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Cela devient
une habitude, une appréhension, un cauchemar. À chaque attentat
terroriste, quelque part à travers la planète, le nom dun
Marocain tombe sur le fil des agences internationales. Ce qui est ressenti
comme une citation à comparaître non pas uniquement pour lindividu
soupçonné ou réellement impliqué, mais pour lensemble
de la communauté nationale.
Ce fut le cas pour le 11 septembre 2001 aux États-Unis, pour la succession
dattentats terroristes en Arabie Saoudite, pour le 11 mars 2004 à
Madrid, lassassinat du cinéaste hollandais à Amsterdam,
ou la toute dernière, qui nous est tombée sur la tête
telle une vraie-fausse blague de mauvais goût, et qui concerne les récentes
attaques contre les transports publics de Londres, métro et bus.
Du moment que ce sont toujours des populations civiles qui sont visées
dans cette guerre non déclarée, même si nous lavons
nous-mêmes subie un 16 mai 2003, à Casablanca, il en résulte
comme un sentiment réel de gêne, voire une impression diffuse
de culpabilité. On en vient à se demander si le Maroc nest
pas devenu la plaque-tournante du terrorisme intégriste au niveau mondial.
Si notre société nest pas devenue, sous nos yeux, le principal
pourvoyeur des réseaux dilluminés, enfants spirituels
de Ben Laden et de sa Qaïda, qui terrorisent le monde.
En vérité, tout cela est à relativiser, sans faux-fuyants,
mais sans excès dauto-flagellation.
Deux jours à peine après le dernier carnage terroriste en date,
celui de Londres, commis le jeudi 7 juillet 2005, un patronyme, doublé
dun visage copieusement orné dune barbe afghane, est balancé
sur tous les circuits dinformation publics: Mohamed Guerbouzi.
Lémotion est grande dans cet univers british réputé
aseptisé. En ce qui nous concerne, on se dit, zut, voilà encore
lun de ces fous de Dieu qui va rendre la vie plus difficile à
nos MRE en Grande Bretagne, et le label Maroc sur nos passeports un peu plus
suspect. Doù sort-il, encore, celui-là ? Et puis, sil
sétait présenté sous une autre nationalité,
il nous aurait rendu un sacré service.
Il se trouve que cest effectivement le cas sur ces deux registres. Installé
à Londres depuis 1974, nationalisé en 1994, Guerbouzi est citoyen
anglais à part entière. Lui et sa barbe ont pignon sur rue,
adresse fixe et profession régulière. Tout comme il le déclare
lui-même sur la chaîne Al Jazeera, pour se disculper. Les limiers
de Scotland Yard se seraient-ils gourés ? Sur le chef daccusation,
peut-être, mais pas sur la nature de lindividu.
Les services marocains savent doù sort ce Guerbouzi. Ils le suivent
à la trace depuis laffaire de la cellule dormante saoudienne
qui projetait de torpiller des frégates américaines sur le Détroit
de Gibraltar, en 2002. Mieux, il a été inculpé dans les
attentats du 16 mai 2003 de Casablanca, et condamné à 20 ans
de prison. Son pedigrée, la mouvance dans laquelle il baigne, ainsi
quune demande dextradition ont été transmis aux
autorités anglaises. À temps, mais en vain.
Ce même scenario sétait répété il
y a un an, avec le massacre de la gare de Madrid, le 11 mars 2004. Jamal Zougam,
lun des principaux mis en cause, avait été signalé
à la police espagnole depuis juin 2003, comme élément
intégriste dangereux. Là aussi en vain.
La liste des Marocains dextraction, mêlés à des
actes terroristes est évidemment longue. Elle est même difficilement
exhaustive, même si lon y inclut les Motassadek et Mzoudi, de
la célèbre cellule de Hambourg, ainsi que Zacarias Moussaoui,
tous trois suspectés davoir trempé dans les préparatifs
de lattaque du 11 septembre 2001; Brahim Hayari, récemment abattu
à Ryad ; ou encore Mohamed Bouyeri, lassassin du réalisateur
néerlandais Théo Van Gogh.
Pour notre défense, sil y avait lieu, on peut évidemment
estimer que tous ces terroristes, sils sont dorigine marocaine,
nont pas tous fourbi leurs armes dintégristes violents
au Maroc. La plupart dentre eux sont issus de la deuxième ou
troisième génération de limmigration, avec tout
ce que cela comporte comme problèmes dintégration dans
les pays daccueil.
Ceci dit, il ny a pas à sen cacher, la nébuleuse
intégriste est aussi née chez nous. Deux facteurs déterminants
ont joué dans ce sens: La pauvreté et la raison dÉtat.
Il ny a pas de pilule magique contre la misère matérielle,
une sorte de vaccin qui léradiquerait à jamais.
Surtout lorsquon ne dispose pas de rente pétrolière. Sur
ce plan, le G8 pourrait faire un effort, au cas où il y aurait réellement
une volonté de lutte contre le terreau du terrorisme.
Quant à la raison dÉtat, cest de rafraichissement
des mémoires quil sagit.
Ce ne sont évidemment pas les mêmes responsables, mais les services
qui combattent lintégrisme islamiste aujourdhui, avec vigueur
et détermination, sont ceux-là mêmes qui lont suscitée,
sinon créée, au début des années soixante-dix.
Lislamisme avait été instrumentalisé pour endiguer
une autre déferlante aux couleurs de lépoque, marxiste
celle-là, jugée à haut risque pour la sécurité
de lEtat. Une surévaluation dictée par notre allié
de toujours, en pleine guerre froide: lAmérique.
La même Amérique qui a béni la naissance des premiers
mouvements islamistes dans le monde arabo-islamique, pas uniquement pour combattre
le marxisme, mais aussi le nassérisme, le panarabisme, le baâthisme
et même les tendances progressistes, au sens littéral du terme,
de la Résistance palestinienne. Depuis, la guerre froide sest
réchauffée sur le front intégriste, mais lAmérique
a-t-elle changé son fusil dépaule ? Pas vraiment. Cela
peut paraître curieux de la part dune super-puissance touchée
de plein fouet, le 11 septembre 2001, par ce même intégrisme
terroriste.
Mais, cest ainsi. LAmérique continue de prêter loreille
à des sirènes islamistes, un peu comme si à travers la
CIA et son réseau de représentation diplomatique, elle sentêtait
à mettre deux fers au feu. Un dédoublement énigmatique
qui nest pas le seul au pays où la contradiction est un facteur
de continuité en matière de politique étrangère.
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