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Avril 2006
approche à pas de géants. Le gouvernement marocain apporte les
dernières retouches au plan dautonomie du Sahara, quil
compte présenter au cours de ce mois-là devant le Conseil de
Sécurité de lONU. Parallèlement aux consultations
menées avec les formations politiques marocaines qui ont été
invitées à émettre leurs avis et à proposer déventuels
amendements, des dizaines démissaires, de lobbyistes, des membres
du gouvernement et le Roi en personne, mènent depuis plusieurs mois
une véritable campagne planétaire en vue de créer le
consensus autour de ce plan, présenté comme lultime proposition
marocaine. Certains pays amis, dont les Etats-Unis, la France et lEspagne,
auraient reçu une première mouture de ce plan qui est appelé
à connaître des changements au fur et à mesure des suggestions.
Plus surprenant , même le parti populaire (PP) de José Maria
Aznar, traditionnellement hostile aux thèses marocaines a été
joint à cet effort de concertation. Le mercredi 8 mars 2006, lors de
son dernier voyage à Bruxelles, Driss Jettou, le Premier ministre marocain
a en effait rencontré José Maria Aznar. Objectif de cette rencontre:
obtenir sa neutralité. Ce dernier qui avait vertement critiqué
le plan dautonomie initial que lui avait présenté sa majesté
le Roi Mohammed VI en décembre 2003, a jugé considérables
et assez convaincants les progrès du nouveau plan. Un revirement qui
ne manquera pas de faciliter la tâche au PSOE de Zapatero, qui ne fait
plus mystère de son soutien à la proposition marocaine. Recevant
au début du mois de mars 2006 Cristina Del Valle, une artiste connue
pour son militantisme en faveur du Polisario, le chef de lexécutif
espagnol lui aurait ainsi confié : «Les pressions internationales
ne nous laissent guère dautre choix que celui de soutenir la
solution de lautonomie».

accolade entre Driss Jettou
et José Maria Aznar.
Un grand nombre de pays considèrent lautonomie du Sahara comme
une sortie de crise honorable pour toutes les parties en conflit. Certains
observateurs estiment que lAlgérie, principal belligérant,
finira par adhérer à cette nouvelle dynamique.
En février 2006, Josep Antoni Duran
i Lleida, président de la commission des Affaires étrangères
au Congrès des députés espagnols, a salué cette
option de lautonomie, quil considère comme «une bonne
solution pour une première sortie de la crise». Un mois auparavant,
le mercredi 4 janvier 2006, 104 Congressmen américains avaient adressé
une lettre à la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza
Rice, lui demandant de soutenir une solution «dotant les habitants du
Sahara occidental d'un mécanisme d'autonomie dans le respect total
de la souveraineté du Maroc et de son intégrité territoriale».
En Afrique, les deux tournées royales organisées en lespace
dune année ont, elles aussi, donné leurs fruits. Plusieurs
pays africains, dont la République démocratique du Congo de
Joseph Kabila, soutiennent désormais la proposition marocaine. En Amérique
du Sud, où le Maroc a dépêché successivement son
ministre des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, et
son Premier ministre, plusieurs pays qui étaient sur le point de basculer
dans le camp du Polisario assurent aujourdhui le Maroc de leur soutien
à une solution politique négociée. Cest notamment
le cas des puissances régionales comme le Brésil, la Colombie,
lArgentine et le Chili. À quoi est dû ce tournant?
Inspiré du plan initial annoncé en 1985 par le défunt
Roi Hassan II, le plan qui est en cours de finalisation et qui sera soumis
sous peu au conseil de sécurité représente une avancée
considérable dans la position marocaine. En 1985 déjà,
Hassan II sétait en effet déclaré favorable à
une solution dautonomie pour les provinces du sud. Visionnaire, feu
Hassan II avait déclaré: «Hormis le timbre et le drapeau,
tout est négociable». Il prévoyait de doter les Sahraouis
dune totale liberté en matière dadministration locale,
de police, de justice et même en ce qui concerne lexploitation
et la gestion des ressources naturelles du Sahara. En fin de compte, seule
larmée et le contrôle des frontières devaient rester
du ressort du pouvoir central. Le rejet de ce plan par le Polisario et lAlgérie
nempêchera pas Hassan II dengager un certain nombre de réformes
constitutionnelles et politiques qui avaient pour principal objectif de préparer
le terrain juridique en vue dune large autonomie des provinces du sud.
Ce fut notamment le cas des deux réformes constitutionnelles de 1992
et de 1996, qui ont institué puis renforcé lautonomie
dune nouvelle entité territoriale, la région.
Le plan dautonomie que le Maroc propose actuellement est donc le fruit
dun travail de longue haleine. Il recèle un certain nombre de
concessions qui ne laissent planer aucun doute sur la volonté du Maroc
de dépasser la crise en dotant le Sahara dune véritable
autonomie. Plusieurs mois durant, des commissions techniques spécialisées
dans les questions juridiques et constitutionnelles ont exploré les
différentes combinaisons possibles, avec une nette préférence
pour le modèle espagnol des gouvernements autonomes et celui des Lander
Allemands.
En plus des Marocains, déminents juristes étrangers dont
surtout des Espagnols, des Allemands et des Suisses ont dailleurs participé
aux travaux préparatifs. En vue de concrétiser ces travaux,
une réforme constitutionnelle est programmée pour les prochains
mois. Celle-ci instaurera une nouvelle répartition territoriale, avec
des entités encore plus autonomes et plus vastes que la région.
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