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Deux faits
majeurs en lespace de quelques semaines ont remis laffaire
de lassassinat de Omar Benjelloun au goût du jour. La volonté
affichée des socialistes den découdre avec les assassins
de leur leader et la grâce accordée aux principaux impliqués.
Le fait remonte au 7 janvier. La liste des détenus graciés
par S.M. le Roi, ce jour-là comporte les assassins de Omar Benjelloun.
Il sagit de Ahmed Saâd et Mustapha Khazzar, condamnés
au départ à la peine capitale, commuée en 1994 en
prison à perpétuité, et ce pour homicide volontaire.
Quelques semaines plus tôt, la direction de lUSFP, avait pris
la décision de déposer le dossier de lassassinat devant
linstance Equité et Réconciliation. Au même
titre que laffaire Ben Barka et celle du colis piégé
dont a été victime Mohamed Elyazghi. Ce dernier nayant
été indemnisé que pour son enlèvement et ces
années dincarcération.
Activiste
Le dossier
Benjelloun remonte à 28 ans. Cétait un jeudi 18 décembre
1975. Il est quinze heures passées de quelques minutes. Omar Benjelloun
descend de sa voiture, une Renault 16, R16 comme on lappellait pour
faire vite.
Son domicile, sis au N°91, rue Camille Desmoulins, au boulevard Massira,
à Casablanca, est à quelques pas. Rien dans sa tête
ne lui laissait prévoir le pire. Lui, qui pourtant était
connu pour être constamment sur ses gardes. Surtout après
le rapt, dix ans auparavant, à Paris, de son compagnon, Mehdi Ben
Barka. Il venait de quitter la rédaction du quotidien Al Mouharrir,
dont il était le responsable de la publication.
Omar nétait pas un dirigeant quelconque de ce qui allait
devenir lUSFP. Il avait dabord été lun
des meneurs de la fronde à lintérieur de lIstiqlal,
qui a fini par donner naissance à lUnion nationale des forces
populaires, en 1959. Il était aussi lun des militants syndicalistes
les plus en vue au sein de lUMT. Ce nest pas par hasard que
Omar Benjelloun avait condamné avec la plus grande véhémence
la création de lUGTM en 1960, considérant quil
sagit là dun coup porté à lunité
de la classe ouvrière marocaine. Il a refusé obstinément
la création dun autre syndicat au début des années
soixante-dix, admettant toutefois que la maison UMT était devenue
suffocante. «Mais il nous fallait y rester et militer de lintérieur»,
disait-il à ses frères de lUSFP, en gestation à
lépoque.
Ce nest pas non plus par hasard que les membres de la commission
administrative, réunis en juillet 1972, qui ont annoncé
la rupture avec laile syndicaliste de lUNFP, menée
par Mahjoub Benseddik et Abdellah Ibrahim, ont chargé par la suite
Omar Benjelloun de rédiger le rapport qui allait constituer des
années durant la base doctrinale de lUSFP, à savoir
le rapport déologique.
Omar Benjelloun nétait pas un politique politicien. Il était
un intellectuel doublé dun activiste, syndicaliste de surcroît.
Infatigable. Il cristallisait autant les espoirs des ouvriers que la haine
des autres. Tous ceux qui ne portaient pas dans leur cur les causes
de la classe ouvrière.
Détenu plus dune fois, condamné à la peine
capitale lors du procès de Marrakech, en 1965, fondateur de la
revue Palestine dans les années soixante, une manière de
marier le militantisme national aux causes pan-arabes, symbolisées
à lépoque par la question palestinienne, Omar était
un militant pluriel. Dérangeant.
Début des années soixante-dix, il était le destinataire
dun colis piégé quil na pas ouvert. Un
autre colis de même nature a explosé, le même jour,
entre les mains de Mohamed Elyazghi, actuel leader de lUSFP.
Haine
Cétait
une période noire de lhistoire du Maroc. On venait à
peine de sortir du traumatisme des deux tentatives du coup dEtat
de 1971 et 1972. On était en plein dans les arrestations des éléments
de lextrême gauche marocaine. On venait également de
finir avec les rebelles du Moyen Atlas, les fameux groupes du 3 mars 1973.
Une période vraiment trouble. Et lUSFP devait normalement
contribuer à sa normalisation. Abderrahim Bouabid, futur premier
secrétaire du parti, avait laura quil fallait et la
sagesse nécessaire.
Benjelloun, lui, représentait laction sur le terrain plus
que nimporte qui dautre. Elyazghi, réputé pour
être un homme dorganisation et de gestion des dossiers, se
tenait dans une discrétion attentive. Un triumvirat qui pouvait
propulser rapidement lUSFP. Ce qui devait gêner certains milieux.
Le plus dangereux des trois, cétait indiscutablement Benjelloun.
Il fallait le neutraliser. Fallait-il pousser le bouchon jusquà
le liquider physiquement se demandait-on, dans le sphère des donneurs
dordres? là est tout le dilemme, parce que qui sait si Omar
était resté en vie
Juste après le congrès
extraordinaire du lUSFP tenu les 11 et 12 décembre 1975,
congrès pour la réussite duquel Omar Benjelloun avait joué
un rôle crucial, celui-ci a été tué, ce jeudi
18 décembre 1975, devant chez lui.
A peine descendu de sa voiture, il reçoit un coup de machette sur
la tête. Il sécroule. Et subit la loi de ses assassins:
coups de poignard à la poitrine et au dos. Il devait succomber
dans une mare de sang. Les criminels, eux, tentent de prendre la fuite.
Ils étaient trois. Lun deux a été appréhendé
sur le champ. Il sagit de Saâd Ahmed Ben Driss, cordonnier
de son état. Son complice, Mustapha Khazzar, sera arrêté
peu après, tout autant Noamani. Cest un certain Saïd
Mustapha, inspecteur de police au 2ème Arrondissement de la sûreté
de Casablanca, qui sest rendu sur le lieu du crime, en compagnie
de son adjoint Gharjaoui. Un cordon de sécurité avait été
établi par la police judiciaire autour de l'endroit du meurtre,
d'autres éléments de la PJ maîtrisaient le coupable
qui a été arrêté après avoir tenté
en vain de s'enfuir.
Il s'agit de Saâd Ahmed Ben Driss, qui serait né en 1954
à Oulad Saïd, dans le village Al Haouza Kasbat Chorfi. Ce
dernier, aidé de deux complices, un tailleur et un chômeur,
a reconnu avoir été l'auteur de l'assassinat. Son compagnon,
le donneur dordre direct de cette opération de gangsters,
est Abdelaziz Noamani.
Le discours haineux distillé par Noamani se basait sur des termes
simples: Benjelloun mène une frange dathées quil
faut exterminer au nom dAllah. Le maître à penser de
ce petit groupe nest autre quAbdelkrim Moutii qui sévira
plus dune décennie durant au nom de la Chabiba Islamiya (jeunesse
islamique).
Flou
Capturé,
puis relâché dans des circonstances douteuses, Noamani passera
les premiers mois de son semblant de cachette dans la villa dun
dirigeant islamiste. Il passera par la suite de beaux jours dans la région
de Sidi Bennour, avant de quitter le territoire. Encore une fois, dans
des circonstances pas trop claires.
Abdelkrim Moutii, le patron de la Chabiba islamiya, prendra très
rapidement la fuite. Sous le coup de plusieurs chefs daccusation,
ce nest pas laffaire Benjelloun qui alourdira davantage son
dossier judiciaire. On parle même avec insistance de son probable
retour au pays.
Aujourdhui, avec la libération des deux assassins de Benjelloun,
les regards sont braqués sur la direction du parti. Quelle attitude
prendra-t-elle ? Lattente na pas duré, puisque le 7
janvier dans la soirée, Driss Lachgar, lun des dirigeants
les plus en vue de lUSFP a levé toute équivoque :
«Nous avons toujours considéré que les deux condamnés
étaient de simples exécutants. On demande que les véritables
commanditaires du crime soient enfin jugés.» Le Dossier nest
toujours pas clos.
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