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La question
du Sahara est entrée dans une nouvelle dynamique diplomatique.
La dernière résolution présentée par le Secrétaire
général de lONU mérite une traduction littérale.
Une fois nest pas coutume, résolution signifie, ici, détermination,
plutôt quun énième texte prenant acte dun
statu quo de trente ans. Détermination à en finir politiquement.
Deux réactions viennent à lesprit : Il était
temps ! Et puis, est-ce possible ?
Ce qui est devenu le conflit du Sahara est passé par plusieurs
phases qui ont été autant dimpasses. Trois, essentiellement.
Un. La confrontation militaire entre un Polisario encadré, équipé
et même fourni en troupes par lAlgérie, et larmée
marocaine. Cette période a débuté en 1976, à
la proclamation dun État sahraoui à Tindouf, en territoire
algérien ; pour ne prendre fin quen 1991 par un cessez-le-feu
sous surveillance de lONU par le biais de la Minurso. Deux. Limpossibilité
dorganisation dun référendum, après que
la Minurso ait déployé des trésors de patience et
dimagination pour identifier et compter les Sahraouis pouvant y
participer. Lopération se déroule à pas de
tortue. Chaque partie ayant ses propres critères didentification
et sa propre calculette. Une personne sur dix, postulant au droit de vote,
est retenue. Et le compte nest jamais bon. La situation tourne à
la mascarade.
Trois. En 2002, de guerre lasse, lONU reconnaît limpraticabilité
du référendum. Elle le fait dabord dans le langage
nuancé qui est le sien. La plus grande illustration de cette valse
hésitante de lONU, ce sont les deux plans Baker. Celui du
28 juin 2000, dit Troisième voie, privilégiant
une autonomie interne pour le Sahara. Refus dAlger et du Polisario.
Et celui du 30 juillet 2003, remettant dans le circuit la notion de référendum,
après une période probatoire de cinq ans. Refus du Maroc.
Le Maroc, lui, a, dès le 7 novembre 2003, déclaré,
par la voix de son Souverain que loption du référendum
était inapplicable et obsolète.
Kofi Annan ne sy résoudra, quasi-explicitement, quen
avril 2006. Tout dernièrement. Valeur aujourdhui, cest
donc la solution politique, sur la base dune autonomie
élargie, qui est retenue. À la condition, tout de
même, que cette solution soit avalisée par toutes les parties
concernées.
Nous en sommes là ! LONU étant, essentiellement,
lexpression de la volonté des grandes puissances, les jeux
semblent être faits à ce niveau. Les chancelleries poussent
dans ce sens. Elles admettent les changements politiques intervenus ou
en cours, au Maroc. Particulièrement les droits de lHomme,
les réformes institutionnelles prévues, limplication
de la société civile dans les relations extérieures
du pays, dont la question du Sahara, et la redynamisation du département
marocain des Affaires étrangères. Pour coller à lactualité,
Mohammed Benaïssa est, depuis lundi 1er mai 2006, aux USA pour une
série de rencontres et dentretiens avec les responsables
de lExécutif américain, notamment Condolezza Rice,
sur la situation dans le Nord-Ouest africain, entre autres.
Côté Alger, ce sont les mêmes cris et les mêmes
égosillements médiatiques et officiels. Le point de fixation
sous forme de slogan est toujours le même: lautodétermination
comme principe aussi intangible que lintangibilité des frontières
héritées de la colonisation. Le premier principe, Abdelaziz
Bouteflika y a porté un bon coup de canif quand il a proposé,
il y a quelque temps, le partage du Sahara entre le Maroc et lAlgérie.
Le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même
était passé à la trappe. Avant que Bouteflika ne
se fasse tirer les oreilles par ses généraux. Le deuxième
principe, celui des frontières, nest toujours pas réglé.
La guerre des sables de 1963, entre les deux pays, en a été
lune des dates marquantes. Cest que aux confins algéro-marocains,
des territoires qui ont de tout temps relevé de la souveraineté
nationale ont été annexés à lAlgérie,
une colonie que les Français ne pensaient pas quitter un jour.
Tindouf, Hassi Baida et Hassi Messaoud en font partie. Depuis, il ny
a jamais eu de bornage des frontières, malgré un accord
verbal entre Hassan II et Houari Boumediene, lors dune rencontre
à Ifrane, en 1974, mais jamais soumis au Parlement marocain pour
ratification.
Arrive la question à mille barils de pétrole pour une bonne
réponse: quest-ce qui fait courir Alger dans cette fumeuse
affaire du Sahara? Les principes? Sûrement pas. Le pétrole,
évidemment! Cest un secret de polichinelle que toute cette
région, du Sahara marocain jusquà Tindouf, et même
au-delà, sent lor noir à plein nez.
Cet espace est entouré de nappes de pétrole algérien
et mauritanien; il est impossible quil ny en ait pas. Cela
a été démontré par les géologues dici
et dailleurs. Les contrats de prospection à Tifariti, passés
entre le Polisario et des compagnies australiennes, ont fait grand bruit,
parce quils participent de la même réalité.
Ce nest pas par hasard que RASD a fêté, récemment,
son trentième anniversaire dans ce même site désertique
de Tifariti, autour dun misérable puits deau, à
moitié sec.
Ultimes questions que lon nose pas poser pour raison de diplomatie
soft: La guerre du pétrole aura-t-elle lieu au Sahara? Une chose
est sûre, Alger, nayant déjà pas avalé
le pétrole mauritanien, ne veut pas que le Maroc soit, lui aussi,
producteur, voire exportateur de pétrole. Surtout que ce Maroc-frère
ennemi a déjà ce que lAlgérie pétrolière
na jamais su avoir : une bonne dose dautosuffisance alimentaire
et la paix civile sur le front islamiste. Proprement insoutenable.
Alors quoi, encore une fois, la junte dAlger et les caciques du
FLN iront-ils jusquà déclarer la guerre au Maroc?
Là, il y a vraiment de quoi donner sa langue aux chats bottés
de larmée algérienne. Dans lAlgérie daujourdhui,
on ne peut jurer de rien. Certainement pas du lendemain. Car la situation
interne nest conforme à aucun standard communément
admis par le concert des nations. Une démocratie de façade
mise sous léteignoir par les militaires. Une tuerie à
centaines de milliers de morts sans que lon sache qui tue qui. Une
manne pétrolière qui permet dacheter de la nourriture,
des routes
et des armes.
Tout dépend de lissue de cette situation. Si elle dégénère
en règlement de comptes entre clans rivaux pour le contrôle
du pouvoir, le pire est à craindre. On saura alors, aux dépens
des peuples de la région, pourquoi lAlgérie sest
surarmée.
Par contre, si lAlgérie se normalise, toutes les sorties
politiques, pour le Sahara comme pour les frontières, sont envisageables
et praticables. Mais, au jour daujourdhui, le risque de guerre
algéro-marocaine, voire dembrassement de la région,
nest pas à écarter.
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