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Ce dimanche
11 avril, le complexe sportif Moulay Abdallah à lentrée
sud de Rabat, connaît une fébrilité et une affluence
extraordinaires. Lomniprésence, dans le public, dhommes
barbus et de femmes voilées faisait rapidement comprendre quil
ne sagissait pas dune compétition sportive mais dune
gand-messe islamiste. Celle du Parti de la Justice et du Développement
(PJD) qui clôturait, ce jour-là, ses cinquièmes assises
nationales. Lair est euphorique. Les accolades et les congratulations
échangées entre les 2000 congressistes sont interminables.
Il nest pas assez difficile de percer le secret de cette joie non
contenue.
Témoin
Sur la défensive
depuis le 11 septembre 2001, voué aux gémonies par une partie
de la presse, qui le considérait comme étant « moralement
responsable » des attentats meurtriers du 16 mai à Casablanca,
et regardé, pour un moment, comme un pestiféré par
la classe politique, le parti islamiste a réussi un véritable
tour de force en se réhabilitant. Le congrès en était
lillustration. Les militants du PJD se réjouissaient également
de leur capacité dopérer en douceur les changements
organisationnels et les amendements doctrinaux « requis ».
Le fondateur de cette formation, le Dr Abdelkarim Al Khatib, 84 ans, avait
pu, à cette occasion, passer le témoin, en effet sans fracas,
à Saad Eddine El Othmani. Issu dune famille originaire du
Souss, le nouveau secrétaire général du PJD incarne
laile « fréquentable » du parti islamiste. Agé
de 48 ans, M. Othmani, docteur en psychiatrie, a été porté
au poste de secrétaire général par plus de 80 % des
congressistes ayant pris part au vote.
Il a damé le pion à dautres figures de proue de cette
formation comme Abdallah Baha, élu pourtant comme secrétaire
général adjoint, Abdelilah Benkirane, élu à
la tête du Conseil national, instance délibérative
du parti, ou Lahcen Daoudi, qui fait partie des dix-sept membres du nouveau
secrétariat général, instance exécutive désormais
dominée par les modérés.
Laile pure et dure du PJD, naguère ayant le vent de poupe,
a été reléguée aux secondes loges. Elle est
certes représentée au sein de lorgane exécutif
du parti, par des figures très connues comme Ahmed Raissouni, président
du Mouvement de lUnité et de la Réforme (MUR), principale
composante du PJD, et Me Mustapha Ramid, ex-président du groupe
parlementaire de la formation islamiste à la chambre des Représentants.
Ce courant a paru constituer une « face hideuse » que le parti
peine désormais à cacher. Son orientation fondamentaliste
sur les questions relatives aux prescriptions de la loi islamique -interdiction
de vente de boissons alcoolisées, entre autres- et son discours
politique virulent ne sont plus considérés -cest un
euphémisme- comme des atouts.
Le communiqué final rendu public à lissue des 5èmes
assises de cette formation islamiste, tout comme le rapport politique
et la charte doctrinale adoptés, à cette occasion, illustre
le triomphe des modérés au sein du PJD. Il nest plus
question, pour les amis de El Othmani, de tenter de faire de lIslam,
religin de la quasi-totalité des Marocains, un apanage exclusif.
« Aucune instance (partisane) na le droit de sapproprier
le référentiel islamique en en excluant les autres ou de
prétendre disposer de la vérité absolue » peut-on
lire dans un éditorial du quotidien islamiste Attajdid paru le
surlendemain du congrès. Intitulé « ni reniement,
ni monopole », le texte considère également la démocratie
et modernité comme des valeurs communes pour tous les Marocains.
« La démocratie et la modernité ne sont un monopole
de qui que se soit », affirme cet organe de presse des Islamistes
qui soutient que « les Marocains doivent être tous démocrates
et modernistes ».
Cette tentative de faire peau neuve est perceptible également dans
lélection de nombreux jeunes cadres francophones au sein
de linstance exécutive du parti, qui comprend désormais
deux femmes. Cest le cas non seulement du nouveau patron Saad Eddine
Othmani et de son adjoint Lahcen Daoudi, mais également, entre
autres, de Abdelkader Amara, ingénieur agronome et de Abdelaziz
Rabbah, un ingénieur informaticien qui dirige actuellement la jeunesse
du PJD. Cest la montée de ceux qui parlent des langues étrangères
au détriment de ceux ne comprennent que larabe ; de ceux
qui ont suivi un enseignement moderne au gram dam des professeurs de foi.
Cette ouverture et ce pragmatisme nouveaux sont traduits par dautres
décisions.
Comme celle de lancer incessamment un organe de presse francophone et
de ne pas rester prisonnier de ses affinités idéologiques.
Il est à cet égard intéressant de mentionner que
les Islamistes marocains ont invité des représentants du
Parti constitutionnel au pouvoir en Tunisie, de préférence
à « leurs frères » de Nahda interdits et pourchassés
par le gouvernement de Tunis.
Comme son homonyme turc, le PJD allège son fardeau idéologique,
pour devenir, par les temps qui courent, fréquentable. Et pourquoi
pas un parti gestionnaire de la chose publique?
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