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Déception,
désillusion et désarroi. Tels sont les mots qui résument
létat desprit de lensemble des Mauritaniens une
semaine après lannonce des résultats officiels de
lélection présidentielle organisée le 7 novembre
courant dans leur contrée. Lamertume de ceux qui avaient
cru à la possibilité dune « alternance par les
urnes » à Nouakchott - pronostiquée, dailleurs,
par un bon nombre des spécialistes étrangers de la Mauritanie-
est incommensurable. Elle est proportionnelle à la démesure
du pouvoir de linamovible Colonel Mouaouya Ould Taya qui préside
aux destinées de « ce trait dunion » entre le
Maghreb et lAfrique sub-saharienne depuis bientôt une vingtaine
dannées.
En effet, les autorités de Nouakchott nont pas fait dans
la dentelle. Alors que les Mauritaniens, excédés par 24
ans des régimes militaires et par 19 ans de règne, solitaire
et calamiteux, du Colonel Taya, sattendaient, dans le pire des cas,
à un ballottage entre le candidat du pouvoir et lun de ses
principaux challengers, M. Taya a décidé de se faire élire
dès le premier tour.
Les résultats du scrutin annoncés, samedi 8 novembre, par
le ministre de lIntérieur créditaient le chef dEtat
sortant de 66, 69 % des suffrages, suivi, de loin, par le candidat «
indépendant », le lieutenant-colonel, Mohamed Khouna Ould
Haidalla qui a recueilli 18, 73 % des voix.
Tapage
Les leaders
historiques de lopposition mauritanienne, Ahmed Ould Daddah et Messaoud
Ould Boulkheir, ont été «sanctionnés»
par des scores assez humiliants: 6,89 % pour le premier contre 5,3% pour
le second. De laveu de nombreux observateurs, ce classement traduit
surtout la haine que Ould Taya et ses acolytes vouent à Ahmed Ould
Daddah qui incarne lopposition depuis lenclenchement du processus
«démocratique» en 1991 et qui, de ce fait, est la bête
noire du maître de Nouakchott.
La correspondante de RFI en Mauritanie, Marie-Pierre Olphand, na
pu sempêcher de témoigner sur les ondes de sa radio,
au lendemain de la présidentielle, que ce qui «étonnait
le plus dans les résultats du scrutin était le score dAhmed
Ould Daddah qui était contraire à ce que laissait présager
sa popularité sur le terrain». Le candidat du Rassemblement
des Forces démocratiques (RFD), principale formation de lopposition
était également, dans tous les sondages organisés
sur les sites mauritaniens et panafricains celui dAfricatime
notamment- donné tantôt grand favori du scrutin, tantôt
le plus sérieux challenger du colonel Taya.
Le tapage médiatique orchestré par le pouvoir autour du
candidat «indépendant», Haidalla, dans les quarante-huit
heures ayant précédé le scrutin a fini par brouiller
cette perception et induire en erreur les médias internationaux
généralement peu au fait des réalités mauritaniennes.
Doù leur tendance globale à prendre, avant même
le déroulement du scrutin, «lopposant» Haidalla
-ancien chef dEtat qui na jamais fait de la politique depuis
sa chute en 1984 et dont la candidature fut suscitée et encouragée
par les autorités du pays- pour «le» principal adversaire
de Taya. Ce qui semble être exactement le résultat escompté
par le pouvoir de Nouakchott qui voulait préparer les esprits,
tant à lintérieur et quà lextérieur
du pays, au «classement» des candidats consécutif aux
résultats officiels du scrutin.
Réputé être un homme de bonne foi et politiquement
naïf, Haidalla paraît aujourdhui comme le dindon de la
farce électorale en Mauritanie. Le pouvoir nétait
pas, loin de là, étranger à sa candidature.
Ces sont des éléments de lopposition en exil, montrés
du doigt par leurs groupuscules comme des «agents du régime»,
et des barons du parti au pouvoir qui étaient les premiers à
lexhorter à se présenter Les autorités, soucieuses
avant tout de balkaniser lélectorat de lopposition,
ont laissé, ainsi, beaucoup des gens penser quil était
plus facile pour Ould Taya, «acculé à partir»,
de céder le pouvoir à son ancien frère darmes
quà lun de ses opposants historiques.
Impact
Les rapports,
étroits et chaleureux, entre les deux hommes ont corroboré
ce sentiment largement répandu, en Mauritanie, à la veille
du déclenchement de la campagne électorale : ces dernières
années, Mouaouya sest montré, en effet, dune
grande sollicitude à légard de son prédécesseur.
Il lavait, entre autres, emmené avec lui en pèlerinage
à la Mecque, octroyé trois licences de pêche à
son fils, Sidi Mohamed, et mis fin à des poursuites judiciaires
engagées contre le frère de celui-ci, SidAhmed dit
Bazra, impliqué dans une agression armée perpétrée
contre un gendarme dans la région des Trarza au sud du pays.
Aujourdhui incarcéré au bagne de Bayla à Nouakchott
après être accusé, la veille du scrutin, de préparer
un coup dEtat, Haidalla serait très vraisemblablement victime
dun coup tordu du pouvoir destiné à brouiller les
cartes et à diminuer limpact des révélations
sur limplication du régime dans la genèse de sa candidature.
La preuve: le document «Grab1» détaillant les phases
du soi-disant complot contre la sécurité de lEtat
aurait été dévoilé, selon des sources concordantes,
par un « agent » infiltré dans lentourage de
Haidalla. DA jusquà Z, la candidature de lancien
chef dEtat se révèle être une grosse manipulation
politico-médiatique, la première du genre dans les annales
mauritaniennes.
Contestation
Elle nhonore
pas les dirigeants de Nouakchott. Pas plus que la fraude massive - dénoncée
par tous les partis de lopposition et attestée par des figures
de proue de la société civile mauritanienne comme Me Brahim
Ebetty- qui a dénaturé le scrutin. Les deux procédés
paraissent, en tout cas, contre-productifs. Alors que les Mauritaniens
espéraient que la présidentielle du 7 novembre soit le prélude
à une réconciliation nationale et renforce les institutions
de la république fragilisées par la sanglante tentative
de putsch du 8 juin dernier, cest linverse sest produit.
Les principaux adversaires de Ould Taya ont déclaré «nuls
et non- avenus» les résultats du scrutin tout en exigeant
son annulation. Au même moment, «les Cavaliers du Changement»-
mouvement armé constitué par les principaux meneurs du putsch
du 8 Juin - confortés dans leur option extrême,par labsurdité
du processus électoral ainsi révélée, affirment
sêtre réorganisés, à lintérieur
et à lextérieur du pays - et menacent de récidiver.
Les démocrates mauritaniens sont désormais coincés
entre un pouvoir à la base sociale très réduite qui
saccapare tout depuis des décennies et les «putschistes»
déterminés à en finir par les armes. Fragile, la
Mauritanie a besoin, pourtant, des mains moins lourdes.
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