Anciens hommes d’affaires et leur progéniture
Profils croisés

Entre les hommes d’affaires parents et leurs enfants, il y a bien une époque. Les deux générations ont prospéré dans des contextes différents. Explications.

Aissa Amougar

 

• Mohamed Karim Lamrani

 

Quelle différence de profil peut-on établir entre les hommes d’affaires parents avec leur progéniture ? Comment ceux-ci ont-ils bâti des fortunes colossales alors que leur niveau universitaire voire scolaire n’est pas très avancé ? Certains n’ont même pas été à l’école.
D’où vient alors la réussite ? D’abord, leur statut de commerçant couplé à l’excès d’argent dont ils disposent leur a permis de racheter des sociétés industrielles par simple marché de gré à gré sans avoir une stratégie claire d’investissement. Peu dépensiers qu’ils étaient, ils ont réussi à amasser des sommes importantes d’argent par lesquelles il ont procédé à des acquisitions de masse, dans la banque, les assurances, l’industrie, et les services.
Protection
Aidés, en cela, par un marché marocain à l’époque embryonnaire, c’est-à-dire, offrant des opportunités considérables d’investissement en raison de l’existence de besoins économiques énormes, ces hommes d’affaires aînés ont déployé leurs ailes plus loin en se retrouvant en quelques années à la tête de groupes puissants qui touchent à tous les secteurs d’activité.
Mais, le vrai moyen qui a servi de catalyseur à cette ancienne génération d’hommes d’affaires reste, selon des spécialistes avertis, le processus de « marocanisation » des entreprises.
Sitôt enclenché, ils n’ont pas perdu du temps pour s’emparer des principaux fleurons de l’économie marocaine autrefois tombés entre les mains des occupants.

L’environnement très sécurisé et hautement protégé notamment par un système douanier impénétrable dans lequel ces hommes d’affaires investissaient leur avait fait oublier la notion de prise de risque théoriquement inhérente à l’investissement. Ils ne croyaient même pas à la notion de risque; tous leurs investissements sont orientés vers les placements spéculatifs à très fort rendement.
Le système politique de l’époque les entouraient d’un ensemble de passe-droits et de privilèges dans le cadre d’une politique d’assistanat offerte sur un plateau d’or.
Aujourd’hui, un tracas de poids taraude cependant les esprits de cette ancienne génération : préparer leurs enfants à assurer la relève. Sur ce point, ils ne lésinent pas sur les moyens pour envoyer leur progéniture recevoir les meilleures études dans les plus prestigieuses universités et écoles étrangères.
Risque
De retour au Maroc, leurs parents les impliquent dans la gestion et les initient à la pratique des affaires. Le résultat est plutôt satisfaisant.
Leurs groupes fonctionnent aujourd’hui à merveille et touchent des secteurs d’activité diversifiés. Ils affichent même une grande fibre patriotique en participant à de nombreuses actions sociales visant à se solidariser avec les classes les plus démunies. Ils participent également à la protection de l’environnement et créent des fondations culturelles pour promouvoir les activités éducatives et sportives en faveur des jeunes et des femmes.
Toutefois, à l’image de leurs pères, ils investissent peu, probablement par peur du risque. Comme le souligne avec force le professeur Rachid M’rabet, directeur général de l’ISCAE, «cette aversion au risque qu’affichent ces jeunes patrons n’arrange pas le développement économique du pays». «Au contraire, elle le pénalise», insiste-t-il.
Pour les pousser à investir, nul doute que le gouvernement est appelé à renforcer ses outils d’aide et de soutien pour une plus grande souplesse de l’investissement. Autrement, le décollage est loin derrière nous.

 

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