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Fallait-il
donner la parole à Ali Salem Tamek? Cest la question que
lon sest posée dans la conférence de la rédaction
pour la préparation de lavant-dernier numéro de MHI.
Mais dabord, pourquoi Tamek, diriez-vous? Parce que le personnage
est équivoque, ambivalent et politiquement interlope. Un Marocain
de naissance et de croissance, travesti en thuriféraire du Polisario,
vivant au Maroc et exprimant librement, bien que de manière détournée,
ses idées séparatistes. Une situation peu commune qui interpellerait
le plus commun des journalistes. Tamek ne présentait un quelconque
intérêt professionnel que sous cet angle qui intrigue autant
quil appelle quelques clarifications urgentes et nécessaires.
Internement
Lidée
a donc été retenue, à condition que lentretien
participe de cet effort de clarification. Pour ce faire, il fallait que
les questions soient précises, concises et directes. Il fallait
que Tamek soit poussé dans ses derniers retranchements, quil
aille au bout de sa logique, au-delà des louvoiements habituels
et de la langue de bois empruntée au répertoire lexicologique
de lONU; bref, il fallait que Tamek se dévoile dans un langage
premier degré, le plus dépouillé qui soit. Il la
fait. Ou, plus exactement, on lui a fait faire. Cela aussi fait partie
du travail du journaliste, débusquer en donnant à sexprimer.
Pas dans labsolu, évidemment, mais dans les limites de ce
qui est légalement permis et professionnellement admis.
Si le jeu de vérité a été concluant, le propos,
lui, était grave. À la mère des questions, «êtes-vous
marocain?» -sous entendu, en définitive, par-delà
votre discours anti-national- Tamek répond: «je suis un membre
du peuple sahraoui». La messe est dite. Voilà donc un jeune
Marocain de souche, au plus profond de lhistoire dune nation,
qui non seulement renie sa nationalité, mais sen remet à
ceux qui veulent amputer le pays du tiers de son territoire.
Ali Salem Tamek est né lannée où les bases
du Polisario ont été conçues, en 1973, lors du festival
de la jeunesse arabe à Tripoli, en Libye. Il nétait
pas encore un bipède confirmé, ses pas nétant
pas très sûrs, lorsque le Polisario fut créé,
à Alger, en 1974. Par quel cheminement est-il devenu ce renégat
auto-proclamé, cet apatride dores et déjà auto-déterminé,
tout en saccrochant au mythe dun mouvement de libération
embarqué sur les jeeps de larmée algérienne?
Par quelle mutation un Tamek de la génération de la marche
verte sest-il transformé en «membre du peuple sahraoui»?
Et puis, Tamek nest-il quun cas isolé passible dun
internement psychiatrique pour empêcher sa psychose déclarée
de proliférer?
Ce sont là quelques questions qui méritaient dêtre
posées. Pour quelles le soient, il fallait que lentretien
avec Tamek soit porté à la connaissance du public. Libre
à chacun den faire lusage quil veut et une interprétation
conforme à la nature de telle ou telle tribune.
Des réactions et des interprétations, il y en a eu, après
un week-end de latence et surtout de digestion de loverdose carnassière
de lAïd. Sans que ce soit notre intention première,
on sy attendait. Léventail est large.
Il va de lindignation feinte ou sincère; à la posture
de lautruche genre «cachez-moi ce Tamek que je ne saurais
voir»; en passant par lautoritarisme type «de quoi je
me mêle», le traitement de Tamek et consorts relève
dune stratégie qui vous dépasse, alors circulez.
Entêtement
On ne circule
pas quand il sagit du territoire. Et puis, ceux qui ne voulaient
pas que lon fasse passer aux aveux un séparatiste fraîchement
gracié, semblent avoir inspiré une campagne de presse minutée,
pour que «tout le monde en parle». Ce nest pas seulement
contradictoire, cest surtout pas très futé.
Journalistiquement, lobjectif est atteint. Mais au plan formel seulement.
Car si le problème est posé, les questions que suscite le
cas Tamek restent sans réponse. Comment expliquer lattitude
extrême de Tamek ? Cela provient-il de lentêtement juvénile
dune personne, que daucuns appellent courage insensé
relevant de la liberté dopinion et que dautres qualifient
dacte de trahison caractérisée et condamnable? Ou
bien «lodyssée» de Tamek ne serait-elle pas leffet
boomerang des failles qui ont marqué le mode de gestion dune
situation complexe au Sahara marocain?
Trahison
Crier à
la trahison et en restez là, est quelque peu réducteur.
Encore faut-il faire leffort de suivre à la trace le parcours
de celui par qui ce tintamarre médiatique est arrivé. Allons-y.
Natif de Assa-Zag, localité située dans les frontières
davant la décolonisation du Sahara, donc non-contesté,
Ali Salem Tamek, de mère et de père nationaux, est naturellement
marocain. Une nationalité dont il veut se défaire, mais
qui lui colle à la peau, parce quelle est imprescriptible.
Pas de chance.
Comme partout ailleurs, la nationalité confère des responsabilités
envers le pays. Sans vouloir jouer les juges, des faits avérés
laissent à penser quil se serait mis en situation dintelligence
avec une puissance étrangère. Laquelle puissance nétant
rien dautre que lAlgérie qui veut créer un État
fantoche de poche sur nos terres. Il y a donc lieu de parler de trahison,
voire de trahison aggravée. Seulement voilà, quand on a
dit cela, on na pas encore tout dit. Il sagit de démêler
le pourquoi du comment. Et cest là que tout commence.
Ali Salem Tamek nest donc pas cet espion qui nous vient du froid.
Il nest pas seulement un Marocain qui ne veut plus être marocain
; il nest pas non plus un illustre inconnu. Ceux qui font semblant
de le découvrir après un entretien publié dans Maroc
Hebdo International, jouent un mauvais jeu, aux plans journalistique et
politique. Tamek est connu des gens de la presse écrite pour sy
être exprimé à plusieurs reprises et même très
récemment. Il est également fiché par les services
de la sécurité publique, forcément, puisquil
a fait lobjet de trois arrestations, pas moins, et écopé
de condamnations et de peines dincarcération.
Sa première interpellation remonte à 1993. Tamek avait vingt
ans, il tentait de pénétrer en Algérie clandestinement,
alors que les frontières étaient toujours grandes ouvertes
avec ce pays. Appréhendé et jugé par le tribunal
de Tata, avec quatre autres «fugitifs» que rien nobligeait
à quitter le pays, Tamek en prend pour cinq ans. Une sentence qui
sera ramenée à deux ans quil ne purgera pas totalement
puisquil bénéficiera dune première grâce
royale, dans le cadre de lamnistie générale décrétée
par feu Hassan II, en août 1994.
En décembre 1997, Tamek est une nouvelle fois arrêté
pour activités subversives à Dakhla; conduit à Laâyoune,
il est libéré deux jours après. À cette date,
il devait se trouver non pas à Dakhla, mais à Meknès
où il avait été muté par sa hiérarchie,
en avril 1997.
Cest quau début de la même année, Tamek
avait été recruté par ladministration territoriale
et affecté à Touesgui, dans les environs de Assa-Zag. En
refusant dobtempérer à lordre de mutation, il
se voit privé de salaire. Et de passeport. Il écrit, à
ce sujet, une lettre ouverte au ministre de lIntérieur de
lépoque qui restera sans réponse, malgré sa
publication par un hebdomadaire de langue arabe.
En janvier 2000, Tamek se marie et devient père dune fillette
quil veut appeler «Thaoura» (révolution). Empoignade
avec lofficier dÉtat-civil qui, tout naturellement,
lui fait remarquer que «thaoura» nest pas un nom, mais
un programme politique.
Accusation
Tamek sennuie.
Il veut bien être le «révolutionnaire professionnel»,
ne faire que cela et faire vivre sa famille de subversion anti-nationale
et de lait de chamelle. Mais il tempère son ardeur et opte pour
lentrisme. Dès la création de la section pour le Sahara
du «Forum Justice et Vérité», il y entre. Il
se dit, dailleurs, toujours membre du Conseil national de cette
organisation. Tout comme il dit être, à ce jour, chef de
bureau de la CDT à Assa-Sag et membre de la commission administrative
de cette centrale syndicale.
Laction légale, dans le cadre de structures reconnues, apparaît
à Tamek comme une sorte de voie lactée, un chemin tout tracé.
Pourquoi ne pas continuer. Dans la lancée, il sapproche du
GSU (la Gauche socialiste unifiée), dont il réussit à
obtenir la caution pour sa candidature aux législatives de septembre
2002.
Cest au moment où il fait le déplacement à
Rabat pour une fiche anthropométrique, nécessaire à
son dossier de candidat, quil est une dernière fois arrêté,
le 26 août 2002. Il est transféré à Casablanca,
puis à Agadir où il est condamné, le 10 septembre
2002, à deux ans de prison ferme quil ne fera pas totalement,
encore une fois. Le 7 janvier 2004, il bénéficiera de la
grâce royale accordée par S.M Mohammed VI, la deuxième
en dix ans. Le chef daccusation retenu contre lui nétait
pourtant pas léger: atteinte à la sécurité
de lÉtat. Tamek se sent pousser des ailes. Au fil de ses
séjours inachevés derrière les barreaux, il acquiert
une posture un peu empruntée, certes- de leader en interne
du «peuple sahraoui», en tant que répercuteur-répétiteur
des idées séparatistes du Polisario. Il devient arrogant,
insultant et provocateur. Après son élargissement, il déclare
successivement à Al Ayam puis à Al Bidaoui: «jai
été surpris par la grâce royale à mon profit»,
et «je navais pas abattu davion pour demander une grâce».
Sans Vergogne.
Jamal Berraoui a raison décrire, dans Al Ahdat Al Maghribia
du mercredi 4 février 2004, que lerreur première
a été de traiter léloge public de la sécession
par Tamek, comme une opinion parmi dautres, une opinion qui, elle
aussi, mérite le respect. Cette erreur, écrit-il,
a été officialisée à la suite de la
grâce royale.
Un traitement en appelle un autre, on ne peut vraiment pas dire que le
cas Tamek a été bien traité par les instances nationales
concernées. Deux hypothèses : Un. Tamek nest rien
de plus quun paumé de la vie, comme il y en a des milliers
de Tanger à Lagouira. Un raté, aux abois, qui cherche une
place au soleil, à travers ses gesticulations et ses tribulations
sur dix années, de 1993 à 2003. Il pense avoir trouvé
le filon en répétant «auto-détermination du
peuple sahraoui», chaque fois quil ouvre la bouche. Il a fait
un calcul très simple : «la patrie clémente et miséricordieuse»
est un slogan qui na jusquici rapporté quà
ceux qui sétaient rangés derrière Mohamed Abdelaziz.
Pourquoi ne pas suivre la même trajectoire ?
En
réalité, Tamek navait pas besoin de nous pour se faire
connaître. Il sen est chargé lui-même. Un épisode
supplémentaire dans ce sens. Lors des manifestations détudiants
et de jeunes chômeurs à Laâyoune, en septembre 1999,
Tamek sest arrangé pour y être et de manière
ostensible et visible.
Indignation
Un avis
de recherche est lancé en décembre 1999 contre Khaya Cheikh,
Loghzal Brahim, Messaoud Larbi, Bahaha sidi Salek et Ali Salem Tamek.
Les quatre premiers sont arrêtés, jugés et condamnés
à quatre ans de prison. Ils seront libérés en novembre
2001. Curieusement, Tamek nest pas inquiété, contrairement,
peut-être, à ce quil aurait souhaité. Mais il
nest déjà plus un obscur anonyme.
Effectivement, sa stratégie ne pouvait avoir de lefficacité
que sil sortait de lanonymat. Cest fait. Mais Tamek,
quest ce quon en fait ? Rien nest pas une
réponse.
Deux. Tamek est un agent infiltré du Polisario, il est tellement
convaincu de la justesse de son propos quil a renoncé à
sa nationalité.
Dans ce cas, la réponse est simple. Il faut lui demander de faire
sa valise et le conduire à la frontière de Zouj Bghal. Il
appréciera, à nen pas douter, lair de la démocratie
algérienne, plus respirable, et le confort des camps de Tindouf.
Cest vrai quil a essayé à vingt ans, mais il
nest pas sûr quil soit près de recommencer. Ce
nest en tout cas pas la meilleure chose qui puisse lui arriver.
Mohamed Abdelaziz, son précepteur politique, ne saurait que faire
de cette graine de zaïm qui voudra un jour être calife à
la place du calife.
Aucune de ces deux possibilités envisageables na, jusquà
présent, été essayée. Tamek continue de sagiter,
en ne changeant rien à son discours. Libre à vous de continuer
à vous indigner, mais uniquement entre vous. Ne lui parlez pas
et ne lui donnez surtout pas la parole.
Ignorez-le, et il finira bien par fondre comme neige au soleil, par la
volonté implacable du déterminisme climatique. Cest,
paraît-il, le meilleur moyen de lempêcher dendoctriner
dautres petits Tamek. Voire.
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Ce nétait
pas, pour moi, aisé de prendre contact avec Ali Salem Tamek et
encore moins de linterviewer. Jai eu beaucoup de peine à
avoir son numéro de téléphone. Quand je lai
appelé, mercredi 28 janvier dernier en début daprès-midi,
lactiviste sahraoui était à Laâyoune.
Après un bref échange, dans un mélange de Hassania
et darabe classique, lex-détenu ma fait comprendre
que, bien quil soit très désireux de transmettre ses
idées au public, il nétait pas enthousiaste pour une
interview avec Maroc Hebdo International.
«Votre journal na pas la cote chez mes amis. Ses positions
sont systématiquement hostiles au courant didées que
je représente», ma dit, en substance, Ali Salem Tamek,
avant dajouter, un peu gêné: «Vous, personnellement,
vos écrits sont très critiques à notre égard».
«Ce nest pas moi qui le dis, mes amis sont unanimes là-dessus».
Alors jai répliqué en indiquant à mon interlocuteur
que les divergences de nos points de vue sur les questions soulevées
nest pas, en principe, un obstacle pour la réalisation de
cet entretien de presse.
A ce moment, lactiviste sahraoui a accepté de répondre
à mes questions à la condition que ses réponses soient
écrites et non pas orales.
Il était en visite à Laâyoune. Je lui ai envoyé
mon questionnaire sur le fax dune tierce personne. Il la récupéré
à 17 heures. Il ma promis de menvoyer sa «copie»
avant 21 heures. Nayant rien reçu à 21 heures 30,
jai rappelé M. Tamek. Je lai senti plongé dans
une crise dasthme.
Bip
Il ma
assuré cependant quil était en train de rédiger
les réponses. «Vous pouvez en être certain : vous aurez
mes réponses demain avant neuf heures», ma-t-il assuré.
Jai raccroché. Le lendemain, jour du bouclage, quand je suis
rentré au bureau, aux environs de neuf heures, jai demandé
à Samira, notre aimable assistante de la rédaction: «
As-tu reçu un fax de Laayoune ». Elle consulte les fax reçus
avant de me répondre par la négative. Avant quelle
ne termine ses propos, Ali Salem Tamek me «bipe». Je lui téléphone.
Il sexcuse. La reprise étant tardive dans les provinces sahariennes
où les gens sont habitués aux longues veillées nocturnes,
mon interviewé minforme quaucune «cabine privée
des services de téléphone et de fax» nétait
encore ouverte à Laâyoune. Jattends. À 9 heures
57 minutes, jai le fax de Tamek. Un manuscrit en arabe signé
: «le prisonnier dopinion sahraoui gracié, Ali Salem
Tamek (Aba Thaoura)». En lisant le texte, je nai rien appris
de nouveau par rapport aux idées de Tamek, que je connaissais déjà.
Sauf que cette fois-ci, cétait en plus clair.
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