Réactions des personnalités sahraouies aux propos de Tamek
Cher frère, vous ignorez l’Histoire

 

• Ahmed Terrouzi.

 

Les propos tenus par notre frère Ali Salem Tamek dans la dernière édition de Maroc Hebdo International m’ont particulièrement indigné. Il est, à mes yeux, regrettable que ce jeune homme, qui aurait pu être un militant des droits de l’Homme digne et respectable, se livre, aujourd’hui, à une rumination bruyante des thèses les plus éculées du Polisario. Je le regrette, d’abord, parce que j’y vois l’égarement d’un jeune homme qui se condamne à la répétition des mêmes erreurs, que plusieurs camarades et moi-même avions commises au début de notre jeunesse.

Tortures

Nous avions, en effet, cru, un moment, que le Polisario était un mouvement de libération démocratique et égalitaire. Notre désillusion fut totale et douloureuse. Cette organisation, dont M. Tamek propage aujourd’hui le discours, n’est qu’une hideuse machine de répression à la solde des généraux d’Alger. Ses dirigeants sont personnellement responsables de tant d’exécutions sommaires, de tortures et des pires exactions contre les Sahraouis.
Tamek, cher frère, comment osez-vous dire que nous avons nos propres langue et histoire différentes de celles de tous les Marocains? Ce sont-là des contre-vérités choquantes surtout de la part d’un homme instruit comme vous. Nous n’avons que la langue arabe que les autres Marocains partagent avec nous. Notre dialecte Hassania est dérivé de cette grande et belle langue. Savez-vous, pourquoi notre dialecte arabe porte le nom de Hassania? Je vous les rappelle: quand mes ancêtres des tribus de Beni Hassane se sont déplacés, au début du 14ème siècle au Sahara laissant leurs cousins germains des tribus Oudayas dans le nord du Maroc, ils ont trouvé au Sahara des tribus berbères Sanhaja (Znaga comme on dit chez nous). Les Sanhaja ont alors appelé le parler arabe des nouveaux venus hassanes “Klam (le parler) Hassane" ou Hassania tandis les Hassanes ont baptisé le parler berbère des Znga “Klam Aznaga".
De quelle histoire singulière du Sahara parlez-vous ? Ce que nous avons de glorieux est partagé avec nos frères au nord du Maroc. Ce sont nos ancêtres Almoravides qui ont fondé la ville de Marrakech et unifié le Maroc. Savez- vous la part active des contingents sahraouis dans la Bataille décisive de Oued Al Makhazine au seizième siècle ? Savez-vous l’acharnement de nos grands- pères, dirigés par Cheikh Malainine et son fils Ahmed Al Haiba, à défendre l’ensemble du Maroc face à la poussée coloniale au début du 20ème siècle ? Savez-vous notre rôle dans la résistance et notre participation à la libération de notre patrie sous les emblèmes de la glorieuse armée de libération marocaine?
M. Tamek, je regrette de vous le dire, vous avez débité des inepties. Je remercie Maroc Habdo de vous avoir permis de vous expliquer. Maintenant, nous savons à qui nous en tenir.
Ahmed Terrouzi,
Président de l’Association
de la Tribune Sahraouie
pour l’unité et la fraternité


Tamek ne me fait pas peur !

En lisant l’entretien réalisé par l’excellent journaliste, Abdallah Ben Ali, avec Ali Salem Tamek, l’ex-détenu sahraoui gracié récemment par SM le Roi Mohammed VI, publié dans la dernière édition de Maroc Hebdo International, j’étais d’abord surpris par la véhémence des propos tenus l’interviewé.
Avec le recul, je me suis rendu compte, en tant qu’observateur attentif du dossier du Sahara, que l’émergence de ce nouveau “leader" est, avant tout, le fait de certains responsables du ministère de l’Intérieur qui, par leurs maladresses, ont fait de ce personnage, naguère un petit fonctionnaire dans un patelin d’Assa Azag, un héro. Etait-il vraiment nécessaire de prendre ombrage de l’activisme de Tamek en faveur des jeunes marginalisés de la région à tel point de le muter à Meknès et de geler, plus tard, son salaire? Etait-il utile de l’empêcher d’inscrire sa fillette dans l’état civil sous le nom de “Thaoura"? Je m’interroge également pourquoi avait-on décidé de l’empêcher de participer aux dernières élections législatives sous les couleurs de la Gauche socialiste unifiée. Autant de décisions qui ont, tous, concouru à la radicalisation de ce jeune homme.

Impression

Le voilà qui se sert du Forum Vérité et Justice pour faire propager, en toute légalité semble-t-il, la thèse du Polisario; le revoilà, à partir de sa cellule dans la prison d’Aït Melloul, ravir la vedette du 13ème congrès du Polisario en s’adressant par téléphone portable aux congressistes réunis à Tifariti.
J’ai la désagréable impression, en tant que Sahraoui unioniste fier et attaché à ma marocanité, que l’on répète les mêmes bourdes qui furent, dans les années 1970, à l’origine de la création du Mouvement séparatiste. La répression menée, alors, contre des jeunes Sahraouis, qui manifestaient à Tan Tan pour la libération du Sahara et son rattachement au Maroc, avait incité certains d’entre eux à quitter le pays pour se jeter dans les bras des Services algériens soucieux de nuire au Royaume.
Nous devons, certes, être vigilants et fermes face à toute tentative de mettre en cause notre sacro-sainte unité nationale. Mais, à mon humble avis, les propos d’Ali Salem Tamek, n’ont pas vraiment d’incidence sur l’écrasante majorité de la population du Sahara qui ne rêve que d’une chose: vivre dignement dans un Maroc stable où règnent la démocratie et l’égalité.o
Abdellah Hafidi Sbaï
Chercheur originaire des provinces du Sud

 

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