La mosquée Hassan II à Casablanca connaît un afflux de fidèles inégalé
L’effet Al Kazabri

My Touhami Tahiri-Alaoui

 

• Omar Kazabri .

 

“Une mosquée fondée dès les premiers jours sur la crainte révérencielle de Dieu, on y trouve des hommes qui aiment à se purifier” (Coran IX 108). La mosquée Hassan II, édifice majestueux, comble du raffinement, un phare à laser planté au sommet du minaret visible à 35 km, «annoncera aux Navigateurs que cette terre est celle de Dar El Islam». Immense vaisseau ancré entre terre et eau, la mosquée Hassan II, à défaut d’emporter les corps à l’autre bout du monde, entraîne déjà les âmes à l’autre extrémité du ciel.

Piété

Depuis son inauguration en 1993, cette mosquée n’a pas connu un afflux de fidèles digne de son site, son architecture et son espace. Les raisons invoquées sur le prétendu “boycott” de ce grand lieu de piété ont fait l’objet de moult calomnies ; d’aucuns parlaient des méthodes utilisées pour la contribution nationale à sa construction ; d’autre mauvaises langues se plaisaient à dire qu’il s’agit d’une trouille née d’un risque d’effondrement ; pendant que d’autres prétendaient que c’est à cause des visites qu’effectuent sur ce lieu saint des non musulmans. Conscient de cette situation, SM le Roi Mohammed VI, Commandeur des croyants, agissant dans son espace spirituel et dans le cadre de la réforme du champ religieux et de son réinvestissement, s’est rendu compte, après s’être enquis sur la question, qu’il s’agit tout simplement du fait que le mihrab de la mosquée n’a pas été occupé par des imams capables de s’accommoder avec l’évolution du temps. Dans chaque prêche, il y a celui qui récite et celui qui écoute, c’est donc ce vide que l’imam Omar Kazabri est venu combler et, la nouvelle une fois répandue, des milliers de fidèles, qui avouent avoir été privés pendant des années de ce majestueux espace de piété, font le pèlerinage des quartiers lointains de la ville et même d’autres villes.
Issu de la nouvelle génération des Imams, Omar Kazabri est resté fidèle à la lecture du Coran selon la méthode du cheikh Abou Saïd El Misri, appelé “Warch”, tout en procédant seulement à une déclamation avec une forte intensité spirituelle qui provoque une émotion chez les fidèles, sorte de psalmodie qui exige une parfaite connaissance du Livre saint et dont la voix mélodieuse et le ton doivent être adaptés à l’essence divine des versets récités. Voilà pour celui qui récite.
Quant à celui qui écoute, il s’agit d’une majorité de jeunes et de moins jeunes habitués à écouter sur divers enregistrements ou moyens audiovisuels des récitations. Comme le décrivent les savants de la foi “lorsque celui qui récite et celui qui écoute se sentent liés par un lien spirituel, ils n’en font qu’un ; il en va de même lorsqu’on se parle à soi-même et qu’on s’écoute soi-même.”

Admiration

Le Ramadan, mois pendant lequel à été révélé le Coran, est pour les musulmans marocains un mois sacré ; un mois de piété dans son sens général englobant l’obligation d’abstinence et le devoir d’éviter fautes et péchés. Parallèlement à l’observance du commandement de la prière, du jeûne, de l’invocation d’Allah et de la récitation du Coran. Et s’il y a une leçon à tirer de ce qu’on appelle le phénomène Omar El Kazbari, c’est que les bons citoyens marocains ont toujours eu du respect et de l’admiration pour ceux qui sont en charge d’une tâche, qu’elle soit spirituelle ou temporelle, et qui l’assument avec conscience et compétence. Il en est de même pour la prédiction. Au Maroc, pays où Islam rime avec tolérance et tradition avec modernité, il existe encore des Tolbas de tout âge qui apprennent et récitent couramment le Coran de mémoire et les préceptes de l’Islam, que les traditions musulmanes sont scrupuleusement respectés, et le rite malikite considéré comme un dogme juridico-religieux doublé d’une dimension politique. Aussi a-t-il servi d’assise à l’état et de ferment au corps social.
Quant à l’arbitrage suprême sur les questions de la foi et de la patrie, il est du ressort exclusif du Roi Imam. Terre d’Islam et de culture arabo-amazigh, depuis que l’Emir Oqba prononça la prière suivante “Ô mon Dieu, remplis cette terre de science et de la connaissance de ta loi, fais qu’elle soit habitée par des hommes pieux et dévoués à ton service et protège nous contre les puissants de la terre”. Depuis que l’Imam Idriss, descendant du Prophète, a pu y trouver droit de cité, les Marocains sont restés fidèles à leur engagement de respecter les dernières volontés du prophète Mohammed qui, comme l’a rapporté Tabari dans son ouvrage “Mohammed sceaux des prophètes’’, sentant son heure proche et s’adressant aux fidèles leur a dit “Je vous laisse deux choses qui vous empêcheront après moi de tomber dans l’erreur, aussi longtemps que vous vous y appuierez : la parole de Dieu et ma famille”.
Le prophète n’a-t-il pas prédit dans un autre Hadith retenu par l’imam Mouslim dans son corpus authentique : « Les gens de l’Occident demeureront attachés à la religion authentique jusqu’au jour du Jugement dernier. » Plusieurs spécialistes en matière de tradition ont interprété le terme Occident comme étant le Maroc, Dar El Islam.

 

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