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Mohamed Elyazghi
est enfin Premier secrétaire de lUSFP (Union socialiste des forces
populaires). Les socialistes, qui ont tenu leur 7ème congrès,
à Bouznika, le 10, 11 et 12 juin 2005, devaient le porter à
leur tête, sans surprise. Il laura eu au forceps, ce poste après
lequel il court depuis si longtemps. À la mort de Abderrahim Bouabid,
le 26 février 1992, on lui avait préféré Abderrahmane
Youssoufi, quon a fait sortir de son exil cannois, pour diriger le parti.
Celui-ci fera deux fugues, suite à deux coups de gueule politiques
à grand retentissement, en 1993 et 1996; et rejoindra, pour un moment,
son refuge à Cannes. À chacune de ces vacances à la direction
de lUSFP, Mohamed Elyazghi assurera lintérim. Il en consommera
trois, en lespace de quatre ans.
Après les législatives de 2002, Me Youssoufi nest pas
reconduit à la primature ; il claque la porte pour la dernière
fois, et avec fracas. Il quitte le parti, la vie politique et le pays. Son
adjoint, M. Elyazghi, paraît naturellement désigné pour
lui succéder, jusquà la tenue du congrès. Il en
est convaincu. Cela ne sera ni évident, ni facile. Des membres du bureau
politique, particulièrement les ministres, font appel à Abdelouahed
Radi, Président de la Chambre des représentants.

Mohamed Lahbabi et Driss Lachgar. Abderrahmane Youssoufi était absent.
Cest après moult conciliabules, qui obligeront M. Elyazghi à
faire campagne, que celui-ci est désigné pour une ultime responsabilité
provisoire, en attendant une consécration en bonne et due forme. Cest
fait.
Reste à savoir quel parti en est sorti, de ce 7ème congrès
? LUSFP de Mohamed Elyazghi, taillé à la tronçonneuse,
sur mesure, pour son leadership, par une rupture épistémologique,
donc brutale; ou lUSFP qui arrive au terme de sa mue, pour devenir un
parti de gouvernement, dans le calme et la sérénité,
sans exclusive et sans exclusion ? Dans les toutes récentes assises
nationales des socialistes, il y a eu ces deux dynamiques, à la fois.
Le 6ème congrès, lavant-dernier, tenu en 2000, était
déjà celui de léclatement, à mi-chemin de
la première alternance au pouvoir dans lhistoire du Maroc indépendant,
avec un Youssoufi Premier ministre et chef de lUSFP. Noubir Amaoui,
empêcheur attitré dalterner en rond, disposait de deux
boutons de commande, la centrale syndicale CDT (Confédération
démocratique du travail) et sa position au bureau politique de lUSFP.
En créant une cassure dans le congrès et dans le parti, Amaoui
avait entraîné dans son sillage des inconditionnelles et quelques
sympathisants. Certains dentre-eux ont fait demi-tour pour regagner
le giron partisan, et seront même repêchés dans le dernier
congrès de lUSFP, dautres non. Amaoui se mettra à
son compte avec sa propre formation politique, le Parti du congrès
ittihadi et y logera son syndicat.
Sil fallait rappeler cet épisode daffrontement virulent
et de scission au scalpel politique, cest juste pour montrer une donnée
essentielle : le passage de lUSFP dun parti dopposition
à un parti de gouvernement a été mouvementé et
douloureux. Objectivement, il ne pouvait pas en être autrement ; si
tant est que le poids historique de la confrontation frontale avec le pouvoir,
sous Hassan II, a été coûteuse en vies et existences humaines.
Dautant plus que ce bras de fer a duré plus de trois décennies.
Avec lalternance de 1998, Abderrahmane Youssoufi avait pour mission
de briser ce cercle aussi infernal quimproductif. Il devait substituer
à la culture et aux réflexes dopposition une attitude
participative et positive. Une gageure. Il sen est sorti à moitié,
en payant de sa personne. Son aura personnelle avait rendu possible la transition
relativement démocratique, de même quelle a politiquement,
et tout aussi relativement, dilué le choc du transfert de règne
entre SM Mohammed VI et feu Hassan II. Lhistoire immédiate le
lui a déjà reconnu.
Abderrahmane Youssoufi était absent au 7ème congrès de
lUSFP. Il faut croire quil y a des blessures et des ressentiments
qui sont indépassables lorsquils redeviennent simplement humains,
sans autres considérations politiques.
En fait, le courant nest jamais vraiment passé entre Me Youssoufi
et M. Elyazghi. Il y avait comme une façade de camaraderie souriante
qui cachait mal une compétition implacable.
Et pourtant, le timing partisan et lhorloge politique continuant forcément
à tourner, cest à M. Elyazghi quincombe, aujourdhui,
le rôle de continuer le travail entamé par Me Youssoufi.
Ce rôle tient en quelques mots: rajeunir le parti, avec une plus grande
présence féminine ; louvrir sur une population qui compte
70% de moins de trente ans; et surtout le transformer en rouage intermédiaire
pour intéresser à la politique et encadrer des compétences
à mettre au service de la chose publique. Toutes ces obligations du
moment ont figuré dans lallocution de Mohamed Elyazghi, en séance
inaugurale. Au-delà des quotas de représentation, 10% pour les
jeunes et 20% pour les femmes, M. Elyazghi en a fait une préoccupation
majeure.
Il semble avoir complètement intégré quun concept
comme celui de la mise à niveau, employé pour les
entreprises et le fonctionnement de la machine économique, est également
valable pour les partis politiques.
Il sest fixé ce pari; il en a le profil et il sen est même
donné les moyens. Pari incontournable, mais difficile. Car les résistances
politiques et les réticences sur la personne même de M. Elyazghi
sont opérationnellement sans objet, mais elles existent. Mohamed Lahbabi,
homme historique de lUNFP-USFP et universitaire ayant formé des
générations déconomistes, a interpellé Mohamed
Elyazghi sur le mode le passé du parti ne tintéresse
pas, tu veux le reformater selon ta vision et ton humeur, autrement dit, tu
brades le patrimoine militant de lUSFP.
On peut difficilement enfermer le professeur Lahbabi dans la case du
gardien vieux jeu de lhistoricité anachronique du parti
; aussi vrai que des jeunes comme Khalid Soufiani, Najib Akesbi, Mohamed Sassi
ou Mohamed Hafid, pour ne citer que ceux-là, partagent son point de
vue.
Ces quadras de choc, qualifiés, à tort ou à raison, comme
des individualités isolées, ont été évacués
de lUSFP, quand ils ne se sont pas exclus deux-mêmes; ils
ont été vertement poussés vers la sortie.
Les jugements aux odeurs danathèmes de M. Lahbabi sont justifiés;
mais M. Elyazghi nest pas moins dans le sens du vent. Lui-même
militant, ayant payé ses convictions de sa liberté, après
avoir failli y laisser la vie lorsquil a reçu un colis piégé
en 1973, M. Elyazghi a compris les enjeux du moment. Il a tout fait pour être
lhomme fort de lappareil du parti. Il la déjà
été, tout en étant en seconde ligne, sous Abderrahmane
Youssoufi.
Le 7ème congrès, tout comme le 6ème dailleurs,
cest lui qui en a été la cheville ouvrière. Le
choix des congrégistes au niveau régional, la commission des
candidatures, la sélection des candidats pour les 251 places au Conseil
national, lélaboration des textes dorientation et de recommandations,
tout ce processus préparatif a été supervisé et
étroitement suivi par lui. Fondant sa stratégie sur la connaissance
des hommes, M. Elyazghi a bouclé le congrès bien avant sa séance
douverture.
Son intention avouée est le projet dores et déjà
en marche dun parti quasiment refondé sur deux postulats devenus
vérités vérifiées de facto: Un. Le socialisme,
au sens ancien, nest plus de ce temps, vive la social-démocratie.
Deux. Le militantisme partisan se décline, désormais, en compétence
techno-politique. Tout un programme.
Le problème, cest que Mohamed Elyazghi na pas vraiment
la réputation dun rassembleur. En façonnant à son
image lUSFP, qui a toujours été un parti de masse, il
risque de réduire sa surface sociale.
Dans son discours, le nouveau patron de lUSFP a appelé à
la constitution de grands pôles politiques, dans la perspective de lapprofondissement
du fonctionnement de la démocratie, à léchéance
2007. Charité bien ordonnée commence par soi-même.
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