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Autour du Roi
sest constituée une constellation dhommes compétents,
discrets mais qui exercent une réelle influence sur le pays. Cette
influence ne se mesure pas seulement au pouvoir politique qui a toujours officiellement-
prévalu pour effectuer une ascension dans les hautes sphères
de lEtat. Il y a aussi des hommes qui, du haut de leurs postes hiérarchiques,
peuvent, lors dun briefing ou dun simple appel téléphonique,
donner des directives et exercer une influence sur léconomie
nationale. Cette nouvelle génération de proches du Roi, au pouvoir
certes important, mais très peu affiché, sest doucement
installée alors que le Maroc affronte avec tactique et prudence les
retombées économiques de louverture des marchés.
Mohamed Mounir Majidi, surnommé 3M dans le milieu des affaires, fait
partie de cette génération désignée pour apporter
une touche moderne et pragmatique aux affaires de la Cour royale. Il ne soccupe
pas des finances de lÉtat mais des affaires privées du
Roi.
Énergie
Dans lhistoire de la monarchie marocaine, le poste très sensible
de Secrétaire particulier du Roi a toujours relevé de la gestion
interne du Palais et rien ne filtrait ou presque sur ses actions, sa manière
de travailler et ses hommes. Du temps de Hassan II, on savait que cétait
Abdelfettah Frej qui assurait cette fonction mais on parlait rarement de lui.
À peine évoquait on son nom pour dire quil avait assisté
à une telle réunion officielle ou fait le déplacement
avec le Roi dans lun de ses voyages à létranger.
Il en va des familles royales comme de toutes les familles, quand le père
meurt, le fils aîné reprend le flambeau, mais cette succession
est toujours suivie dune rationalisation de la gestion de la fortune
familiale, on formalise plus les choses, il y a plus décrits
et en un mot, il y a une comptabilité moderne qui vient naturellement
succéder à une gestion plus empirique.
Sous le règne de SM Mohammed VI, le tabou est tombé. On connaît
Mohamed Mounir Majidi, actuel secrétaire particulier du Roi, ses origines,
son parcours, et même son caractère. Et pourtant, lhomme
reste insaisissable. Il est, dit-on, extrêmement réservé,
il parle peu. Par contre, il écoute beaucoup. Ces traits de caractère
cachent néanmoins un homme qui dégage une énergie débordante
et une force de travail dun niveau inégalable, pour accomplir
une mission dont il est sérieusement conscient. Mohamed Mounir Majidi,
tout comme certains de ses pairs, au gouvernement ou au Palais, a une très
grande conscience de sa mission quil considère comme létablissement
dun relais entre le Roi et le reste de la sphère de lEtat.
Jamais, à aucun moment, il ne sest départi de cette conscience.
Sur la scène publique, à loccasion dun événement
ou dune manifestation quelconque, il naime pas se laisser prendre
en photo à quelques exceptions près.
Mais, doù vient tout le pouvoir quon lui prête? Comment
a-t-il tissé ce réseau dinfluence quil emploie à
bon escient pour gérer les affaires royales?
Ami intime pendant de longues années de feu Naoufal Osman, fils dAhmed
Osman, ancien Premier ministre en 1975 et actuel patron du RNI, Mounir Majidi
a fini par être admis dans le cercle très fermé du pouvoir.
Peu à peu, il fait la connaissance des grands de ce pays et se familiarise
avec les murs du Palais.
Contrairement à Fouad Ali EI Himma, ministre délégué
à lIntérieur, qui a effectué toute sa carrière
professionnelle entre le Palais et ladministration territoriale, autrement
dit dans les arcanes de lEtat, Mounir Majidi est venu du secteur privé
avant de se projeter dans une belle carrière entourée de la
plus grande discrétion. Il est né en 1964, à Rabat, il
est issu dun milieu relativement modeste et simple.
Discrétion
Durant plusieurs
mois, après être entré dans le Palais pour y exercer la
fonction qui est la sienne aujourdhui, il a continué à
résider dans un petit appartement dans lAgdal à Rabat
alors quil pouvait prétendre à mieux, vu limportance
de sa fonction. Ce nest quil y a une année et demie quil
a quitté cet appartement, mais il ne sest jamais éloigné
de ses origines auxquelles il accorde une place particulière. Ses études
supérieures ont été prestigieuses. Cest aux Etats-Unis,
à la PACE University de New York qu il a obtenu son Master en Business
Administration (gestion des affaires). Son départ au pays de lOncle
Sam pour études supérieures a été facilité
par une bourse royale qui lui a été accordée par feu
Hassan II sur recommandation de son ami, Naoufal Osman. Avec ce seul diplôme,
si coté dans le milieu des affaires internationales, on imagine la
carrière brillante et fulgurante dhomme daffaires à
laquelle il pouvait prétendre. Mais, au tout début, comme tout
lauréat à la recherche dun premier job, il est entré
à la BCM (Banque commerciale du Maroc), aujourdhui disparue après
la création dAttijariwafa Bank. Mais, cétait quun
bref passage lors dun stage.
Ascension
Lhomme
visait loin, très loin. Son ambition de construire quelque chose à
lui ne le lâchait pas. De la BCM, il est passé à lONA,
où il a travaillé sous la conduite de Omar Belmahi, aujourdhui
ambassadeur du Maroc à Londres. Bosseur infatigable, il lui arrive
de rester dans son bureau jusquà une heure tardive de la nuit
pour boucler le travail de la journée. Homme de dossiers par excellence,
il est dune rigueur implacable. Cest grâce à cette
rigueur-là quil est dailleurs devenu ce quil est
aujourdhui. Vite remarqué, il quitte lONA pour devenir
chargé de mission à la CDG (Caisse de dépôt et
de gestion) auprès de Khalid Kadiri, son patron. Cest là
que son idée de lancer sa propre affaire germe et grandit dans son
esprit. Il y réfléchit, pose les bases et rassemble les fonds.
En 1997, il lance officiellement sa célèbre société,
FC Com (First Contact Communication) qui est spécialisée dans
laffichage urbain. Il est le premier à investir dans ce créneau
au Maroc. Vite, en quelques mois, il devient le Monsieur Affichage de Casablanca,
puis de Rabat, de Fès, Tanger et Agadir. Ses panneaux sont installés
un peu partout au Maroc, faisant de FC Com une société-culte
que toutes les autres sociétés daffichage ont copiée
ou presque. Si ces dernières ont crié au monopole de FC Com
sur ce secteur, cest quil en était le précurseur.
Personne, avant lui, navait eu lidée ingénieuse
de lancer ces panneaux publicitaires au Maroc. Il aura fallu tout un travail
et une volonté inébranlable pour que Mounir Majidi passe du
statut de salarié à celui dhomme daffaires dont
lascension fulgurante continue toujours détonner, mais
aussi de fâcher dans certains cas. Une autre société,
GSM Al Maghrib, distributeur de téléphones portables, est venue
grossir son groupe. Il y a quelques années, il a vendu 35% du capital
de cette société à Maroc Telecom. Aujourdhui, il
cherche à vendre la totalité de son groupe pour se consacrer
à ses fonctions officielles. Dhomme daffaires qui a réussi,
il devient le confident du Roi, le gestionnaire de ses affaires personnelles
grâce à sa mémoire phénoménale.
Convoitises
On lui prête
un réseau relationnel puissant sur lequel il sest basé
pour construire son empire. Sil est vrai quil en a eu un, ce nest
quaprès avoir occupé le poste très officiel de
secrétaire particulier du Roi quil la tissé. Il
sen sert, comme tout haut responsable proche du Souverain, pour assurer
une gestion cohérente et harmonieuse de sa fonction. Il est tout à
fait normal et même souhaitable que «le financier» du Roi
ait des relations poussées tout autour de lui, pour négocier
des affaires dans lintérêt de la famille royale. Car, en
dehors des travaux protocolaires dont il soccupe au quotidien, il sest
vu également confier la mission, combien lourde, de gérer les
affaires économiques de la famille royale. Ce sont surtout les implications
de ce volet de sa fonction au sein du Palais qui provoquent des remous dans
le monde économique et financier national.
En ayant un droit presque absolu sur la gestion des affaires du Palais, Mounir
Majidi nourrit autour de lui les convoitises de certains adversaires qui voient
en lui le nouvel homme fort de la Cour sur le plan économique. À
lONA, dont il est membre du conseil dadministration, il émet
un avis à propos de tout ce qui touche le holding de près ou
de loin. Sa gestion, ses projets, ses plans stratégiques, tout est
passé au peigne fin par lui. Rien ne passe sans son accord parce quil
veille jalousement sur les intérêts royaux dont il est un gardien
attitré et non des moindres. De ce point de vue-là, il est également
pleinement conscient. Il sait quil doit rendre des comptes dune
manière périodique à son supérieur, le Roi, à
qui il doit expliquer les performances des affaires familiales.
Donc, pas de droit à lerreur. Bien entendu, compte tenu de la
charge dont il est investi et pour optimiser lefficacité, il
sentoure de collaborateurs compétents en qui il a confiance et
à qui il distribue des responsabilités équitablement
réparties en fonction de la compétence de chacun. Ces collaborateurs
sont connus, mais peu médiatisés sauf quelques-uns que leur
fonction oblige à fréquenter les médias : Bassim
Jai Hokimi, patron de lONA, Hassan Bouhemmou, patron de la Siger (anagramme
de Regis, cest-à-dire Roi en grec et nom du holding qui regroupe
les affaires royales), Hassan Mansouri, patron de la société
Primarios qui fabrique les tapis et les meubles pour répondre aux commandes
des seuls Palais royaux. Ces trois hommes, jeunes et dynamiques, sont réputés
dans les milieux daffaires pour leur compétence et leur sens
de la rigueur, cest pour cela que Mounir Majidi les a choisis pour diriger
avec lui les affaires royales. À eux seuls, ils font et défont
des plans économiques, convoquent des réunions urgentes avec
le patronat et sont souvent consultés sur des projets denvergure.
Contrairement à ce quon raconte ici et là, Mounir Majidi
ne fait pas la loi au sein de léconomie nationale. On lui prête
aussi une très grande influence sur le syndicat des patrons et une
rivalité avec Fouad Ali El Himma pour le contrôle de la puissante
CGEM (Confédération générale des entreprises marocaines).
Il nen est rien. Mohamed Mounir Majidi na quun seul souci :
servir efficacement et loyalement le Roi. Il est son il sur tout ce
qui touche à léconomie. Cest sous cet angle-là
quil a développé un réseau parmi les hommes daffaires,
les patrons de grandes entreprises et les opérateurs économiques
influents. Lors des réunions, souvent informelles, avec des patrons
dentreprises, il peut sembler donner des ordres mais cest une
apparence. Sa fonction veut quil informe le Roi de ce qui se passe dans
léconomie nationale, mais, il doit aussi transmettre ses messages
de bénédiction et dorientation aux opérateurs économiques.
Cela se fait dans tous les pays du monde même à très forte
tradition démocratique. Des briefings, des réunions de brainstorming,
cest son truc, car lécole américaine dont il est
lauréat a toujours servi à parfaire et à rendre performant
son travail. Mounir Majidi forme avec Fouad Ali El Himma, son alter ego, chargé
du volet sécurité, un tandem de choc. Mohamed Mounir Majidi
symbolise cette nouvelle génération dont le Roi a besoin pour
suivre le développement du Maroc et le seconder, lui, personnellement.
Des hommes de sa génération. Si les tous cadres politiques et
les responsables de notre pays étaient de cette génération
qui assiste le Monarque, le Maroc se positionnerait de plain-pied dans la
modernité.
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