Le premier raid israélien contre la Syrie depuis trente ans
Sharon bombarde, Bush applaudit

Une solide campagne de presse a tenté de faire porter la responsabilité de l’échec anglo-américain en Irak au régime syrien.Ariel Sharon en a profité pour effectuer un raid contre un prétendu camp d'entraînement en Syrie du Jihad islamique, auteur de l'attentat suicide à Haïfa, qui a fait 19 morts.

Mustapha Tossa

 

Ariel Sharon et George Bush.

 

Après la chute du régime de Saddam Hussein, la Syrie du jeune Bachar El Assad n’avait jamais quitté réellement la ligne de mire américaine. Elle s’attendait certainement à ce que l’administration de George Bush accentue sa pression sur Damas. La menace de faire voter à tout moment au congrès une loi qui la sanctionne économiquement et l’isole politiquement et qui porte le doux nom de «Syria Accountability Act» pesait sur elle comme une malédiction. Les plus pessimistes des éditorialistes de la presse syrienne gouvernementale la présentaient comme la pire des catastrophes qui puissent toucher leur pays.

Assassin

Une solide campagne de presse a tenté de faire porter la responsabilité de l’échec anglo-américain en Irak au régime syrien toujours gouverné par le parti Baath, devenu dans le nouveau lexique américain aussi dangereux que le réseau d’Al Qaida. Il est régulièrement accusé d’avoir donné asile aux plus actifs éléments de son frère ennemi irakien et d’avoir facilité ou du moins fermé les yeux sur l’entrée en Irak d’éléments radicaux affiliés à Al Qaida. Bref «de s’être rangé du mauvais côté» de la lutte contre le terrorisme, selon l’expression assassine en vogue à Washington.
Cette récente accusation d’empêcher en secret une pacification à l’américaine de l’Irak se double d’une autre, plus vieille, celle de militer ouvertement pour torpiller une entente israélo-palestinienne par l’aide apportée aux éléments les plus radicaux du Hamas et du Jihad islamique.
Malgré ses griefs américains contre la Syrie, personne ne pouvait imaginer sérieusement que les chars américains puissent marcher sur Damas pour y démanteler le pouvoir, à l’irakienne. Ni que l’aviation US puisse déverser ses bombes sur les structures ossifiées du parti Baath. C’est de ce contexte qu’Ariel Sharon a pris la décision d’effectuer un raid surprise contre ce qu’il a présenté comme un camp d'entraînement en Syrie, utilisé par le Jihad islamique qui a revendiqué l'attentat suicide à Haïfa dont le bilan était de 19 morts, en plus de son auteur, une jeune avocate palestinienne de vingt neuf ans.
L’onde de choc de ce raid fut énorme. Elle a parcouru le monde, soulevant condamnations, craintes et indignations. Tandis que les pays européens, la France en tête, ont qualifié cette attaque de violation manifeste de droit international, les capitales arabes ont déployé leurs incantations solidaires.

Constat

Pour sa part, le président syrien s’est contenté de faire ce constat: «Le gouvernement du Premier ministre israélien Ariel Sharon veut entraîner la Syrie et le reste de la région dans la guerre (…) Le gouvernement Sharon vit par et pour la guerre et il n'y pas une seule personne au monde qui croit que la paix est possible avec un tel gouvernement».
Cette faiblesse syrienne a contraint Damas à porter la bataille sur le plan diplomatique et à user de toutes les ressources qu’offre la tribune des Nations unies pour obtenir une condamnation mondiale de l’acte israélien. Les débats aux Nations unies ont permis encore une fois de tester et de mettre en valeur la solidité des liens qui unissent Ariel Sharon à l’administration Bush, dont l’ambassadeur, John Negroponte, s’est révélé le plus efficace des boucliers.
Pour expliquer les raisons qui ont poussé George Bush à applaudir et même à encourager Ariel Sharon dans son entreprise militaire agressive à l’égard de ses voisin, («Israël ne doit pas se sentir limité dans la défense de sa patrie», avait dit le président américain) de nombreux observateurs ne se contentent plus de citer l’intimité idéologique et politique radicale qui lie les deux hommes, ni la réelle dépendance du succès électoral de l’un de la bonne disponibilité des amis influents de l’autre. Certaines voix, à Tel-Aviv comme à Washington, font remarquer que Sharon n’a fait qu’appliquer à une échelle régionale la grande politique planétaire de la frappe préventive de George Bush pour lutter contre ce que ses services qualifient d’organisations terroristes. Ariel Sharon affiche publiquement sa politique: «Nous n'hésiterons pas à frapper nos ennemis en tout lieu et par tous les moyens», a-t-il dit lors d'une cérémonie commémorative de la guerre israélo-arabe de 1973.

Pire

L’attitude de mansuétude, voire d’encouragement à l’égard d’Ariel Sharon et de sa politique de provocation a été qualifiée de dangereuse pour les intérêts américains et israéliens, même par un journal comme le New York Times du 7 octobre 2003, pourtant réputé proche des forces conservatrices qui siègent au pouvoir à la Maison Blanche et qui dans un éditorial intitulé «A Turn for the Worse in the Mideast» (une évolution vers le pire au Moyen-Orient) stigmatise avec une rare violence les choix de George Bush. “Neither American nor Israeli interests are well served by such provocative advice”. (Ni les intérêts américains, ni israéliens, ne sont bien servis par ce conseil provocateur).
C’est dire la totale incompréhension qui entoure les positions d’une administration dont un de ses plus brillants diplomates, Edward Derejian, ancien ambassadeur américain en Syrie et en Israël, vient de constater et de se plaindre, dans un rapport récent qui a fait couler beaucoup d’encre, du désamour croissant, voire d’une haine tenace que rencontre la politique américaine dans le monde arabo-musulman.

 

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