Hanane Ibrahimi parle de “La Chambre noire" de Hassan Benjelloun
Un amour de plomb

Hanane Ibrahimi, jeune actrice marocaine de 24 ans, joue le rôle de Najat dans le film de Hassan Benjelloun "La Chambre noire ". Inspiré du livre éponyme de Jaouad Mdidech, ce long-métrage, actuellement sur les écrans de Casablanca, évoque une histoire d’amour poignante qui se déroule sur fond d’années de plomb.

Propos recueillis de Loubna Bernichi

 

• Hanane Ibrahimi.

 

Maroc Hebdo International: Quelle est l’histoire de “La Chambre noire"?
- Hanane Ibrahimi: Le film raconte l’histoire de Kamal et Najat. Tous les deux travaillaient à l’aéroport. Amoureux l’un de l’autre, ils rêvaient d’un avenir meilleur. Ils avaient des projets plein la tête et les voyaient déjà concrétisés.
Malheureusement, le destin en a voulu autrement. Son passé d’ancien étudiant marxiste-léniniste rattrape Kamal. Commence alors une longue descente aux enfers: enlèvement, interrogatoires, tortures, Kamal refuse de charger ses camarades en contrepartie de la clémence des juges.
• Maroc Hebdo International: Quel est le rôle que vous jouez dans ce film ?
- Hanane Ibrahimi: Je suis Najat, la fidèle fiancée de Kamal. Je l’accompagnerai tout au long de son histoire jusqu'au jour où il me demandera de le quitter et de ne plus l’attendre parce que le temps passe et je dois me marier. Cette histoire d’amour est au cœur des événements. C’est une touche de romantisme dans cette période sombre. Dans le livre autobiographique de Jaouad Mdidech “La Chambre noire" dont le film est inspiré, cette relation amoureuse n’existe pas. L’auteur, en l’occurrence Jaouad Mdidech, fait juste une allusion au personnage tout au début de son ouvrage. Le réalisateur, Hassan Benjelloum, a choisi de le développer. Il a créé Najat.
• MHI: Comment avez-vous vécu le rôle de Najat?
- Hanane Ibrahimi: Très bien. C’est vrai que c’est difficile au départ parce que je n’avais pas de référence, contrairement à Mohamed Nadif. Pour le rôle de Kamal, il a pu s’inspirer de Jaouad Mdidech. J’ai fait beaucoup d’efforts pour construire le personnage de Najat. J’ai dû me documenter. J’ai pris contact avec des épouses de prisonniers politiques. Je me suis imprégnée de leurs histoires. Pour connaître la souffrance de l’attente, j’ai discuté avec la mère de Jawad Mdidech, et lui-même, il m’a été d’une grande aide. Et, bien sûr, j’ai suivi les indications de Hassan Benjelloun.
• MHI: Pour votre premier rôle féminin dans un long-métrage cinématographique, pensez-vous que vous avez assuré ?
- Hanane Ibrahimi: Je ne pourrais jamais être satisfaite de ma prestation. Je suis une perfectionniste. Je veux toujours donner le meilleur de moi-même. Le jour de la projection en avant-première du film “La Chambre noire", qui a eu lieu jeudi 8 avril 2004, j’étais tout excitée et heureuse. J’allais enfin découvrir mon travail. La salle était comble. De nombreuses personnes sont venues pour m’encourager. À un moment, j’ai senti une certaine appréhension. Et si je n’ai pas réussi à passer le message ? me demandais-je. À la fin de la projection, la réaction du public ne m’a pas déçue. Plusieurs épouses de prisonniers politiques sont venues me féliciter pour mon interprétation.
Personnellement, j’ai trouvé qu’il y avait des séquences fortes et d’autres faibles. Mais, je mets ça sur le compte de l’inexpérience. Je suis encore une débutante dans le domaine du cinéma. J’aurai d’autres occasions pour mieux faire. Du moins, je l’espère.
• MHI: Quelle est la séquence qui vous a le plus marquée ?
- Hanane Ibrahimi: C’est la dernière séquence. J’en suis même amoureuse. La présence de Jaouad Mdidech dans cette scène m’a beaucoup inspirée. C’était émouvant. Je l’apprécie beaucoup. Tout le long du tournage, il était là pour nous soutenir. Il parlait à cœur ouvert de son expérience, même si cela lui rappelait une pénible période de sa vie. Il était sincère et généreux. Je ne garde que des bons souvenirs du tournage qui s’est passé dans de bonnes conditions. C’est une belle expérience que j’ai partagée avec une équipe composée de professionnels.
• MHI: Comment était votre relation avec Mohamed Nadif ?
- Hanane Ibrahimi: C’est un plaisir de travailler avec lui.
Il a beaucoup de qualités. Sur le plateau de tournage, il me mettait à l’aise. Plus expérimenté, forcément, il me conseillait et m’orientait.
• MHI: Vous ne connaissez pas les années de plomb, comment avez-réussi à donner au rôle toute sa dimension?
- Hanane Ibrahimi: Depuis mon enfance, j’ai rêvé de remonter la machine du temps en arrière pour vivre dans les années soixante-dix. Cette période m’a toujours fascinée. Le style de vie, la musique, les tendances vestimentaires, le militantisme, tout ce qui se rapporte à cette époque me passionne. C’est en grande partie grâce au combat et à la souffrance des générations précédentes que nous avons acquis certains droits. Pour moi, ce n’était pas difficile de remonter dans le temps. J’ai été assistée. Toute l’équipe du tournage avait vécu cette période. Ce qui m’a facilité la tâche. De plus, le décor, le dialogue, les costumes, le maquillage, les coiffures sont inspirés de cette époque. Grâce aux effets spéciaux réalisés par Nabil Rami, nous avons pu avoir le cadre spatio-temporel des seventies.
Sincèrement, Hassan Benjelloun m’a donné une grande chance. J’étais contente de pouvoir participer à ce projet. “La Chambre noire " traite un sujet fort et sensible qui me tient à cœur, même si je ne l’ai pas vécu puisque je n’ai que 24 ans.
• MHI: Comment êtes-vous devenue actrice?

- Hanane Ibrahimi: C’était une pure coïncidence. Durant mon enfance, j’étais plutôt passionnée de musique. Pour des raisons personnelles, je n’ai pas pu en faire. Je n’avais aucun intérêt pour le théâtre ou le cinéma. D’autant plus que j’étais très timide. À l’âge de 19 ans, après avoir décroché mon baccalauréat, j’ai intégré la faculté des sciences économiques et juridiques à Casablanca. J’ai entendu parler du théâtre universitaire sans y accorder une grande importance. Par contre, ma copine, Kawtar, était très intéressée. Elle m’a incitée à m’inscrire à ses ateliers. Histoire de lui tenir compagnie. Depuis, je suis devenue une accro des planches, alors que mon amie a dû abandonner après quelques essais. J’ai travaillé avec des professionnelles qui m’ont beaucoup appris.
Il faudrait dire que je suis chanceuse. J’ai participé à beaucoup de castings où j’ai été prise. Mon premier grand rôle télévisé était avec Hakim Noury pour un téléfilm.
• MHI: Avez-vous des projets en préparation ?
- Hanana Ibrahimi: Oui, j’ai des contacts. Pour le moment, je vais tourner prochainement dans un feuilleton télévisé. J’ai d’autres propositions, mais elles ne sont pas encore concrètes.


Retour