décidé de revenir. Certains ironisaient
sur le fait que j'étais venu de mon propre gré, leur épargnant
les frais et les efforts d'une poursuite policière. Après
avoir expliqué mon affaire et fait une déposition en bonne
et due forme, mon dossier a été transmis à Rabat.
MHI: Comment les choses se sont passées ensuite ?
-Hicham Bouchti: J'ai transité par divers services de sécurité
où j'ai fait plusieurs dépositions.
Là aussi, ma sincérité et mon attitude coopérative
m'ont valu les égards des autorités. J'en ai profité
pour faire une demande de grâce royale. Suite à l'avis favorable
des services de sécurité et vu l'injustice dont j'ai été
frappé en 2002, SM le Roi Mohammed VI qui était en tournée
dans la région de l'Oriental, m'a accordé une grâce
totale. Cette grâce me réintègre dans la fonction
publique et me permet aujourd'hui de revivre et d'envisager
l'avenir avec sérénité.
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Manipulateur
ou manipulé ?
Hicham Bouchti,
un nom qui ne vous dit peut-être rien. Pourtant, pendant le mois
de février 2006, ce monsieur s'était retrouvé aux
devants de l'actualité espagnole et marocaine. Le quotidien madrilène
El Mundo lui avait en effet consacré un long article où
il était dépeint comme un ex-officier des renseignements
militaires marocains qui a demandé l'asile politique en Espagne.
Dans cet article rédigé par le journaliste Ali Lmrabet,
des propos graves et scandaleux visant le Maroc et la monarchie marocaine
ont été attribués à Hicham Bouchti. Dès
sa parution, l'article suscite un grand bruit de part et d'autre du détroit.
Au Maroc, la gravité des propos publiés par El Mundo et
attribués à Hicham Bouchti a été telle que
les autorités ont décidé d'interdire la diffusion
du journal espagnol au Maroc. Ensuite, plus rien. Le nom de Hicham Bouchti
a disparu comme il était apparu.
Quatre mois après les faits, le revoilà qui refait surface
Au Maroc! Aussi surprenant que cela puisse paraître, Hicham Bouchti
nous a en effet contactés depuis Rabat. Il est retourné
dans son pays au début du mois de juillet 2006 pour, selon lui,
se «livrer aux autorités marocaines, faire amende honorable
et éclairer l'opinion publique marocaine et internationale sur
les tenants et aboutissants de mon affaire». Rendez-vous a été
fixé dans un hôtel de la capitale le lundi 17 juillet 2006.
Le jour convenu, nous nous sommes présentés à sa
chambre d'hôtel. Première impression: le jeune homme qui
nous reçoit n'a rien de la barbouze qui a été présentée
sur les colonnes d'El Mundo. Il n'a pas non plus le charisme de l'opposant
qu'il prétendait être en Espagne. Tout au plus, sa carrure
chétive et son niveau intellectuel très moyen, lui donnent
l'allure du jeune fonctionnaire subalterne qu'il était avant son
départ vers l'Espagne.
Natif d'Oujda le 30 décembre 1978 dans une famille modeste de 14
frères et surs, Hicham Bouchti a en effet été
nommé en 1999 au poste de secrétaire dans le bureau d'ordre
de l'inspection générale des Forces Auxiliaires à
Rabat. Dans cette administration, il se distingue surtout par sa puérilité
et son comportement désinvolte. Une attitude qui, en 2002, lui
vaudra d'être inculpé et condamné par la cour martiale
à deux années de prison ferme pour falsification de documents
administratifs et diffusion d'informations militaires confidentielles.
Il purgera sa peine jusqu'au bout dans la prison civile de salé,
avant d'émigrer clandestinement vers l'Espagne, le 27 août
2005. Jeune mais rusé, il exploitera ses antécédents
judiciaires pour demander l'asile politique en se présentant comme
un opposant au régime marocain. Durant notre rencontre, il nous
expliquera qu'il a été manipulé par des services
étrangers pour nuire à l'image de Maroc. Mais son regard
furtif, tout le long de l'entrevue, trahit un tempérament malicieux
qui laisse présumer que sa tête renferme d'autres vérités
qu'il s'abstient pour le moment de divulguer. Qui est-il réellement?
Manipulateur ou manipulé? Simple victime ou agent double? Pour
qui roule-t-il réellement? Autant de questions qui restent sans
réponse.
MEL
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