|
À
la mi-septembre 2005, à Skhirat, en marge des assises du programme
InitiativesEmploi, Driss Jettou expliquait à quelques uns
dentre nous ce que faisait le cabinet quil dirige: Les
grandes réformes sont en cours, la dernière est celle des
retraites, qui ne sensibilise pas beaucoup la presse. Le Maroc est sur
les rails de la croissance. On continue pour la durée de cette
législature jusquen 2007.
Je ne pouvais manquer de linterroger sur laprès
2007. Il me fit cette réponse: Ma feuille de route
va jusque là. Après? On verra bien, je serai là pour
aider utilement, sil le faut
Alors que certains cercles
politiques, relayés par telle ou telle publication, bruissaient
depuis des semaines, voire des mois, de son départ, cette mise
au point navait pas été inutile.
Cest tellement vrai que, pour la première fois depuis longtemps
dans lhistoire institutionnelle des décennies passées,
plus personne ne réclame ni le remplacement du Premier ministre
ni même un remaniement de son gouvernement. Ce cabinet paraît
bien consensuel à tous, en tout cas à ses composantes; et
si certains partis dopposition tels lUC, le PND et même
PJD sen prennent encore à ce quil fait ou ne
fait pas, leurs voix ne sont pas tellement audibles, loin de là.
Voilà bien qui tranche, par exemple, avec le sort qui avait été
réservé au précédent gouvernement dirigé
par Me Abderrahmane Youssoufi, Premier secrétaire de lUSFP,
durant lalternance (1998-2002). Que navait-on pas entendu!
Des critiques récurrentes dans les propres rangs de cette formation;
lexercice, habituel pourrait-on dire, du parti de lIstiqlal
dun pied dedans, un pied dehors; sans oublier les états
dâme de tous les autres, dont les réserves ne
dépassent pas les couloirs du Parlement et les soirées privées.
Etonnant, non, ce différentiel de traitement? Dautant plus
quil est difficile davancer que le cabinet dalternance
était moins légitime que celui qui lui a succédé.
Cest dautant plus à relever que Driss Jettou, en novembre
2002, avait été nommé par S.M. Mohammed VI dans le
cas de figure institutionnel et politique le moins favorable qui soit:
il navait pas un cursus militant dans telle ou telle formation,
issue ou non du Mouvement national; il navait pas davantage un mandat
électif; il était un opérateur du secteur privé
qui navait été appelé à la tête
de départements ministériels que quelques années
auparavant au Commerce et à lIndustrie, puis aux Finances
avant de se voir confier un secteur de souveraineté, celui de lIntérieur.
En étant porté à la primature, cest pratiquement
au forceps politique que lon doit cette promotion de Jettou, puisque
la dynamique de la transition démocratique mise en avant alors
poussait fortement à la reconduction du cabinet Youssoufi, même
sous une forme et une articulation reprofilées. Notons dailleurs
que seul un parti comme lUSFP avait pris position contre cette décision,
estimant quelle nétait pas conforme à la
logique démocratique, alors que tous les autres se contraignaient
à un mutisme plutôt embarrassé.
Que sest-il donc passé depuis quatre ans pour que Driss Jettou
puisse simposer de la sorte dans le champ politique national? Son
tempérament, dabord, ny est pas étranger: affable,
ouvert, si peu makhzénien, au sens dune certaine arrogance
mêlée de suffisance que toute une culture du comportement
a bâtie durant des décennies dans des élites de lancienne
ère.
Il avait pour lui dautres qualités comme la connaissance
des milieux économiques et du monde de lentreprise. Il ne
disserte pas: il étudie les problèmes concrets posés,
sentoure des avis les plus conséquents et arbitre. Cette
posture-là, issue du secteur privé, est la sienne; et cest
elle qui a fini par porter tous ses fruits. Dès les premiers mois,
il a su baliser son champ de compétences.
Les secteurs de souveraineté? Il sait, dans lesprit du régime,
de quelle comptabilité ils relèvent surtout: celle du domaine
réservé relevant du Roi. Cette répartition
des tâches ne la pas desservi en le confinant à des
fonctions de gestion peu valorisantes. Bien au contraire, elle la
même protégé des critiques et des interpellations
qui nont pas manqué tant dans la politique sécuritaire
que dans la conduite de la diplomatie. Pas davantage, elle na poussé
à le mettre en cause lorsque sont intervenus des événements
portant atteintes aux droits humains.
Dun autre côté, il sest placé, avec certains
ministres concernés, dans le droit fil de la réalisation
des grands chantiers lancés par le Souverain.
Là encore, il a bien recadré laction du gouvernement,
posture qui a été illustrée par la mobilisation des
départements ministériels pour la faisabilité du
programme quinquennal de lINDH, présenté pas SM Mohammed
VI le 18 mai 2005. A sa façon, cest une certaine forme de
politique qui se déploie sous nos yeux, par touches successives,
et dont on voit aujourdhui les résultats.
Outre les grands dossiers connus que ce soit le nouveau Code de
travail, lapplication de lAMO, la mise à niveau des
institutions du secteur public et semi-public, lamélioration
de lenvironnement des affaires et de linvestissement ou le
saut dans les nouvelles technologies
- cest aussi sur les résultats
économiques quil faut appréhender son action.
Avec des estimations de croissance de 7,3% pour 2006, il y a de quoi manifester
de la satisfaction, surtout que la relance observée dans les secteurs
productifs nonagricoles traduit bien cette nouvelle dynamique. Bref,
un cap a été fixé, il a été maintenu.
Il doit être poursuivi pour capitaliser et consolider les acquis.
Jusquen 2007, fort de la confiance royale, Driss Jettou est donc
lhomme de la situation. Il nest guère intéressé,
ni par tempérament ni par ambition, par la politique
partisane et politicienne. On peut rappeler que feu Hassan II lavait
déjà repéré: nétaitce pas
lui qui avait été désigné pour proposer
la primature, début 1998, à
Me. Abderrahmane Youssoufi?
Il était également le seul présent dans lantichambre
lorsque le leader de lUSFP avait été nommé,
un signe évident de disponibilité à vertu démonstrative
qui navait pas échappé aux familiers du Méchouar
ni à Me. Youssoufi.
|