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Par limpact
de limage, la magie de la télévision a beaucoup rapproché
les citoyens et les communautés. Elle a, sur ce plan, mieux fait que
la radio et la presse écrite. Il est indéniable que les nouvelles
approches et méthodes de travail permettent, aujourdhui, dobtenir
un rendement toujours plus grand de ce formidable moyen de communication audiovisuel
qui doit être entendu dabord comme un bien social et non comme
un produit exclusivement commercial.
Cest pourquoi les aspects socioculturels devraient prévaloir
sur toutes autres considérations partisanes, individuelles et professionnelles.
Pour mieux remplir la plénitude de leur fonction sociale, aux multiples
facettes, les médias doivent, donc, pénétrer les profondeurs
de la société, signaler les particularités propres à
chaque région et les aspects ayant trait à lidentité
locale.
Générosité
Cest
précisément ce genre de lacune que lon relève dans
le reportage réalisé et diffusé par les deux chaînes
nationales sur les témoignages des victimes de la torture dans la région
des Aït Hdidou. La mission de ce genre de reportage est dabord
dinstruire, de cultiver et denrichir les connaissances du citoyen
sur son pays. Cela nous amène à la question: qui sont les Aït
Hdidou? leur région? leur histoire ? leurs conditions de vie?
Pourquoi des hommes et femmes aussi nobles que paisibles ont-ils subi de telles
souffrances?
Au cur du haut Atlas Oriental, le plateau des lacs, dont la crête
du Msdrid constitue le rebord sud, dans un environnement composé
de versants touffus, boisés de chênes, de cèdres et de
la steppe froide et désolée de lAtlas pré-saharien
dImilchil, se dresse toute une chaîne de guirlandes intérieures.
Installés depuis des siècles dans ces hauts lieux, les Aït
Hdidou font partie de la grande confédération des Aït Yaflman,
qui comprend un ensemble de tribus amazighes : outre les Aït Hdidou,
les Aït Morgbad, les Aït Yahya, les Aït Izdeg et les Aït
Ayach.
Échec
Habitants des
Ksours en bordure de lAssif Melloul et de lAssif N-Tilimi, dans
un merveilleux territoire relevant de la province dErrachidia, Région
de Méknès-Tafilalet, belle peuplade, noble et guerrière
considérée parmi les tribus les plus attachées à
leur identité, à leur langue et à leur liberté,
célèbres par leur générosité et la grâce
de leurs femmes, les Aït Hdidou sont dauthentiques montagnards.
Chaque Ksar avait son école coranique et son Fkih, et les serments
dallégeance qui les unissaient aux sultans depuis le 17ème
siècle sont régulièrement renouvelés.
On ne peut trouver meilleur témoignage à ce sujet que celui
du professeur Robert Montaigne qui, au cours dun voyage dans cette région,
il y a plus de 50 ans, dans son ouvrage, Révolution au Maroc, nous
livre cet émouvant récit : Nous navons personnellement
jamais rencontré au cours des trente années de voyage dans toutes
les régions du Maroc, un Marocain qui ne fût fier dappartenir
à son pays ; les contacts quil avait pris avec des étrangers
ou des Musulmans des pays voisins avaient renforcé en lui-même
la certitude dappartenir à une communauté distincte à
laquelle nous pouvons donner par avance le nom de nation. Pour toutes ces
raisons, les espoirs des assimilateurs nous semblent donc condamnés
à lavance.
Lun des derniers revers militaires de loccupation française
au Maroc a été la bataille de Msedrid, le 1er mai 1933, au cours
de laquelle les Aït Hdidou ont mis en échec et pendant plusieurs
jours limposante armée française sous la conduite du général
Guillaume (auteur du complot du 20 août 1953) qui avouera son échec
dans son ouvrage (Pacification de lAtlas oriental, paru en 1946).
Devenus les malaimés de loccupant, les Aït Hdidou ont été
tour à tour surveillés, sévèrement administrés
ou livrés à leur sort dans une nature ingrate où la vie
est régie par des notions de survie collective, où la nécessité
fait loi ; comme disait Mère Teresa : Sans amour pas
de dévouement, sans dévouement pas daide pour ceux qui
sont dans le besoin.
A lavènement de lindépendance du Maroc et privés
durant la période coloniale décole et donc de formation
et dinformation, les Hdidouis, se sont trouvés sans élites
pour les défendre auprès dune administration souvent distante,
dans son rapport à la société, construite sur le mode
pyramidal, le haut de la pyramide étant situé à Rabat
pour administrer lensemble du pays.
Déficit
Ladministration
nationale sest avérée une struture de procédure,
fondée sur le principe de lobéissance ; les services
locaux, eux, sen tiennent au rôle dexécution au sens
étroit du terme.
La décentralisation consacrée par la charte de 1976 na
pas produit leffet escompté, surtout dans le monde rural, aussi
vrai que le passage dun mode de vie traditionnel à un autre moderne
ne peut sopérer avec un déficit de compétences,
de formation et de moyens.
Ce type de mutation exige une nouvelle restructuration de lespace comme
cest le cas de la région des Aït Hdidou. Se sentant marginalisés,
ces habitants commençaient à éprouver le sentiment de
nêtre daucun intérêt et, comme disait Albert
Jacquard, comment imaginer que des sociétés puissent rester
paisibles quand une foule dhommes et de femmes sentendent dire
quil sont de trop?!!
Espoirs
Cest
à partir de 1970 que les prémices du mécontentement commencent
à apparaître avec la montée dune nouvelle génération,
sans quaucune tentative nait été entreprise pour
désamorcer leur désarroi.
Cest dans ce contexte que les héros sans gloire ont
pu sinfiltrer dans cette région dans lintention de déclencher
à partir de ses lieux difficilement accessibles un embryon de guérilla,
avec toutes les conséquences que lon connaît. Innocents
ou présumés coupables, les malheureux Hdidous ont été
jetés dans la gueule du loup, subissant les pires représailles.
Aujourdhui, placé sous le signe du renouveau et conformément
aux directives de SM le Roi, et grâce également aux louables
initiatives dun groupe dintellectuels, en particulier le Centre
Tarik Ibnou ziad, ainsi que le concours des autorités, lespoir
commence à renaître pour cette belle région.
Une bonne initiative : lorganisation, cette année, du moussem
culturel baptisé Agdud, sur le thème du développement
et du progrès dans la tradition, alors quil nétait
quun défilé folklorique sans vie. Et cest dans cet
esprit que laction de lEtat doit sinscrire pour toucher
tous les aspects et les potentialités dont dispose cette région,
belle par son cadre naturel et riche par ses hommes.
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