Éclairage...

Recadrage

Mustapha Sehimi

 

Jusqu’où ne pas aller trop loin ? On ne peut que se le demander avec les déclarations de Ali Salem Tamek, la semaine dernière, à cette même publication. Devait-on le faire ? Oui, assurément, et le journal s’en est clairement expliqué dans l’article de Abdellatif Mansour en première page. Ce qui devrait préoccuper les bien-pensants c’est autre chose : que faire de cet activiste sahraoui ?
On peut, à un premier niveau d’analyse, faire jouer la loi et considérer que ses propos relèvent de la justice pénale. Sans beaucoup de zèle, n’importe quel étudiant en droit peut trouver matière à un déclenchement de poursuites – trouble à l’ordre public est le premier motif à retenir… Mais le veut-on et le peut-on ? C’est ici qu’intervient un deuxième registre à prendre en considération : est-on en mesure de mettre en œuvre les rigueurs de la loi pénale, constitutive de l’État de droit, pour sévir contre ce contrevenant et même l’embastiller ? Bénéficiaire d’une grâce royale, avec trente deux autres condamnés, le 7 janvier dernier, Ali Salem Tamek n’est pas un militant des droits de l’homme ni un démocrate pur suc : il n’est que l’un des éléments d’une “cinquième colonne” du Front Polisario dans le Royaume.
Cette qualité–là dont on l’affuble n’est pas une mise à l’index ni une accusation calomnieuse; tant s’en faut. L’intéressé lui-même ne se gêne pas pour clamer, haut et fort, son appartenance au mouvement séparatiste. Et de mettre en relief, si besoin était, tout un argumentaire au cas où certains seraient encore dans le doute à cet égard: qu’il n’est pas Marocain mais “un membre du peuple sahraoui”; que le peuple sahraoui est une réalité et que le régime marocain est coupable de faire perdurer une “tragédie” consistant à empêcher les Sahraouis d’exercer leur droit à l’autodétermination.
Quelle réponse peut-on apporter à un tel plaidoyer bien irrecevable à tous égards ? Pour l’heure, les milieux officiels observent un mutisme que d’aucuns jugent embarrassé et même embrassant. Le nécessaire consensus national sur la question du Sahara peut-il s’accommoder de la promotion publique des thèses séparatistes? Mais d’un autre côté, jusqu’où peut-on aller dans le débat national sur ce dossier, puisque la gestion officielle et diplomatique qui en est faite manque pour le moins de lisibilité, ce que relèvent pratiquement tous les partis à qui l’on demande seulement d’être des caisses de résonance… Enfin, comment optimiser la dialectique démocratie - État de droit - intégrité territoriale en évitant en particulier que la consolidation de ce tryptique ne se traduise par un fort recul de l’un ou même de deux de ces piliers ?
La plus mauvaise des solutions serait certainement celle-ci: l’évacuation au compte des pertes et profits de la “sortie” de Ali Salem Tamek et ce, sans autre forme de procès. Cela donnerait alors droit de cité dans le champ politique national à un discours séparatiste, cela favoriserait une posture émolliente dans la préservation de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale du Royaume; et cela ne pourrait, au total, que faire le jeu de tous ceux qui veulent instrumentaliser la question du Sahara dans leurs stratégies de contestation et de déstabilisation.
La convergence d’approches entre de nombreux segments de “démocrates” – qu’ils prônent l’indépendance comme Tamek ou l’autodétermination populaire comme le courant dit progressiste ou radical – n’est qu’un nouvel avatar d’une équation posée depuis le début des années soixante dix. Elle avait alors conduit à la création du Front Polisario et à celle des mouvements du 23 mars et d’Ilal Amam.

 

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