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Mardi 23
mars 2003, à 15h30, les journalistes, très nombreux et tous
médias confondus, arrivent au siège de Maroc Telecom au
Hay Ryad, à Rabat. Un quartier où de prestigieux sièges
ont été construits pour le compte notamment de la douane,
lANRT et bien dautres institutions publiques. Les candides
sont attendus au cinquième étage du siège de lopérateur
historique, dans la salle des conférences, pour écouter
Abdeslam Ahizoune, Président du directoire et grand diplômé
de lécole Telecom Paris, lune des plus prestigieuses
institutions de formation de France, dont la rencontre avec les médias
avait été repoussée pour plusieurs semaines en raison
du terrible tremblement de terre qui a secoué la région
dAl Hoceima.
16h, la salle des conférences est réputée archicomble.
Des médias étrangers ont été également
invités car lévénement Maroc Telecom",
après lentrée en fanfare de Vivendi Universal dans
son capital, est devenu international. Plusieurs cameramen, engins sur
les épaules, parcouraient la salle pour filmer lune des conférences
de presse les plus en vue et les plus attendues au Maroc. 16h15, Abdeslam
Ahizoune, serein et confiant, fait son apparition dans la salle et prend
sa place devant un pupitre où il devait donner sa conférence
de presse devant un parterre de reporters très attentifs à
lun des patrons marocains les plus courtisés de la place.
Pactole
Fidèle
à son image dexcellent communicateur", il inaugure
sa présentation par un rappel du poids de son entreprise dans léconomie
marocaine. Les chiffres quil a annoncés sont pour le moins
époustouflants. 15,2 milliards de dirhams de chiffres daffaires,
soit 3,5% du PIB, 6,2 milliards dimpôts versés à
lEtat, dont 2,02 milliards dIS (Impôt sur les sociétés)
et 1,5 milliard de TVA (Taxe sur la valeur ajoutée) sans omettre
le pactole de 1,8 milliard de dividende que lEtat a touché
en tant quactionnaire majoritaire de lentreprise.
Dune simple entreprise publique sous forme dun office (ONPT),
autrefois moribond car gangrené par une gestion fastidieuse, Ahizoune
a su en faire une entreprise moderne qui brasse non des millions mais
des milliards de dirhams. Certains, présents dans la salle, sont
allés jusquà confondre Maroc Telecom avec une banque,
une grande banque, qui engrange dans ses caisses des sommes colossales
quaucune autre entreprise ne peut gagner, même en sadonnant
à une activité financière. Alors que les télécoms
périclitent à linternational, où une crise
aiguë ronge les intérêts de nombreuses entreprises,
Maroc Telecom, elle, sest envolée par laile de la téléphone
mobile pour réaliser au titre de lannée 2003 un bénéfice
net de 4 milliards de dirhams, soit une évolution de plus de 8%
par rapport à lannée 2002.
Progression
La trésorerie
nette qui sen dégage est de 6,18 milliards de dirhams, placés
dans les banques. Mais, généralement, cette trésorerie
nest pas oisive. Elle sert pour Maroc Telecom à assurer sa
croissance externe en rachetant des opérateurs quelle estime
rentables et porteurs de valeurs ajoutées substantielles.
La dernière opération en date est le rachat de Mauritel,
un opérateur mauritanien, dont le nombre dabonnés
a atteint, en 2003, 286 000 clients répartis entre 250 000 pour
le mobile et 36 000 pour le fixe. Il a réalisé un chiffre
daffaires total de 539 millions de dirhams, soit une progression
de 21% par rapport à lannée 2002. Autre acquisition
de Maroc Telecom: la société Casanet, le gestionnaire du
portail Menara, dont les visiteurs sont estimés par jour à
150.000 clients.
Attiré par des opportunités sur le marché maghrébin,
lopérateur historique était intéressée
par la troisième licence GSM algérienne, mais il sen
est détourné par la suite en raison du coût exorbitant
de lopération. Ahizoune avait dit à propos de cette
affaire que Maroc Telecom na pas les moyens nécessaires pour
y participer.
Ascension
Mais, à
quoi est due la mirobolante ascension financière de Maroc Telecom
? Comment sest-elle forgé cette rentabilité exceptionnelle
? À coup sûr, et selon Ahizoune lui-même, cest
la téléphonie mobile qui a fait exploser lactivité
de lopérateur historique. Contrairement aux supputations
des uns et des autres, Maroc Telecom a franchi le cap des 5 millions de
clients dans le mobile. Sa part de marché dans cette activité
est passée à 68% concédant 32% seulement à
Méditel.
Mais, ce dernier, selon un récent communiqué publié
dans la presse, revendique une part de marché de 43%. Dans ce cas,
seul le gendarme du marché, en loccurrence lANRT, est
habilité à confirmer les chiffres contradictoires des deux
opérateurs.
Vu son importance, cette activité, lopérateur historique
lui consacre un intérêt majeur pour offrir aux clients une
qualité de service irréprochable et une proximité
indéniable.
Voilà pourquoi elle a crée un centre dappels exclusivement
réservé aux clients du mobile qui emploie 264 personnes
et qui a traité, rien quen 2003, plus de 5 millions dappels.
Mais, cela ne veut pas dire que le fixe nest pour rien dans le développement
fulgurant de Maroc Telecom.
Si cest vrai que la téléphonie fixe a connu en 2002
un recul inquiétant, mais en 2003, affirme Ahizoune le fixe
a repris" pour la multiplicité des offres et packs lancés
sur le marché. Séduits, les clients se sont rués
vers ces nouveaux packs pour soffrir un téléphone
fixe moins cher et performant. Ceux qui disaient que le GSM a littéralement
écrasé le fixe se retrouvent aujourdhui désavoués.
En 2003, le parc dabonnés du fixe a atteint 1,2 million pour
croître de 8% par rapport à lannée 2002.
Bien quelle ne constitue aucunement sa vocation, Maroc Telecom sest
vu propulser premier distributeur dordinateurs PC au Maroc. Ce virage
stratégique sest imposé peu à peu pour permettre
un développement rapide de lInternet. Très rapidement,
et non sans difficultés, cette activité comptait 47 000
accès à fin 2003, soit une croissance de 38%. Quant à
lADSL, son lancement, qui a été un succès,
a séduit 3500 abonnés pour un démarrage fait à
peine il y a quelques mois.
Quoique des efforts restent encore à fournir pour faire pénétrer
lInternet dans les foyers marocains, Ahizoune sest estimé
confiant quant à lavenir de cette activité devenue
incontournable dans un monde en pleine évolution technologique.
À linternational, Maroc Telecom est très plébiscitée.
Performance
Dabord,
elle est entrée depuis 2000 dans le giron dun groupe Français,
Vivendi Universal, qui en est devenu un actionnaire important.
Pour ses performances financières réalisées grâce
à sa politique commerciale agressive, lopérateur historique
participe pour une grande part dans le chiffre daffaires de Vivendi,
surtout dans sa branche télécoms.
Ensuite, il faut signaler que Maroc Telecom, parce quelle est devenue
une filiale dun groupe international, pourrait se faire coter dans
lune des bourses internationales les plus importantes notamment,
Paris, Londres ou New York. Sur la Bourse de Casablanca, rien nest
encore officiel.
Linformation dune possible introduction en bourse de Maroc
Telecom a été communiquée par le ministre des Finances
depuis trois ans. Du côté de lopérateur historique,
Ahizoune a affirmé quils sont totalement prêts pour
cette opération.
Reste à connaître la disponibilité du gouvernement
à vouloir lintroduire en bourse. En attendant cette date
tant voulue par les milieux financiers, Maroc Telecom ne cesse de séduire
ses partenaires, ses clients, bref, son monde.
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La
libéralisation du fixe naura pas lieu
Contrairement
au mobile qui a attiré de nombreux investisseurs internationaux
et qui ont accepté de miser un ticket dentrée de plus
de 10 milliards de dirhams, le fixe, lui, sombre. La libéralisation
de ce maillon important de la chaîne des télécoms
sest illustrée par un échec notoire à cause
dun appel doffres déclaré infructueux.
Aucun investisseur ne sy est intéressé non à
cause du pays, dont la bonne image auprès des étrangers
nest plus à prouver, mais pour un processus très critiqué
pour le peu de transparence qui la entouré. Ahizoune, lors
de la conférence de presse quil a donnée dans son
siège, sest permis dexpliquer les raisons du blocage
qui vont poursuivre, presque éternellement, la libéralisation
du fixe. Première raison, très évidente et peu bloquante,
le coût très élevé, et parfois exorbitant,
de linvestissement à apporter pour créer les infrastructures
nécessaires à limplantation du fixe.
Blocage
Deuxième raison, présentée pour être le facteur
le plus important du blocage, est la coupure par Méditel de la
ligne internationale de Maroc Telecom que le second opérateur utilisait
auparavant, depuis son implantation au Maroc, pour servir ses clients
à létranger. Cette coupure, estime Ahizoune, est illégale
et laffaire est aujourdhui traitée devant lANRT
mais aussi devant la justice qui nont pas encore rendu leurs jugements.
Limpact de cette coupure sur linvestisseur qui aura la charge
de gérer la seconde licence fixe sera très significative.
Tout simplement, parce que lexploitation par cet investisseur de
linternational sera entamée voire nulle. Lexploitation
du seul marché local ne va pas lui permettre de rentabiliser son
investissement déjà très lourd au départ.
Voilà pourquoi, selon Ahizoune, la libéralisation de la
téléphonie fixe est devenue difficile sinon impossible.
Au ministère chargé des télécommunications,
que dirige depuis octobre 2003, Rachid Talbi Alami, on sempresse
de dire que lappel doffres pour cette seconde licence de la
téléphonie fixe sera relancée au cours de cette année
2004. Réussira-t-il cette opération ou sinclinera-t-il
aux arguments de Ahizoune ? Lavenir nous le confirmera.
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