Les grottes d’Hercule risquent de s’effondrer
Un crime contre l’humanité

Tanger compte de nombreux sites et monuments d’une grande valeur historique et culturelle. Les plus connues, les grottes d’Hercule, sont victimes de la spéculation immobilière. Un pan des grottes s’est ainsi effondré sous les coups de boutoir d’un marteau piqueur. Quant aux autres, l'abandon est leur lot.

Abdellatif El Azizi

 

• Un haut lieu du tourisme menacé.

 

Pas besoin d’être un spéléologue averti pour comprendre qu’une descente dans une grotte qui n’est pas sécurisée peut s’avérer un exercice particulièrement périlleux.
Longtemps visitées par des touristes de tous horizons et de tous pays, les grottes d’Hercule, à Tanger, sont devenues très suspectes, l’espace de la chute d’un rocher qui s’est détaché de la paroi, il y a quelques semaines de cela. Fermé aux visiteurs par mesure de sécurité depuis le 20 décembre, après la chute de la pierre à l’intérieur d’une des grottes, le site fait l’objet, depuis, d’une polémique sur les responsabilités et les solutions à apporter pour éviter une dégradation constante.
L’affaire remonte au 14 décembre 2003, date à laquelle la chute d’une pierre a entraîné, le 20 décembre, la fermeture des grottes au public.

Dégradation

Les mythiques grottes d’Hercules, situées à deux pas de Tanger, plus exactement au lieu dit Achakkar, sont revenues à l’actualité par le mauvais côté. Des travaux au-dessus des grottes semblent être à l'origine d'une dégradation des parois des grottes.
En effet, derrière l’incident du 14 décembre 2004, une sombre histoire de parking en construction à proximité des grottes. Les ouvriers de la société African Sun-Set, autorisée à aménager un parking non loin des grottes d’Hercule, auraient utilisé un marteau piqueur, qui aurait produit des secousses trop fortes, provoquant la chute d’une partie de la paroi. Les responsables de la société, qui possèdent le complexe hôtelier Le Mirage s’étaient d’ailleurs réunis avec la commission chargée de ce dossier et s’étaient engagés à participer aux frais d’expertise et de réparations.
Une expertise a été déclenchée par le LPEE pour déterminer exactement l’origine de l’incident. Des témoins en plâtre ont même été placés dans la grotte en question. Le problème, c’est qu’on n’a pas attendu d’être sûrs que le site ne représente aucun danger pour les visiteurs avant d’annoncer son ouverture.
En effet, la visite du wali de la région Tanger-Tétouan, le mardi 13 janvier 2004 sur le site des grottes d’Hercule à Achakkar, va dans ce sens.

Témoins

Mohamed Halab, accompagné du maire de Tanger, a confirmé l’ouverture des grottes. Seule la partie arrière des grottes, où la chute s’est produite, demeurera interdite aux visiteurs, a confirmé le wali, jusqu’à ce que les experts aient fini leur travail. S’il est vrai que les «témoins» en plâtre, mis en place par les gens de LPEE pour s’enquérir d’une éventuelle évolution des fissures présentes sur les parois des grottes et que la société African Sun-Set a accepté de dégager les remblais provoqués par les travaux d’aménagement d’un parking, en attendant la fin des expertises, rien ne garantit la stabilité des parois internes.
D’une manière générale, vu l’importance archéologique du site, qui daterait de 5000 ans avant JC on s’attendrait à ce que ce dossier soit géré avec beaucoup plus de précautions.
Trésor archéologique inestimable, les grottes d’Hercule sont constituées d’un ensemble d’habitats préhistoriques de la période néolithique; la grotte des Idoles, surnommée grotte d'Hercule, la grotte d’AL Alia, la grotte d’AL Khil et celle d’As- Sayfia . Les objets archéologiques mis au jour sont actuellement exposés au musée de la Kasba de Tanger (poterie lisse, rouge, incisée et à impression, des meules, des roches polies, du silex taillé et des figurines en terre cuite).
D’autres céramiques cardiales livrées par ces grottes ont traversé le pays pour d’autres destinations, en Europe et aux Etats Unis. Le premier aménagement des grottes d’Hercule, qui avait eu lieu au niveau de l’entrée, date de 1958. Ensuite, il a fallu attendre vingt ans, jusqu’en 1982, avant qu’on y installe un éclairage, de très mauvaise qualité d’ailleurs.
Les Grottes, qui relèvent depuis 1922 de la Commune urbaine de Tanger, n’ont connu aucune restructuration digne de ce nom. On ne sait pas où vont les recettes du compte spécial des droits d’entrée des Grottes, envahies au cours des 10 dernières années par une multitude de gargotes et petites épiceries construites dans l’anarchie la plus absolue. À cela il faudrait ajouter une gestion calamiteuse du site lui-même puisqu’on ne sait par quelle logique, on a cimenté certaines issues .
Un rafistolage de fortune qui a empêché l’air et la lumière d’entrer dans les grottes a augmenté d’une façon disproportionnée le taux d’humidité à l’intérieur des grottes.

Rafistolage

C’est pour cela que l’affaire relève plutôt du national. A la limite l’intervention du ministère de la culture n‘est pas de trop. Une requête a d’ailleurs été déposée en ce sens par le parlementaire Abdellah Chbaâbou. Ce denier, qui demande pas moins que l’intervention du Premier ministre et du ministre de la Culture dans cette affaire, s’interroge sur l’avenir des sites culturels de Tanger. Chbaâbou rappelle que la cession du terrain à la société en question pour la construction d’un parking est extrêmement douteuse, dans la mesure où le terrain se trouve à proximité des grottes, sur un site supposé interdit à la construction. Le député a ainsi demandé au Premier ministre et à celui de la Culture d’appliquer seulement la loi 80/22, qui régit la gestion du patrimoine matériel et moral du pays.

Repaire

Les grottes d’hercule ne sont d’ailleurs pas les seuls trésors archéologiques de Tanger en danger de mort. La Kasba de Ghaylan, forteresse située à Malabata, sur la rive droite de l’oued Al-Halk, à environ 2,5 km à l’est de la médina de Tanger, est en piteux état.
Construite en 1664 par Al-Khadir-Ghaylan pendant l’occupation anglaise, elle s’étend sur une superficie de plus de 4.000 m2, avec un chemin de ronde, des tours de forme carrée et deux accès au Nord, flanqués de tours barlongues. Elle est aujourd’hui le repaire des marginaux de tout poil. Même chose pour la fameuse nécropole de Marchan, située au Nord-est de Tanger, à quelques pas des remparts de la ville ancienne, sur un plateau rocheux formant un à-pic de 15 m sur la mer. Cette nécropole, qui date de l’époque romaine, est désespérément délaissée, même si de nombreux touristes visitent régulièrement le site.
Sur ce dossier, si les problèmes techniques limitent les explorations, c’est plutôt la volonté politique et la rapacité des présidents de commune particulièrement efficace en matière de promotion immobilière qui bloquent toute évolution positive.


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