Le secrétariat d’État à la Famille s’attaque à la violence conjugale
La plaie sociale

La violence à l'égard des femmes influe négativement sur leur intégration au processus de développement. Partant de ce constat, le secrétariat d'Etat chargé de la Famille, de la Solidarité et de l'Action sociale a organisé, mercredi 5 novembre 2003 à Rabat, un atelier sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes.

Chifaâ Nassiri

 


• Les stigmates psychologiques sont les plus durs à soigner.

 

Cet atelier, consacré à la présentation du projet d'appui à la stratégie nationale de lutte contre la violence à l'égard des femmes, s’inscrit dans le cadre de la politique du Secrétariat d’Etat, qui vise le suivi et l’évaluation des différentes interventions dans ce domaine.
Les participants à cet atelier ont été bien nombreux. Les représentants des départements gouvernementaux, les associations œuvrant dans le domaine des droits de la femme, les centres d’accueil et d’orientation des femmes victimes de violence, ont tous répondu présent à ce forum de discussion.
Pour combattre cette violence, plusieurs idées ont été débattues et des recommandations pertinentes ont été retenues, notamment la prise en charge des femmes agressées en leur offrant un appui et une écoute soutenus.
“Ce plan constitue une plate-forme pour l'élaboration d'une action nationale concernant la lutte contre la violence à l'égard des femmes. De même, il vise l'amélioration des compétences professionnelles de tous les intervenants dans ce domaine", a expliqué la secrétaire d’Etat chargé de la Famille, de la Solidarité et de l’Action sociale, Yasmina Baddou.
Les recommandations de cet atelier devront servir de base pour l'élaboration d'un plan d'action pour la lutte contre ce phénomène.

Violence

En effet, des milliers de Marocaines subissent des formes variées de violence conjugale: coups, injures ainsi que toutes formes d’humiliations qui sont bonnes pour prouver le pouvoir de leurs maris.
La question des femmes battues est restée pendant longtemps un sujet tabou au Maroc. Les pouvoirs publics et la société ont fermé les yeux sur ces agressions à l’égard des femmes estimant qu’elles relevaient du domaine de la vie privée.
Il s’agit en fin de compte d’une violence tellement étouffée qu’aucun chiffre officiel ne pourrait réellement la représenter.
Cet atelier a été initié en collaboration avec l'Agence canadienne de Développement international (ACDI) qui a manifesté un grand intérêt pour éradiquer ce genre de sévices dont sont victimes les femmes et qui empêche de la même manière le développement de la société entière. La représentante de l'ACDI, Marie Pierre Longtin, a rappelé a cet effet que “ce projet d'appui a été élaboré en partenariat avec le secrétariat d'Etat et le Fonds d'appui à l'égalité des sexes en vue d'élaborer un plan de mise en oeuvre pour la stratégie nationale en la matière".
La violence contre les femmes, et la violence conjugale en particulier, menace l’équilibre de la famille.
Elle est considérée comme un problème médical et social dont les conséquences sont néfastes aussi bien sur la santé physique et mentale des femmes que sur l’équilibre de leurs enfants. Selon la représentante de l’ACDI, un tel constat nuisible à l’honneur des femmes ne pourrait être dépassé qu’en multipliant de telles initiatives de projets.
Jusqu’à une date très récente, une grande majorité de femmes marocaines n’osait toujours pas parler de la violence qu’elles subissait, elle pensait encore moins à recourir aux autorités judiciaires.
“Le silence de ces femmes est dû à la peur du scandale ou encore le désir de maintenir l’unité de la famille, certaines femmes considèrent leur situation même comme étant une marque du destin…Des discours hétérogènes que tiennent les femmes battues tous les jours", note une représentante d’un centre d’aide aux femmes victimes de la violence. La consultante de l’ACDI, en matière de politiques et programmes de lutte contre la violence à l'égard des femmes, a, pour sa part, présenté un rapport sur l'état des lieux de la mise en oeuvre de la stratégie.

Unité

Elle a cité, à titre d'exemple, la faiblesse des moyens humains et financiers dont dispose le secrétariat d'Etat, le manque de coordination entre les différents intervenants au niveau de la famille, les affaires sociales et l’entraide nationale.
Elle a également évoqué la non-reconnaissance du statut d'assistante sociale.
Le rapport a incité, à cet égard, à la constitution d'une unité au sein du secrétariat d'Etat qui garantit le rôle de catalyseur et de coordonnateur.
La mise en application des réformes juridiques concernant les Codes de la famille, du travail et le code pénal, a aussi été fortement recommandée. En effet, la réforme du code du statut personnel a déjà constitué une ouverture dans l'établissement des droits féminins, donc une véritable voie de secours pour des milliers de femmes.
Une bonne application de cette réforme garantira l’honneur des femmes et protégera leurs droits contre les dédales d'une quelconque violence ou injustice sociale.
Les centres d’écoute pour femmes battues, également présentes dans les travaux de cet atelier, ont parlé à leur tour de leur combat quotidien aux côtés de ces femmes battues.

Centres

Ces centres d’écoute qui mènent une activité remarquable, témoignent en général d’une véritable solidarité entre femmes qui cherchent à lutter main dans la main, contre cette injustice sociale.
Ces centres mettent les femmes qui endurent cette violence, en contact avec des avocats, psychiatres ou sociologues qui les aident à se revaloriser et à retrouver confiance en elles-mêmes.
Ces centres incitent aussi les femmes à réagir et porter plainte s’il le faut pour assurer leur sécurité et celle de leurs enfants.
D’autres recommandations ont été préconisées suite au débat de l’atelier, particulièrement le développement d'un plan de communication sociale sur la violence et la mise en œuvre d'un programme d'information et de sensibilisation.
Cet atelier a enregistré une fois de plus le constat que la violence conjugale est un frein au développement et à l'émancipation d'une société moderne, basée sur les droits fondamentaux de l'Homme liés à la liberté, au respect et à la démocratie.
Malheureusement, plusieurs femmes voient leurs droits bafoués en raison de la violence injustifiée de l’homme. Elles se voient contraintes à subir ce malheur pour sauvegarder une certaine unité familiale.
L'atelier établi par le secrétariat d'Etat chargé de la Famille, de la Solidarité et de l'Action sociale est une preuve que tous les intervenants de l'Etat ainsi que de la société civile désirent lutter contre ce phénomène injuste et empreint d'abus à l'égard de nombreuses femmes.
La violence n'a jamais été un moyen de communication et elle demeure une véritable plaie. La mise en place d’un véritable plan d'action témoigne d’une solidarité avec ces femmes victimes de violence. L'atelier mis en place par le département gouvernementale fait partie des actions nationales entreprises pour la lutte contre la violence à l’égard de la femme. Une continuité des actions dans ce sens assurera certainement la diminution de ce phénomène et, pourquoi pas son extraction totale de notre société.

 

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