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Fatiha, 14
ans, a donné naissance à un enfant, il y a juste un mois. Le
père nest autre que El Mokhtar, le fkih du douar, qui, lui, a
bouclé ses 64 ans. Cela ressemble fort à un mauvais conte que
lon pourrait raconter aux petites filles pour les avertir des dangers
qui les guettent. Malheureusement, ce nest pas le cas. Il sagit
dun scandale réel, au Douar Oulad Ahmed, à Dar Bouazza,
à une vingtaine de kilomètres de Casablanca. Abusée par
cet ancien imam boîteux du douar, Fatiha est aujourdhui une maman
malheureuse. Quant au vieux, qui a avoué son crime, il fut arrêté
et attend son jugement pour début septembre 2005.
Le visage placide, le teint frais, Fatiha tient son nouveau-né entre
les bras.
Sa famille est en train de mourir de honte à cause dune nouvelle
qui sest répandue comme une traînée de poudre. De
plus, très pauvre, sans aucune source de revenu, elle ne peut prendre
en charge ce nouveau venu.
Fatiha se décide enfin à parler. Un après-midi ensoleillé
de lété 2004, alors que Fatiha remplissait ses bidons
de leau du puits, le fkih fit tomber son porte-monnaie à ses
pieds et avec de nombreuses photos de jeunes filles. Il lui demande de bien
les observer. «Cest grâce à moi, si toutes ces filles
ont trouvé de bons partis et fui la misère du douar. Je peux
en faire autant pour toi», lui répéta le vieux en la fixant
dans les yeux. Elle finit par accepter de suivre El Mokhtar chez lui pour
quil lui prépare ses fameuses potions magiques.
En réalité, le vieux profitait de labsence de sa femme
et de ses enfants pour abuser de Fatiha à chaque fois que loccasion
se présentait. Il lui fit boire un produit liquide au goût amer
et lui remit une pièce de 5DH à la fin de chaque visite. «Je
me sentais comme ensorcelée et jexécutais à la
lettre tout ce quil me disait», explique Fatiha, qui ajoute que
sa dernière visite chez le vieux remonte au dernier mois de ramadan.
Quelques jours plus tard, de légers mouvements dans son ventre lui
firent comprendre quelle est bel et bien enceinte. Angoissée,
Fatiha ne parvient plus à avaler la nourriture, son visage devient
de plus en plus pâle. Elle se cache chez elle de peur que le vieux se
rende compte de son état. «Un matin, jai pensé à
mettre fin à ma vie en me jetant dans le puits. Mais ma mère
ma empêchée de sortir», raconte-t-elle dans une petite
voix. Sous la pression, la fillette finit par tout avouer à sa mère
qui nen revenait pas. Elle en informa son père qui, affolé,
a battu Fatiha avant de la mettre à la porte. Lassociation Touche
pas à mon enfant, présidée par Najat Anouar, sest
fait lécho de cette malheureuse histoire. Elle a rapidement noué
contact avec les parents pour les soutenir et les pousser à porter
plainte. Fatiha, qui demeurait chez une voisine, est retournée chez
elle en attendant daccoucher. «Aujourdhui, on se bat pour
pouvoir placer le bébé dans une association puisque Fatiha na
pas les moyens de lélever seule. Elle est trop jeune»,
explique Najat Anouar. Fatiha réplique dune manière agitée,
«je veux bien me séparer de lui pour lui donner un meilleur avenir,
mais jai trop peur de ne plus le revoir ».
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