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My Mhamed
El Khalifa, ancien ministre,
membre du Comité exécutif de lIstiqlal
Driss
Jettou et Abbas El Fassi mont assassiné
C'est connu,
M'hamed El Khalifa n'a pas sa langue dans sa poche. Ses interventions à
la tribune du Parlement, du temps où il était chef du groupe
de l'Istiqlal dans l'opposition, ont fait date. Utilisant sa maestria professionnelle
du barreau, il donnait la pleine mesure de ses facultés oratoires.
Depuis l'avènement du gouvernement de l'alternance, en 1998, M'hamed
El Khalifa n'en finit pas den découdre avec son parti et avec
d'autres formations concernées. Ministre, il voulait l'être presque
de droit, par une légitimité qu'il estime sienne. Ministre,
il l'a été, mais difficilement, dans le deuxième gouvernement
Youssoufi, en 2000, au département de la Fonction publique; puis dans
le premier cabinet Jettou, en 2002, pour le secteur de l'Artisanat; avant
d'être débarqué. Il ne l'a pas admis.
Quand on remet son itinéraire ministériel en question maître
Khalifa se rebiffe. Il en a la verve et l'audace politique.
Propos recueillis
par Abdellatif Mansour et
Noureddine Jouhari
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Maroc
Hebdo International : Votre entrée, en 2000, tout comme votre sortie
du gouvernement, en 2004, ont fait lobjet de beaucoup de spéculation,
quen est-il au juste?
- M. El Khalifa : En 1998, quand le gouvernement de lalternance a vu
le jour, sous la présidence de Abderhmane Youssoufi, les acteurs et
les observateurs politiques, et surtout les militants du parti Istiqlal se
sont posé la question: pourquoi, moi, je ny étais pas
? Certains avaient même parlé de tentative de meurtre, politique,
bien sûr, de Mhamed El Khalifa.
Mon entrée au gouvernement de lalternance, dans sa seconde version,
était considérée comme justice rendue par le nouveau
règne au parcours dun militant, et les militants du parti lont
hautement valorisée. Mon éviction du gouvernement de M. Jettou
na pas été comprise de tout le monde; et surtout pas des
militants. Je dois dire que les militants du parti nont pas digéré
cette mise à lécart, que je considère comme étant
une erreur fatale.
MHI : La viabilité du gouvernement dépendrait donc
de votre présence en tant que ministre ?
- M. El Khalifa : Pas du tout, une formation gouvernementale na point
impérieusement besoin de quiconque pour sa viabilité. Bien plus,
ce nest pas ma personne qui était en jeu, mais ma stature politique
en tant que dirigeant istiqlalien. Lerreur en question est le fait de
larchitecte du remaniement du gouvernement, qui a opéré
un changement de fond, en laissant croire quil sagissait plutôt
dune intervention à des fins purement esthétiques.
Abbes El Fassi et Mhamed El Khalifa.
MHI: Immédiatement après votre sortie du gouvernement,
vous aviez déclaré, au sein du comité central de votre
parti, que vous étiez la cible et la victime de conspiration ; qui
vous en voulait et dans quels buts ?
- M. El Khalifa : Je le confirme. Effectivement, jétais le point
de mire du Premier ministre, depuis la publication des décrets dattribution
de compétences dans le département ministériel qui ma
été confié et jusquà la dernière
réunion que javais eue avec lui à la primature le vendredi
davant le remaniement.
Jai, en effet, souffert de labsence de soutien réel et
effectif de la part du Premier ministre dans les efforts que je déployais
au sein de mon ministère pour dépasser la situation critique
où je lai trouvé en raison notamment des opérations
daudit dont il était lobjet à linitiative
de mon prédécesseur. Les soutiens promis dans tous les dossiers
dont javais saisi le Premier ministre étaient vains.
Sagissant du complot, et je lai toujours dit, il était
le fait du secrétaire général de lIstiqlal qui,
par son attitude, a agravé mon différend avec le Premier ministre.
Driss Jettou, adoubé chef de la majorité.
MHI : Cest donc pour cela quon vous a débarqué
du gouvernement?
- M. El Khalifa : Oui, cétait le résultat de la conjugaison
de deux volontés, lune me prenait pour cible et lautre
conspirait.
Et, parce que jétais tout à fait transparent, je tenais
le secrétaire général du parti régulièrement
informé de tous les faits et actes qui démontraient que jétais
visé. Je lui ai même parfois suggéré dorganiser
une réunion avec le Premier ministre à ce sujet. De même
que jen ai informé Saâd Al Alami.
Et il est vrai que Abbes El Fassi ma informé du remaniement et
ma confirmé quil me concernait au même titre que
Abdelkebir Zahoud. Ce à quoi jai répondu que ce qui était
en jeu, cétait la représentation de lIstiqlal au
sein du gouvernement. Il se devait, en sa qualité de secrétaire
général, de rappeler au Premier ministre ses engagements envers
le parti et que, si M. Jettou persistait dans sa position, ce seraient les
trois ministres istiqlaliens, à savoir Abbes El Fassi, Mhammed
El Khalifa et Saâd Al Alami qui quitteraient le gouvernement.
Mais, force est de constater que Abbes El Fassi na pas pris la position
que lui dictait le sens de la responsabilité.
MHI : Pourquoi ?
- M. El Khalifa : Pour comprendre cela, il faut avoir à lesprit
quaprès que le Premier ministre ait terminé la composition
du gouvernement, à la veille de sa présentation à SM
le Roi, nous étions, Abbes El Fassi et moi, chez le Premier ministre.
Il nous a assurés quil comptait sur la direction de lIstiqlal,
représentée au gouvernement par El Fassi, El Khalifa et Al Alami
pour encadrer laction politique des autres ministres istiqlaliens, dont
Karim Ghallab et Adil Douiri. Jai personnellement considéré
que cela serait fructueux pour le parti et pour le pays si lexpérience
réussissait.
Cependant, le Premier ministre na pas tenu ses engagements, en me visant
au sein du gouvernement pour méliminer, et malheureusement, la
réaction de Abbes El Fassi était demeurée en deçà
de ce quexige la responsabilité dans de telles circonstances
MHI : Pourquoi avez-vous accepté quun Premier ministre
vous impose de faux ministres istiqlaliens, comme vous laviez déclaré
?
- M. El Khalifa : Ce nest pas un secret. M. Jettou est un opiniâtre
qui atteint ses buts sans trop se soucier de ce que cela peut coûter.
Driss Jettou, à travers le secrétaire général
du parti, qui lui seul menait les négociations pour la formation du
gouvernement, nous a persuadés que MM. Ghallab et Douiri sont proches
du parti, que ce sont des cadres jeunes et compétents et que sils
sont intégrés au gouvernement sous létiquette de
lIstiqlal, cest ce dernier qui en sortirait gagnant, avec une
relève assurée, nous a-t-il dit.
MHI : Cest donc lui qui vous prépare votre propre relève
?
- M. El Khalifa : Écoutez, M. Jettou lui-même a déclaré
que cest lui qui a choisi les ministres du parti Istiqlal quil
a nommés. La protestation du secrétaire général
du parti face à cette déclaration était dénuée
deffet. De même, la rectification faite ultérieurement
par le Premier ministre était hors-sujet
Cela ne veut pas dire pour autant que le parti Istiqlal se trouve dans létat
critique que vous semblez insinuer dans votre question. En fait, en acceptant
la proposition du Premier ministre, nous pensions pouvoir inaugurer au sein
du parti une nouvelle pratique qui vise à attirer des potentialités
distinguées pour les intégrer au parti. Dans la pratique, il
sest avéré que nous avions commis une grave erreur en
acceptant de jouer le rôle de couveuse politique. Il est urgent que
listiqlal revienne aux vertus de la rectitude et au respect des règles
et usages démocratiques dans le choix des candidats aux responsabilités
politiques. Cela implique pour nous la nécessité absolue dentamer
notre auto critique.
MHI : Quelle est, à vos yeux, la responsabilité du
secrétaire général du parti dans tout cela ?
- M. El Khalifa : Soyons honnêtes, il serait trop facile de faire endosser
toute la responsabilité au seul Abbes El Fassi, cela ne correspondrait
pas à la réalité. Jai participé, comme tous
les autres membres du Comité exécutif du parti, à la
prise de décision sur la base des données qui nous ont été
soumises par le secrétaire général au sujet des négociations
quil a menées seul avec le Premier ministre, et nous avions accepté
MM. Ghallab et Douiri pour les raisons que jai déjà développées.
Là où Abbes El Fassi a failli, cest lorsquil a accepté
que je sois écarté du gouvernement Jettou. Encore une fois,
je le dis sans détours, il ma lâché.
MHI: Et les instances du Parti dans tout cela ?
- M. El Khalifa : Le Comité exécutif a rendu un communiqué
où il exprimait sa solidarité avec moi. Devant cette instance,
la question a été posée dans cette formule : lIstiqlal
doit-il quitter le gouvernement ? Bien évidemment, la réponse
était non. Toutefois, si la vraie question, dont le secrétaire
général connaissait parfaitement les tenants et aboutissants,
avait été posée et qui est : listiqlal doit-il
accepter quun de ses membres au gouvernement soit visé et éliminé
par le Premier ministre?, la réponse aurait été toute
autre.
MHI : Comptez-vous briguer le poste de secrétaire général
du parti sachant que M. El Fassi ne peut plus se représenter ?
- M. El Khalifa : Cest une question quon me pose partout. Abbes
El Fassi lui même ma fait la proposition plus dune fois.
Moi, je me contente amplement de mon engagement militant au sein de mon parti.
Je nai nullement lintention de me présenter au secrétariat
général. Cela dit, en militant convaincu et respectueux des
codes de conduite istiqlaliens, je reste à la disposition de mon parti
et je poursuivrai mon action sans relâche.
MHI : Et pour ce qui est de la présidence du Parlement ?
- M. El Khalifa : Laissez-moi vous décrire le scénario du déroulement
de cette échéance. Si M. Radi entend se représenter,
ce qui sera sans doute le cas, selon toute vraisemblance, les données
actuelles lui permettraient de proroger son mandat et ce parce que dabord,
le Premier ministre a été adoubé chef de la majorité
alors même quil nappartient à aucun groupe politique
au sein du Parlement, et que cest lui qui a fourni à M. Radi
au début du mandat législatif la majorité au prétexte
que le départ de M. Youssoufi de la primature devrait être compensé.
Le Premier ministre a également imposé le vote en faveur de
M. Oukacha à la présidence de la chambre des Conseillers, au
détriment de lIstiqlal.
Ensuite, le Premier ministre na jamais soutenu, et encore moins présenté,
des candidats cadres de lIstiqlal aux responsabilités, publiques
ou autres.
Enfin, et cest le plus important, lIstiqlal, nonobstant sa position
confortable au sein du Parlement, et en particulier au sein de la chambre
des Représentants, il sen trouvera, sous couvert de réalisme
politique, dans une voie qui lempêchera de remporter cette échéance
sil décide de présenter une candidature.
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