L’association Cœur de femmes a lancé une campagne de sensibilisation et de lutte contre le cancer du sein. Entretien avec Pr Rajaâ Aghzadi-Traki, présidente de l’association.

“Décelé tôt, le cancer
du sein se guérit à 100%”

Propos recueillis
par Chifaâ Nassir

 

Rajaâ Aghzadi

 

• Maroc Hebdo International : Cœur de femmes a lancé la première campagne de lutte contre le cancer du sein au Maroc. Comment est organisée cette campagne ?
- Rajaâ Aghzadi : Chaque année, un million de nouveaux cas de cancer du sein sont détectés dans le monde. Au Maroc, environ 10.000 à 12.000 nouveaux cas dont détectés tous les ans. La majorité des malades sont âgées entre 45 et 55 ans. Elles sont ainsi de plus en plus jeunes. L’objectif de cette campagne lancée en octobre 2005 par Cœur de femmes est de convaincre le maximum des Marocaines du rôle du dépistage précoce. Il suffit de voir un médecin immédiatement pour éviter la catastrophe d’un cancer avancé. Un site d’information a également été créé à l’occasion de cette campagne (www.cancerdusein.ma) où il y a des informations pratiques sur la prévention et le dépistage du cancer.
• MHI : Quelles sont les chances de guérison face à un cancer du sein aujourd’hui ?
- Rajaâ Aghzadi : Le cancer du sein représente la première cause de mortalité des Marocaines atteintes de cette maladie. Pourtant s’il est dépisté et traité tôt, le cancer du sein peut se guérir à 100%, si la tumeur fait moins de 2 cm.
La recherche scientifique ne cesse d’avancer et l’espoir de guérison est de plus en plus permis.
Une tumeur cancéreuse dans le sein doit être décelée avant de se transformer en kyste facilement repérable. Pourtant la mammographie et la palpation des seins permettent de détecter, dans la plupart des cas, ces tumeurs et d’éviter une ablation du sein.
• MHI : Parlez-nous des résultats de l’enquête sur la perception du cancer du sein par les femmes marocaines.
- Rajaâ Aghzadi : Il s’agit du premier sondage effectué au Maroc auprès de 300 femmes âgées entre 25 et 50 ans pour connaître leur perception du cancer de sein. 63% de ces femmes ont déclaré n’avoir jamais fait examiner leur poitrine par un médecin. Les femmes marocaines semblent ne pas être sensibilisées à l’urgence du dépistage précoce ou informées sur les soins actuels, même si elles connaissent la gravité de la maladie.
• MHI : Quelle est la perception de l’ablation du sein par les femmes marocaines ?
- Rajaâ Aghzadi : Selon l’enquête, pour 1 femme sur 2, l’ablation du sein est le seul moyen de soigner le cancer du sein. Au Maroc, le drame c’est que plus de 60% des femmes atteintes de cancer du sein détectent leur maladie alors qu’elle est dans un stade avancé où la mutilation reste l’ultime recours. 68% des femmes questionnées pensent qu’il n’existe aucun moyen de guérir ce cancer. Alors que le traitement est multidisciplinaire. Il comporte la chirurgie, la radiothérapie pour traitement local, la chimiothérapie, l’hormonothérapie et, plus récemment, l’immunothérapie pour traitement général.
• MHI : Quels sont les signes alarmants qui doivent inciter la femme au dépistage?
- Rajaâ Aghzadi : Le cancer du sein est une tumeur maligne qui touche la glande mammaire. L’apparition de signes comme un changement de texture de la peau, de sa couleur, de la forme et du contour du sein, une boule dans le sein ou un écoulement spontané d’un seul mamelon en dehors d’une maternité, doivent pousser à consulter immédiatement un médecin. La mammographie est recommandée une fois tous les 2 ans après 50 ans. Et dès 20 ans, l’autopalpation tous les mois est recommandée pour surveiller toute modification anormale sur la poitrine.

 

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