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Que devient
le référendum?
Cette consultation est-elle encore à l'ordre du jour? Rien n'est
moins sûr. Pour Kofi Annan, cependant, un référendum
ne saurait être exclu, surtout qu'il s'agit d'"assurer l'autodétermination
du peuple du Sahara occidental". Il a encore rappelé dans
son rapport au Conseil de sécurité que l'avis consultatif
de la Cour internationale de justice (CIJ), en date du 16 octobre 1975,
disposait ainsi que les règles concernant la décolonisation
et l'autodétermination prévues par la résolution
1514 (XV) de l'Assemblée générale de l'ONU devaient
s'appliquer à ce territoire.
Les partisans du référendum se fondent, en outre, sur d'autres
références, qu'ils invoquent sans cesse: le Plan de règlement
des Nations unies approuvé par le Maroc et le front Polisario en
août 1988, puis par le Conseil de sécurité par ses
résolutions 658, du 27 juin 1990, et 690, du 29 avril 1991, les
Accords de Houston signés sous l'égide de James Baker en
septembre 1997, enfin le Plan pour l'autodétermination du peuple
du Sahara occidental approuvé par le Conseil de sécurité
dans sa résolution 1495 en date du 31 juillet 2003. Tous ces textes
disposent que "le règlement de la question du Sahara ne peut
intervenir que par l'expression de la volonté souveraine du peuple
du Sahara occidental, seul à même de décider de son
avenir à travers un référendum d'autodétermination
libre et régulier, sans contrainte d'aucune sorte".

Mohamed Abdelaziz et Abdelaziz Bouteflika.
Des
forces extérieures contre l'option des négociations?
Le secrétaire général de l'ONU a surpris beaucoup
de monde en mettant en cause "des forces extérieures à
la région qui militaient contre l'option des négociations".
Il relève, pour commencer, qu'aucun pays ne dit ou ne soutient
explicitement qu'il est favorable à l'impasse actuelle de la situation.
Et il s'empresse d'ajouter, pour le regretter d'ailleurs, que deux facteurs
soient en jeu dans la plupart des capitales:
-le dossier du Sahara n'est guère une préoccupation politique
de premier rang, loin de là;-la prise en compte du maintien des
bonnes relations avec Rabat et Alger.
Sur la base de ces deux données cumulées, Kofi Annan estime
qu'est forte la tentation de "tolérer la poursuite de l'impasse,
du moins pendant quelques années encore". Il en conclut que
de telles considérations ne peuvent que conforter l'idée
que le statut quo reste, en dernière analyse, le cas de figure
le plus tolérable et le plus gérable par rapport à
telle solution envisageable.
On notera au passage que le haut fonctionnaire onusien s'octroie une latitude
d'action et d'évaluation qui pose problème. En tant qu'organe
exécutif des instances de l'ONU, tant l'Assemblée générale
que le Conseil de sécurité, il ne dispose que des attributions
qui lui sont expressément confiées par la Charte, et plus
particulièrement par le Conseil de sécurité. Il peut
proposer telle ou telle formule d'arrangement, mais, en tout état
de cause il ne peut substituer sa volonté propre ou ses desideratas
aux décisions des organes compétents de l'ONU. Il peut,
à l'occasion, exprimer des regrets et des états d'âme,
mais la décision ne lui appartient pas. Elle est le privilège
des États membres.
Quel compromis?
Faute d'un plan soutenu par le Conseil de sécurité, ne reste
qu'une option: celle d'un compromis entre les parties concernées
et intéressées. Sur quelles bases? D'abord, en excluant
l'imposition de conditions préalables. Fort de son bon droit, le
Maroc est un Etat souverain qui n'entend pas qu'une quelconque solution
soit retenue sans son accord.
Dans son compte-rendu de mission au Conseil de sécurité,
le 18 janvier 2006, l'envoyé personnel de Kofi Annan au Sahara,
Van Walsum, avait retenu, entre autres, l'idée de «négociations
directes» entre les parties. A son tour, le secrétaire général
de l'ONU souligne, aujourd'hui, qu'une solution ne pourrait être
trouvée que si les parties s'employaient à trouver un compromis
mutuellement acceptable. Il ajoute, et ce n'est pas le moins significatif,
qu'une telle option devrait être fondée «sur les principes
pertinents du droit international et les réalités politiques
actuelles». C'est possible, c'est jouable donc, pour peu que les
parties entament un dialogue constructif entre elles.
Cela dit, qui négocierait avec qui? Deux parties sont en présence:
le Maroc et le front Polisario. Seront également associés
deux pays voisins, en l'occurrence l'Algérie et la Mauritanie.
Là est la clé d'une solution politique juste, durable et
mutuellement acceptable, garantissant l'autodétermination du peuple
du Sahara occidental.
Autonomie:
Quelle dimension?
Le référendum est désormais caduc parce que Rabat
ne l'accepte pas et que, de surcroît, il n'est guère envisageable
pour des raisons techniques: on sait que la question de l'identification
des électeurs sahraouis n'a pas été réglée.
Aujourd'hui, le Maroc s'en tient fermement à un projet d'autonomie
interne présenté comme étant la solution optimale
qu'il peut faire. Dans cet esprit, une nouvelle dynamique devant conduire
un processus d'autonomie interne a été enclenchée.
Elle a associé l'ensemble des forces vives - partis politiques,
société civile
- en même temps que le CORCAS,
nouvellement remanié, et où sont représentés
notamment les chefs et les représentants des tribus sahraouies.
Le principe retenu, c'est celui de la gestion par les habitants de leurs
propres affaires. Il se fonde sur la redistribution des pouvoirs entre
l'Etat central et la nouvelle entité régionale sahraouie
sur la base de la préservation des attributions de souveraineté
entre les mains de l'Etat. Ce projet est en cours de finalisation. Il
devait être présenté à la fin avril 2006 au
Conseil de sécurité de l'ONU mais, pour l'heure, et pour
des raisons tactiques, il n'a pas été rendu public. Pourquoi?
Parce qu'il sera au menu des négociations directes que le Royaume
appelle de ses vux et que, pour l'instant, il a été
jugé plus opportun de ne pas le dévoiler dans le détail.
Menace à la paix et à la sécurité internationales
Pour la première fois, Kofi Annan attire l'attention du Conseil
de sécurité sur les conséquences de l'impasse actuelle.
Il fait ainsi référence que la question du Sahara occidental
est une source d'instabilité potentielle dans la région.
Plus encore, il craint quelle ne devienne une menace à
la paix et à la sécurité internationales. Il
ajoute, dans cette même ligne, qu'une prolongation de la situation
peut conduire à une détérioration dans ce territoire.
Et de donner en exemple les manifestations continues et les allégations
de violations des droits de l'Homme.
D'un autre côté, est venu se greffer le problème des
migrants illégaux. Des filières d'immigration clandestine
ont été établies et elles posent des problèmes
de contrôle et de sécurité aux pays de la région.
Le Maroc a souvent dénoncé l'instrumentalisation de ces
clandestins subsahariens par le front Polisario, soit pour des raisons
financières, soit encore pour brouiller la perception internationale
du dossier des réfugiés dans les camps de Tindouf. Dans
la zone désertique où ce phénomène a été
localisé, le risque est grand aussi de voir ces immigrés
être embrigadés, nolens volens, dans des réseaux se
livrant à des activités criminelles et terroristes.
Le désengagement de l'ONU
Kofi Annan l'a dit en termes clairs: après des années de
recours à des plans soutenus par l'ONU, le moment était
venu de réévaluer, ou plutôt de recadrer le rôle
de l'organisation mondiale. Comment? En précisant aux parties que
l'ONU prenait du recul. Et d'ajouter qu'il incombait désormais
aux parties de trouver une solution. Cela n'implique pas que
ces mêmes parties soient pratiquement livrées à elles-mêmes
dans la mesure où un consensus existe au sein du Conseil de sécurité
pour que toute solution soit trouvée dans le cadre ou sous les
auspices des Nations
unies. Cette position a été accueillie avec satisfaction
par le Maroc, mais aussi par Madrid et Paris. Elle se heurte pour l'heure
à l'opposition de l'Algérie et du front Polisario.
L'échec du front du refus (Algérie et Polisario)
L'Algérie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères,
Mohamed Bedjaoui, n'a pas manqué de réagir au rapport Annan
en faisant état de son inquiétude face à
cette grave violation du droit international. De son côté,
le représentant de ce pays à l'ONU, Youcef Yousfi, se fendait
d'une lettre au secrétaire général de l'ONU rappelant
que la question du Sahara occidental relève de la responsabilité
directe de l'ONU. Il dénonce le fait que l'ONU se propose
de se désengager du processus de règlement d'une question
de décolonisation
Il considère que l'approche
du secrétaire général et de son envoyé personnel
constitue une dérive que l'Algérie ne saurait ni ne
pourrait, en aucune circonstance, soutenir ou entériner.
Et il regrette que les Nations unies, dont la vocation et la raison d'être
sont de défendre le droit et la justice, opposent la realpolitik
à la légalité internationale et suggèrent
que la première prévale sur la deuxième.
Pour ce qui est du principe des négociations, l'Algérie
réaffirme que celles-ci ne sont valables que si elles sont limitées
aux deux parties au conflit (Maroc et Polisario) et qu'elles portent sur
les modalités de mise en uvre du Plan de paix approuvé
par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1495
(2003). Quant à Mohamed Abdelaziz, président de la RASD,
il a parlé d'un complot contre la cause sahraouie.
Le représentant du front Polisario à l'ONU, Ahmed Boukhari,
a remis au président du Conseil de sécurité, le Chinois
Wang Ying Fan, une lettre rejetant certains termes de la Résolution
1301 du Conseil de sécurité adoptée le mercredi 26
avril. Il y est fait état de son objection à l'endossement
par le Conseil des observations et recommandations formulées dans
le dernier rapport de Kofi Annan, ainsi qu'à la suggestion que
les parties en conflit explorent tous les moyens et voies de parvenir
à un règlement.
Assistance
aux réfugiés et mesures de confiance
Alors que la propagande du front Polisario faisait état de 158.000
réfugiés dans les camps de Lahmada de Tindouf, voilà
que ce chiffre est réduit à 90.000 personnes. Ce comptage
a été établi par le HCR et le PAM.
Par ailleurs, pour ce qui est des mesures de confiance, des avancées
ont été enregistrées: 2.086 personnes ont ainsi bénéficié
du programme d'échange de visites familiales entre les camps de
Tindouf et les provinces sahariennes du Royaume; ainsi encore plus de
17.000 candidats sont actuellement inscrits sur une liste d'attente pour
participer à ce programme: il s'agit de 6.000 du Sahara et de 11.000
dans les camps de Tindouf. Sans oublier le service téléphonique
mis en place qui a permis d'instaurer une communication entre les populations:
plus de 43.700 appels ont été faits à partir des
camps. Un projet de service postal a aussi été proposé
par le HCR pour élargir les contacts entre les familles.
À noter enfin que la parade militaire du front Polisario, à
Tifariti, le 27 février 2006, a été qualifiée
par la Minurso de violation de l'accord militaire n°1.
Les enjeux
Assurément, depuis une bonne trentaine d'années, le dossier
du Sahara ne se présente plus sous les mêmes traits.
Les enjeux d'hier sont-ils ceux d'aujourd'hui et, surtout, de demain ?
C'est qu'en effet, une nouvelle séquence s'ouvre avec la dernière
feuille de route, encore contestée, de Kofi Annan présentée
dans son rapport au Conseil de sécurité. Du point de la
stratégie des acteurs, qu'en est-il? Les positions de l'Algérie
se drapent volontiers du voile tellement valorisant du principe de l'autodétermination
qui a été la bible du processus de décolonisation
depuis le début des années soixante. Mais ce discours à
fonction démonstrative et pour l'export cache mal des ambitions
hégémoniques dans la région. Tant Houari Boumedienne
que Abdelaziz Bouteflika sont des adeptes de la realpolitik: s'ils se
sont tellement accrochés à cette question du Sahara, c'était
parce qu'elle permettait de peser sur le pays voisin et qu'elle donnait
ainsi l'occasion d'exercer une capacité de nuisance. Alger a sous-estimé
à cet égard l'habileté manuvrière de
Hassan II -dont la Marche Verte de 1975 est l'une des illustrations. Tous
les plans de règlement de l'ONU -et quelques autres à l'initiative
de médiateurs comme l'Arabie Saoudite par exemple- se sont heurtés
à cet obstacle incontournable: pas de diktat au Maroc.
Trente ans après, de guerre lasse, tout le monde se rend compte
qu'il faut partir du réel pour mettre sur pied une solution acceptable.
Avec l'autonomie interne, Rabat fait une grande concession- il n'en fera
pas d'autre. Le conflit du Sahara frappe aujourd'hui par la lassitude
Il faut en sortir, ce qui implique que les enjeux volontiers mis en avant
dans le passé soient mis à plat.
La guerre
obsolète
Le cas de figure d'une guerre entre Rabat et Alger provoquée par
le différend du Sahara n'a pas été une simple hypothèse
d'école. En plusieurs circonstances passées, l'on a vu la
montée des périls et des bruits de bottes. A Amgala, en
juillet 1976 -avec l'engagement d'unités de l'ANP algérienne-,
puis en mars 1978 -avec l'utilisation de missiles sol-air par le Polisario-,
puis à Tan Tan en janvier 1979, le risque d'affrontement et surtout
d'embrassement a été réel. Il est connu que Hassan
II a fait montre en toutes ces circonstances de beaucoup de retenue pour
ne pas insulter l'avenir alors que d'autres voix militaires
et partisanes se rangeaient plutôt du côté des faucons.
Cela dit, le conflit est, malgré tout, resté dans la catégorie
de ce que l'on appelle de basse intensité. Même si les plans
d'état-major algérien et marocain retiennent - encore? -
le scénario de la guerre comme le premier dans la hiérarchie
des menaces, la nouvelle conjoncture internationale ne pousse guère
dans ce sens.
Qui peut se permettre, dans la région, une guerre? Quand bien même,
une situation de ce type serait éventuellement créée
-par suite d'un enchaînement imprévisible et mal contrôlé
d'événements- nul n'ignore que cet affrontement ne dépasserait
pas quarante-huit heures. Les implications et les prolongements d'un tel
choc ne laisseraient pas la communauté internationale indifférente:
loin de là. Mais, surtout, Washington, qui a de grands intérêts
dans la région pèserait alors de tout son poids pour calmer
le jeu.
La guerre, donc, n'est plus inscrite à l'ordre du jour - elle est
obsolète. Et le monde arabe et musulman, passablement secoué
par tant de spasmes - Irak, Iran, Afghanistan, Palestine, islamisme, terrorisme,
-
doit faire l'économie d'une guerre entre le Maroc et l'Algérie.
Il reste à trouver les chemins d'une sortie de crise sur la base
du principe gagnant-gagnant, ce qui est la tâche de
la diplomatie et de ses facultés imaginatives
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