Mohamed Mounir Majidi, secrétaire particulier de SM le Roi
L’homme invisible

Mohamed Mounir Majidi, actuel secrétaire particulier du Roi, âgé de quarante ans tout juste, cultive une grande discrétion. Son énergie inépuisable et son impressionnante force de travail l’ont conduit à la gestion des affaires royales. Ce n’est pas une mission toute simple, mais il l’assume comme il le doit. Parcours complet d’un homme atypique.

Aïssa Amourag

 

Mohamed Mounir Majidi.

 

Autour du Roi s’est constituée une constellation d’hommes compétents, discrets mais qui exercent une réelle influence sur le pays. Cette influence ne se mesure pas seulement au pouvoir politique qui a toujours –officiellement- prévalu pour effectuer une ascension dans les hautes sphères de l’Etat. Il y a aussi des hommes qui, du haut de leurs postes hiérarchiques, peuvent, lors d’un briefing ou d’un simple appel téléphonique, donner des directives et exercer une influence sur l’économie nationale. Cette nouvelle génération de proches du Roi, au pouvoir certes important, mais très peu affiché, s’est doucement installée alors que le Maroc affronte avec tactique et prudence les retombées économiques de l’ouverture des marchés. Mohamed Mounir Majidi, surnommé 3M dans le milieu des affaires, fait partie de cette génération désignée pour apporter une touche moderne et pragmatique aux affaires de la Cour royale. Il ne s’occupe pas des finances de l’État mais des affaires privées du Roi.

Énergie


Dans l’histoire de la monarchie marocaine, le poste très sensible de Secrétaire particulier du Roi a toujours relevé de la gestion interne du Palais et rien ne filtrait ou presque sur ses actions, sa manière de travailler et ses hommes. Du temps de Hassan II, on savait que c’était Abdelfettah Frej qui assurait cette fonction mais on parlait rarement de lui. À peine évoquait on son nom pour dire qu’il avait assisté à une telle réunion officielle ou fait le déplacement avec le Roi dans l’un de ses voyages à l’étranger.
Il en va des familles royales comme de toutes les familles, quand le père meurt, le fils aîné reprend le flambeau, mais cette succession est toujours suivie d’une rationalisation de la gestion de la fortune familiale, on formalise plus les choses, il y a plus d’écrits et en un mot, il y a une comptabilité moderne qui vient naturellement succéder à une gestion plus empirique.
Sous le règne de SM Mohammed VI, le tabou est tombé. On connaît Mohamed Mounir Majidi, actuel secrétaire particulier du Roi, ses origines, son parcours, et même son caractère. Et pourtant, l’homme reste insaisissable. Il est, dit-on, extrêmement réservé, il parle peu. Par contre, il écoute beaucoup. Ces traits de caractère cachent néanmoins un homme qui dégage une énergie débordante et une force de travail d’un niveau inégalable, pour accomplir une mission dont il est sérieusement conscient. Mohamed Mounir Majidi, tout comme certains de ses pairs, au gouvernement ou au Palais, a une très grande conscience de sa mission qu’il considère comme l’établissement d’un relais entre le Roi et le reste de la sphère de l’Etat. Jamais, à aucun moment, il ne s’est départi de cette conscience. Sur la scène publique, à l’occasion d’un événement ou d’une manifestation quelconque, il n’aime pas se laisser prendre en photo à quelques exceptions près.
Mais, d’où vient tout le pouvoir qu’on lui prête? Comment a-t-il tissé ce réseau d’influence qu’il emploie à bon escient pour gérer les affaires royales?
Ami intime pendant de longues années de feu Naoufal Osman, fils d’Ahmed Osman, ancien Premier ministre en 1975 et actuel patron du RNI, Mounir Majidi a fini par être admis dans le cercle très fermé du pouvoir. Peu à peu, il fait la connaissance des grands de ce pays et se familiarise avec les mœurs du Palais.
Contrairement à Fouad Ali EI Himma, ministre délégué à l’Intérieur, qui a effectué toute sa carrière professionnelle entre le Palais et l’administration territoriale, autrement dit dans les arcanes de l’Etat, Mounir Majidi est venu du secteur privé avant de se projeter dans une belle carrière entourée de la plus grande discrétion. Il est né en 1964, à Rabat, il est issu d’un milieu relativement modeste et simple.


Discrétion

Durant plusieurs mois, après être entré dans le Palais pour y exercer la fonction qui est la sienne aujourd’hui, il a continué à résider dans un petit appartement dans l’Agdal à Rabat alors qu’il pouvait prétendre à mieux, vu l’importance de sa fonction. Ce n’est qu’il y a une année et demie qu’il a quitté cet appartement, mais il ne s’est jamais éloigné de ses origines auxquelles il accorde une place particulière. Ses études supérieures ont été prestigieuses. C’est aux Etats-Unis, à la PACE University de New York qu il a obtenu son Master en Business Administration (gestion des affaires). Son départ au pays de l’Oncle Sam pour études supérieures a été facilité par une bourse royale qui lui a été accordée par feu Hassan II sur recommandation de son ami, Naoufal Osman. Avec ce seul diplôme, si coté dans le milieu des affaires internationales, on imagine la carrière brillante et fulgurante d’homme d’affaires à laquelle il pouvait prétendre. Mais, au tout début, comme tout lauréat à la recherche d’un premier job, il est entré à la BCM (Banque commerciale du Maroc), aujourd’hui disparue après la création d’Attijariwafa Bank. Mais, c’était qu’un bref passage lors d’un stage.

Ascension

L’homme visait loin, très loin. Son ambition de construire quelque chose à lui ne le lâchait pas. De la BCM, il est passé à l’ONA, où il a travaillé sous la conduite de Omar Belmahi, aujourd’hui ambassadeur du Maroc à Londres. Bosseur infatigable, il lui arrive de rester dans son bureau jusqu’à une heure tardive de la nuit pour boucler le travail de la journée. Homme de dossiers par excellence, il est d’une rigueur implacable. C’est grâce à cette rigueur-là qu’il est d’ailleurs devenu ce qu’il est aujourd’hui. Vite remarqué, il quitte l’ONA pour devenir chargé de mission à la CDG (Caisse de dépôt et de gestion) auprès de Khalid Kadiri, son patron. C’est là que son idée de lancer sa propre affaire germe et grandit dans son esprit. Il y réfléchit, pose les bases et rassemble les fonds. En 1997, il lance officiellement sa célèbre société, FC Com (First Contact Communication) qui est spécialisée dans l’affichage urbain. Il est le premier à investir dans ce créneau au Maroc. Vite, en quelques mois, il devient le Monsieur Affichage de Casablanca, puis de Rabat, de Fès, Tanger et Agadir. Ses panneaux sont installés un peu partout au Maroc, faisant de FC Com une société-culte que toutes les autres sociétés d’affichage ont copiée ou presque. Si ces dernières ont crié au monopole de FC Com sur ce secteur, c’est qu’il en était le précurseur. Personne, avant lui, n’avait eu l’idée ingénieuse de lancer ces panneaux publicitaires au Maroc. Il aura fallu tout un travail et une volonté inébranlable pour que Mounir Majidi passe du statut de salarié à celui d’homme d’affaires dont l’ascension fulgurante continue toujours d’étonner, mais aussi de fâcher dans certains cas. Une autre société, GSM Al Maghrib, distributeur de téléphones portables, est venue grossir son groupe. Il y a quelques années, il a vendu 35% du capital de cette société à Maroc Telecom. Aujourd’hui, il cherche à vendre la totalité de son groupe pour se consacrer à ses fonctions officielles. D’homme d’affaires qui a réussi, il devient le confident du Roi, le gestionnaire de ses affaires personnelles grâce à sa mémoire phénoménale.

Convoitises

On lui prête un réseau relationnel puissant sur lequel il s’est basé pour construire son empire. S’il est vrai qu’il en a eu un, ce n’est qu’après avoir occupé le poste très officiel de secrétaire particulier du Roi qu’il l’a tissé. Il s’en sert, comme tout haut responsable proche du Souverain, pour assurer une gestion cohérente et harmonieuse de sa fonction. Il est tout à fait normal et même souhaitable que «le financier» du Roi ait des relations poussées tout autour de lui, pour négocier des affaires dans l’intérêt de la famille royale. Car, en dehors des travaux protocolaires dont il s’occupe au quotidien, il s’est vu également confier la mission, combien lourde, de gérer les affaires économiques de la famille royale. Ce sont surtout les implications de ce volet de sa fonction au sein du Palais qui provoquent des remous dans le monde économique et financier national.
En ayant un droit presque absolu sur la gestion des affaires du Palais, Mounir Majidi nourrit autour de lui les convoitises de certains adversaires qui voient en lui le nouvel homme fort de la Cour sur le plan économique. À l’ONA, dont il est membre du conseil d’administration, il émet un avis à propos de tout ce qui touche le holding de près ou de loin. Sa gestion, ses projets, ses plans stratégiques, tout est passé au peigne fin par lui. Rien ne passe sans son accord parce qu’il veille jalousement sur les intérêts royaux dont il est un gardien attitré et non des moindres. De ce point de vue-là, il est également pleinement conscient. Il sait qu’il doit rendre des comptes d’une manière périodique à son supérieur, le Roi, à qui il doit expliquer les performances des affaires familiales.
Donc, pas de droit à l’erreur. Bien entendu, compte tenu de la charge dont il est investi et pour optimiser l’efficacité, il s’entoure de collaborateurs compétents en qui il a confiance et à qui il distribue des responsabilités équitablement réparties en fonction de la compétence de chacun. Ces collaborateurs sont connus, mais peu médiatisés sauf quelques-uns que leur fonction oblige à fréquenter les médias : Bassim Jai Hokimi, patron de l’ONA, Hassan Bouhemmou, patron de la Siger (anagramme de Regis, c’est-à-dire Roi en grec et nom du holding qui regroupe les affaires royales), Hassan Mansouri, patron de la société Primarios qui fabrique les tapis et les meubles pour répondre aux commandes des seuls Palais royaux. Ces trois hommes, jeunes et dynamiques, sont réputés dans les milieux d’affaires pour leur compétence et leur sens de la rigueur, c’est pour cela que Mounir Majidi les a choisis pour diriger avec lui les affaires royales. À eux seuls, ils font et défont des plans économiques, convoquent des réunions urgentes avec le patronat et sont souvent consultés sur des projets d’envergure. Contrairement à ce qu’on raconte ici et là, Mounir Majidi ne fait pas la loi au sein de l’économie nationale. On lui prête aussi une très grande influence sur le syndicat des patrons et une rivalité avec Fouad Ali El Himma pour le contrôle de la puissante CGEM (Confédération générale des entreprises marocaines). Il n’en est rien. Mohamed Mounir Majidi n’a qu’un seul souci : servir efficacement et loyalement le Roi. Il est son œil sur tout ce qui touche à l’économie. C’est sous cet angle-là qu’il a développé un réseau parmi les hommes d’affaires, les patrons de grandes entreprises et les opérateurs économiques influents. Lors des réunions, souvent informelles, avec des patrons d’entreprises, il peut sembler donner des ordres mais c’est une apparence. Sa fonction veut qu’il informe le Roi de ce qui se passe dans l’économie nationale, mais, il doit aussi transmettre ses messages de bénédiction et d’orientation aux opérateurs économiques. Cela se fait dans tous les pays du monde même à très forte tradition démocratique. Des briefings, des réunions de brainstorming, c’est son truc, car l’école américaine dont il est lauréat a toujours servi à parfaire et à rendre performant son travail. Mounir Majidi forme avec Fouad Ali El Himma, son alter ego, chargé du volet sécurité, un tandem de choc. Mohamed Mounir Majidi symbolise cette nouvelle génération dont le Roi a besoin pour suivre le développement du Maroc et le seconder, lui, personnellement. Des hommes de sa génération. Si les tous cadres politiques et les responsables de notre pays étaient de cette génération qui assiste le Monarque, le Maroc se positionnerait de plain-pied dans la modernité.

 

Retour