Crise sans précédent du secteur de la pêche
Le bras de fer continue

La crise de la pêche hauturière ne date pas d’hier. Malgré le départ des Espagnols de nos eaux et en dépit de l’optimisme du ministère de tutelle, ce secteur est toujours sinistré. Le poulpe semble avoir muté pour devenir une affaire politique.

Aïssa Amourag

 

• Tayeb Rhafes.

 

Gagné par une crise sans précédent, le secteur de la pêche sombre. Tous les professionnels s’accordent à le dire. L’histoire du poulpe, sur lequel est appliqué depuis plusieurs mois l’arrêt biologique, prorogé jusqu’au 30 avril 2004 par décision gouvernementale, n’est qu’une facette apparente de tout le problème. Mais, la crise ne date pas d’hier. Tout le monde se rappelle de la grave crise politico-économique qui empoisonnait nos relations diplomatiques avec les Européens, plus particulièrement avec les Espagnols à cause justement de l’exploitation par ces derniers de nos ressources halieutiques.

Ressource

C’était un bras de fer spectaculaire à l’issue duquel le gouvernement marocain avait à l’époque réussi, après d’âpres négociations, à convaincre les Espagnols à évacuer leurs bateaux de nos eaux territoriales. Leur départ avait ouvert une grande porte pour les armateurs marocains, qui deviennent «maîtres» de la ressource halieutique nationale.
Or, depuis cette époque, rien pratiquement n’a changé. La crise persiste toujours. Un ancien responsable s’interroge: où sont passées les quantités abondantes de poisson que pêchaient nos armateurs après le départ des Espagnols ? Que faisaient-ils de ces quantités ? Un autre problème, de surcroît important, a été posé par ce même responsable: qu’a fait le gouvernement des 250 millions de dirhams prévus par le Fonds Hassan II pour le développement économique pour financer la construction des six villages de pêche ?
Il faut dire que les changements fréquents de ministres à la tête du département des Pêches dans le cadre de remaniements ou de nominations de gouvernements, ne donnent pas le temps nécessaire aux différents titulaires à appliquer jusqu’au bout leurs visions comme ils les ont tracées.
De Thami El Khiary jusqu’à Tayeb Rhafes, en passant par Said Chbaâtou, trois hommes qui ont géré le secteur de la pêche en l’espace de cinq ans seulement, la profession fait toujours apparaître des maux profonds qui nécessitent une stratégie claire et cohérente pour les surmonter.

Insuffisance

D’un ministre à un autre, on constate des différences notables quant à la gestion du secteur surtout en ce qui concerne les histoires d’arrêt biologique que seul l’INRH ( Institut national de recherches halieutiques) peut déterminer. Doté de moyens certes peu suffisants pour accomplir au mieux sa mission qui est celle d’effectuer des études scientifiques sur le niveau de stock de tout type de poisson, l’INRH ne souffre visiblement d’aucun manque de crédibilité.
Ses conclusions, généralement contenues dans des rapports scientifiques bien argumentés et bien étayés, sont souvent respectées par les différents responsables. La différence apparaît cependant au niveau de la décision à prendre par rapport à ces conclusions.
À l’époque de Thami El Khiary, seuls les juvéniles peuvent faire l’objet d’arrêt biologique pour leur permettre de se développer et se constituer en quantités abondantes.
Jamais, à son époque, le poulpe n’avait été l’objet d’interdiction. Chbaâtou, à son arrivée, a presque respecté la stratégie de son prédécesseur en ce qui concerne les arrêts biologiques mais il reconnaît toutefois que le poulpe souffrait d’une insuffisance flagrante depuis déjà novembre 2000. Mais, selon lui, pour faire face à une décision d’interdiction à imposer aux armateurs, il fallait d’abord mettre en place un plan d’aménagement pour préparer la profession à de telles décisions au coût socio-économique très élevé. « Il fallait gérer à la fois la surexploitation dont le poulpe fait l’objet et la rentabilité des unités », a-t-il expliqué.
Un accord avait été trouvé, sous sa conduite, entre les armateurs et les marins-pêcheurs, pour permettre à ces derniers de percevoir des pourcentages sur le chiffre d’affaires au lieu des salaires fixes. Cet accord signé le 6 novembre 2002 n’a jamais pu être appliqué en raison de son départ et l’arrivée de Tayeb Rhafes.
En plus de cet accord, Chbaâtou avait dit avoir proposé l’instauration d’un fonds d’indemnisation et de régulation qui aura pour mission, selon lui, de compenser les éventuelles pertes financières que peuvent subir les armateurs en cas de décisions majeures à prendre pour préserver nos ressources maritimes. De même que l’accord, ce fonds n’a jamais vu le jour. Sous la direction de Tayeb Rhafes, le secteur de la pêche ne s’est pas amélioré le moins du monde.

Régulation

Des crises ponctuelles l’ont traversé, dont la plus récente est cette histoire du poulpe. Quoique sous-estimé par certains observateurs, cette histoire a donné lieu à une nouvelle crise. Elle a pris des allures politiques quand des marins-pêcheurs, en sit-in devant l’immeuble du ministère des Pêches, pendant le jour de l’Aid, furent tabassés par des forces de l’ordre.
L’affrontement fut, pour le moins que l’on puisse dire, violent. Plus grave encore, parce que leurs doléances furent rejetées par leur ministère de tutelle, les marins-pêcheurs ont entamé une grève de la faim depuis le jour de l’affrontement pour exercer une pression politique dans le but avoué de faire « incliner » le gouvernement.
Pour atténuer l’impact socio-économique de l’interdiction qui frappe le poulpe, le cabinet de l’actuel ministre des Pêches maritimes, Tayeb Rhafes, a reçu mercredi 4 févier 2004 le syndicat des marins-pêcheurs de la pêche hauturière dans le cadre d’une longue réunion qui aura duré plusieurs heures.

 

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