|
Maroc Hebdo International : Etes-vous un membre ou un agent du Polisario
?
- Ali Salem Tamek: Jétais, effectivement, condamné
et emprisonné après avoir été accusé
datteinte à la sûreté intérieure de lEtat
et dappartenance aux structures du Front Polisario. Les procès-verbaux
de la Brigade nationale de la police judiciaire me rangeaient même
dans la section de Hamdi Bouzid, relavant de ce quon appelle laile
interne du Polisario.
MHI : Mais quen dites-vous?
- Ali Salem Tamek: Moi, jaffirme, comme je lai déjà
dit lors de mon procès à Agadir, que je nappartiens
à aucune structure du Polisario, malgré ma position politique
divergente avec la position officielle du régime marocain sur la
question du Sahara occidental.
MHI: Votre revendication de lautodétermination
au Sahara ne signifie-t-elle pas une préférence de loption
de lindépendance de cette région ?
- Ali Salem Tamek: Je revendique seulement lautodétermination
comme un droit inaliénable garanti par les chartes internationales
adoptées par le Maroc. Le principe de lautodétermination
doit être, à mes yeux, accepté comme un droit car
il donne au peuple sahraoui la liberté dexprimer sa vraie
volonté.
MHI: Même si cette volonté porte sur loption
dindépendance ?
- Ali Salem Tamek: Pour moi, lindépendance nest pas
une perspective alarmante ; elle ne signifiera pas, si elle a lieu, un
voyage vers linconnu. Lindépendance est un scénario
possible, mais elle reste en fin de compte un choix et une conviction
digne de respect car elle entre dans le cadre de la liberté de
choix. Elle est même lune des options soumises actuellement
au peuple sahraoui.
MHI: Comment définissez-vous le peuple sahraoui"?
- Ali Salem Tamek: Je ne veux pas entrer dans le débat conceptuel
et juridique sur la notion de peuple". Mais le peuple sahraoui
existe. Une partie de ce peuple vit à lIntérieur,
et précisément dans le territoire contesté et les
zones du Sud du Maroc. Lautre partie se trouve dans les camps de
réfugiés sahraouis, en Algérie.
MHI: Et puis ?
- Ali Salem Tamek: Le peuple sahraoui a son histoire, sa langue, ses traditions,
ses coutumes et son style de vie, qui le distinguent des peuples voisins.
Ce qui constitue des fondements pertinents et objectifs de son particularisme.
Dailleurs, la notion du peuple a été employée
dernièrement dans le nouveau plan de James Baker. Lemploi
de ce terme nest pas arbitraire, ni abusif. Il est fondé
sur des réalités scientifiques. Ce peuple est reconnu et
lautorité qui le représente est reconnue, à
savoir le Front Polisario, selon les Nations Unies.
MHI: Quelles sont, daprès vous, les limites de
la zone géographique sur laquelle lautodétermination
des Sahraouis devrait être appliquée ? Englobe-t-elle, par
exemple, Tantan et Assa Zag, votre région natale dont lappartenance
au Maroc nest contestée par personne et le nord de la Mauritanie?
- Ali Salem Tamek: Je revendique lautodétermination pour
la zone désignée par lONU sous lappellation
Sahara Occidental" dont les frontières sont Tah au nord
et Oued Eddahab au Sud. Ce sont les frontières héritées
du colonialisme. Vous savez que lOrganisation de lUnité
Africaine (OUA), dans sa première session à Addis Abéba,
a appelé au respect de ces frontières pour éviter
les conflits territoriaux entre les pays indépendants du continent
et pour se consacrer au développement économique dans cette
partie du monde. Ceci dit, lessentiel est que je crois en lexistence
dun peuple sahraoui et en son droit à lautodétermination,
peu importent mon appartenance, ma référence et ma nationalité.
Ce qui importe, cest la conviction.
MHI: Etes-vous Marocain ?
- Ali Salem Tamek: Je suis un membre du peuple sahraoui.
MHI: Le peuple sahraoui est-il marocain?
- Ali Salem Tamek: Comme je lai dit tout à lheure,
le peuple sahraoui a ses particularités qui le distinguent de tous
les peuples de la région. Sil a une proximité sociale
et culturelle avec un peuple de la région, elle est, plutôt,
avec le peuple mauritanien.
MHI: Vous avez déjà milité dans des cadres
nationaux marocains telles que la Gauche socialiste Unifiée (GSU)
et la Confédération démocratique du travail (CDT).
Avez-vous lintention de rompre avec ces cadres pour créer
une structure régionaliste, voire indépendantiste ?
- Ali Salem Tamek: Je nai jamais appartenu à la GSU. Jai
voulu simplement participer aux législatives marocaines sous ses
couleurs. Ma sympathie avec ce parti sexplique par son mode de fonctionnement
et lexistence en son sein de beaucoup danciens détenus
politiques. Par contre, je suis un membre de la commission administrative
de la CDT et le président de sa section locale à Assa Zag.
Je nai pas encore tranché sur la question de la poursuite
de mon adhésion à la CDT. Ce qui est sûr, cest
que je continuerai à militer au sein du Forum Vérité
et Justice comme un membre du conseil national de cette instance. Quant
à la question du cadre indépendantiste, elle est surréaliste.
LEtat qui ne tolère pas quon parle de lautodétermination
nautorisera pas un tel cadre.
MHI: La démocratisation de lEtat marocain peut-elle,
à vos yeux, encourager les sahraouis indépendantistes à
renoncer à la thèse séparatiste ?
- Ali Same Tamek: Pour moi, le problème au Sahara na rien
à voir avec la démocratie au Maroc ou la situation politique,
en général, de ce pays. La question concerne un conflit
militaire et politique enclenché, le 31 octobre 1975, entre le
Maroc et le Polisario sur un territoire dont le sort na pas encore
été réglé. La seule issue à ce conflit,
cest laccélération de lorganisation du
référendum. Car, le mouvement revendicatif au Sahara ne
met pas en cause la nature du régime marocain, mais réclame
lautodétermination au Sahara. Le terme " séparatisme
" que vous avez employé nest pas approprié.
MHI: Pourquoi ?
- Ali Salem Tamek : Parce que tous les rapports de lONU emploient
le terme indépendance" et nous devons respecter lappareil
conceptuel de lONU, car elle représente la légalité
internationale.
MHI: Que reprochent, selon vous, les Sahraouis à lEtat
marocain ?
- Ali Salem Tamek: La chose dont les Sahraouis se plaignent, le plus,
cest dêtre empêchés dexercer leur
droit à lautodétermination pour mettre fin à
la tragédie de leur peuple et son cortège de séparation,
de guerre et dexil
Il est grand temps pour le régime
marocain daccepter de mettre fin à cette tragédie.
Et ce en permettant aux Sahraouis lexercice de leur droit à
lautodétermination et en respectant le résultat -
quel quil soit - dune telle option.
|