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Le
minaret est tombé, on pend le barbier». Comme tous les dictons,
celui-ci est un raccourci. Il résume le bêtise humaine en
général, et, plus particulièrement, une certaine
mentalité bien de chez nous. Il semble quon veuille appliquer
cette formule, à la fois lapidaire et inique, à Driss Jettou,
Premier ministre. Depuis le scrutin communal du 12 septembre 2003, il
ny en a que pour lui.
En fait, contre lui. Sa coalition gouvernementale a volé en mille
morceaux, et cest lui que lon pointe du doigt. Des composantes
essentielles de son gouvernement, qui sétaient pourtant engagées
sur le base dune déclaration de politique générale
concertée et collective, se sont alliées avec des partis
de lopposition.
Et cest encore lui que lon désigne comme responsable
dune entorse caricaturale aux principes élémentaires
du formalisme démocratique.
Un Behraoui ou un Sajid à la tête des mairies de Rabat et
de Casablanca; et cest toujours lui que lon soupçonne
dêtre la main occulte qui a permis une alliance contre-nature,
cest-à-dire extra-gouvernementale.
Incohérence
Avouez que
cest un peu beaucoup. Surtout par rapport à tout ce qui sest
dit sur le profil de lhomme et les circonstances de son accession
à la primature. Car voilà un Premier ministre à qui
lon avait affiché, demblée et sans autre forme
de procès, une fin de non-recevoir pour cause de non-appartenance
politique.
Et que lon accuse aujourdhui de toutes les inconsistances
politiques des formations très politiques qui composent son gouvernement.
En moins clair, on lui reproche de ne pas être ce quil na
pas été et ce quil nest toujours pas.
En moins clair encore, Driss Jettou, le chef dentreprise non partisan,
se devait dimposer, extra-muros, aux partis de son Exécutif
une cohérence de comportement électoral que ceux-ci nont
pas été capables de sauto-assigner. Décidément,
on nage dans lincohérence la plus totale.
Driss Jettou, plusieurs fois ministre sans étiquette et voyant
venir leffet retour de la défiance de toute logique politique
parmi le microcosme de sa primature, a pris les devants.
Le 14 septembre 2003, deux jours après le vote communal, il a cru
devoir se comporter en garant politique de son assemblage gouvernemental.
Mal lui en a pris. On le lui a reproché. « De quoi je me
mêle», lui a-t-on lancé à la figure et à
la une des journaux de lIstiqlal, de lUSFP et de quelques
autres.
Cest que la démarche, quelque peu bon enfant, était
en décalage avec les stratégies de ses interlocuteurs. Chacun
de ces derniers avait, pour les présidences communales, et de façon
plus ciblée pour les regroupements humains du Maroc utile, un carnet
de route où lappartenance à un gouvernement et ladhésion
déclarée à un programme commun étaient subitement
devenues quantité négligeable. La commune et la mairie avaient
pris plus dimportance que le gouvernement. Contrairement aux 1497
communes, dont quelques mairies à grand rendement clientéliste,
faire partie dun gouvernement ne peut satisfaire quune poignée
de ministres parmi une cohorte de ministrables insatisfaits.
Chefferie
Cela aussi
est une logique qui mérite tous les acoquinements «contre
nature». Driss Jettou sest pris les pieds dans cette mélasse
que lon a, un peu trop vite, baptisée «transition démocratique»,
sans que lon sache vers quoi on transitait. Maintenant, on le sait
: on «transite» sur place, «grâce» à
une classe politique qui se reproduit en reproduisant les mêmes
réflexes et les mêmes tares.
Cest précisément dans ce type de contexte quil
a été fait appel à Driss Jettou. Il paraissait, à
sa nomination, un 9 octobre 2002, comme un «Premier ministre par
défaut». À défaut de mécanismes politiques
qui permettent de dégager une chefferie gouvernementale directement
sortie des urnes. Rappelez-vous les législatives du 27 septembre
2002. Abderrahmane Youssoufi voulait rempiler pour un deuxième
mandat, à cheval sur deux règnes; Abbas El Fassi, lui, pensait
que son heure était venue, au nom dune alternance au sein
même de la Koutla.
Ce nétait pas très beau à voir. Un combat de
chefs qui prenait des allures africaines. Auquel le Souverain a mis un
terme en appelant à la barre Driss Jettou. Pour une douche froide,
celle-là était plutôt glaciale.
Réhabilitation
Le premier test politique de la coalition exécutive a été
le scoubidou électoral enclenché le 12 septembre 2003. Une
chakchouka à nulle autre pareille. Du coup, on demande à
Jettou de partir. Motif; il serait incapable de réguler la vie
partisane (pas politique) de léchiquier national en général
et de ses coalisés en particulier. Question: et pourquoi le serait-il?
Dautant quon lui a dit, deux semaines auparavant, ne le fais
surtout pas!
Admettons. De vous à moi, si Driss Jettou, dépité,
avait effectivement fait ses valises, peut-on penser raisonnablement que
la kyrielle des partis de la majorité parlementaire auraient pu
saccorder sur un nom pour la primature? Évidemment que non,
avec toutes les combinaisons imaginables dune majorité possible.
Alors, de grâce, laissez Driss Jettou faire pour le mieux au service
de lentreprise-Maroc.
En attendant une vraie réhabilitation du politique et des politiques.
Car ce sont les barbiers politiques qui ont fait tomber le minaret.
Pas Driss Jettou.
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