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Faut-il
se marier par ces temps qui courent? les jeunes Marocains retardent de
plus en plus ce moment fatidique mais inéluctable. Et cela peut
prendre des années.
En effet, lâge moyen pour le mariage est de 25 ans chez les
filles et de 29 ans chez les garçons, soit beaucoup plus tard que
les générations précédentes. Apparemment,
la décision de sunir à vie est longuement réfléchie.
La peur de léchec hante les esprits. Même les plus
déterminés hésitent encore. Il est vrai que lorsquon
découvre les chiffres du divorce, cela freine lenvie de sattacher.
Selon les dernières statistiques disponibles, le nombre de divorces
consignés dans les registres des institutions judiciaires compétentes
est passé de 27.965 cas en 1997 à 29.215 en 1998 pour arriver
à 35.294 pour le compte de l'année 1999. Cette montée
en flèche des indicateurs relatifs à ce phénomène
retient lattention.
La cellule familiale sen trouve profondément menacée
et cest dautant plus grave que les statistiques montrent un
ralentissement du nombre des mariages: de 155.348 en 1997 à 135.834
en 1999. Le constat est inquiétant. Et, plus que jamais, ce phénomène
est au centre des débats.
Phénomène
Les plus
optimistes répondront, mais est-ce une raison pour ne pas se marier
et tenter lexpérience? Eh bien non, mais le problème
se pose autrement.
Le choix du futur époux ou de la future épouse soulève
plus dune polémique. Pour les jeunes filles, elles désirent
«un homme qui les respecte».
La notion du respect revient souvent sur les lèvres des Marocaines.
Expliquons, «être respectée» veut dire ne pas
reproduire lexemple de la vie conjugale de ses parents. Cest-à-dire
son homme idéal ne doit pas forcément ressembler à
son père. Pour les hommes, la question se présente différemment.
Si la femme de ses rêves est belle, intelligente et active, elle
doit aussi être obéissante, facile à vivre et, de
préférence, elle doit savoir cuisiner comme sa mère.
Pourtant, la femme marocaine daujourdhui, na pas forcément
envie de reproduire le mode de vie des mères dautrefois.
Ce décalage nest pas pour faciliter les rapports femmes/hommes.
Alors, ils décident de faire durer la période du célibat.
Les femmes sont aussi concernées par ce phénomène.
Elles ne se précipitent plus sur le premier venu. Il faudrait dire
aussi que lévolution de la société a encouragé
ce genre de décision. On ne voit plus dun mauvais il
une jeune fille qui ne sest pas encore mariée à la
trentaine. On prend en considération la durée de son cursus
scolaire et son engagement professionnel.
Maintenant, les jeunes filles qui ont une indépendance financière
auront plus de chances de se marier, car ceci est devenu un critère
primordial. Dans ce contexte, Najat, une célibataire endurcie,
habitant à Oujda, raconte que les hommes orientaux exigent des
femmes fonctionnaires. «La tendance est aux femmes actives. Les
hommes voient en elle plus un salaire quun partenaire pour la vie.
Ils souhaiteraient quelles prennent en charge les dépenses
quotidiennes du foyer.»
Comme on peut le constater, la femme a la lourde charge de soccuper
de son domicile convenablement et dassurer professionnellement.
Une tâche bien difficile que les femmes ne sont pas prêtes
à assumer daussi tôt.
Charges
Elles préfèrent
vivre leurs vies dadultes pleinement. Et qui dit pleinement, dit
sexuellement.
Comme les garçons, les femmes ne peuvent attendre jusquau
mariage pour avoir le premier rapport sexuel.
Bien sûr, avant le mariage, les garçons font de belles déclarations,
jurent que «la virginité, cest dépassé»,
et quils sont prêts à se marier avec une femme dépucelée.
Toute une stratégie pour prouver quils sont à la page.
Or, en réalité, lhymen, attestant de la chasteté,
revêt une grande importance même chez les jeunes générations.
Cest pour cette raison que lopération chirurgicale
consistant à le reconstituer, appelée lhyménéoraphie,
est devenue très courante. Merci, la science sinon la majorité
de nos jeunes filles auront été répudiées
le jour de leurs noces.
Il est vrai que les hommes ne sont pas dupes à ce point; Ils sont
au courant de cette pratique. Ce qui crée une crise de confiance.
Les paroles de Mohamed, jeune gendarme, exerçant à Rabat,
témoignent de ce phénomène. «Je ne pourrais
jamais faire confiance à ma femme, même si elle ramène
un certificat de virginité délivré par un médecin
dEtat. Je sais que tout sachète dans ce «bled».
Mais moi, jai une tactique. Je ne vais pas avoir avec mon épouse
des rapports sexuels le premier soir. Je vais attendre trois jours jusquà
ce que leffet de lopération se dissipe.»
Tactique
Si ces dires
nont aucun fondement scientifique, ils auront le mérite de
montrer à quel point le manque de confiance règne.
Néanmoins, imaginons que tous ces problèmes sont surmontés.
Lhomme a trouvé sa future épouse et la femme son homme
idéal. Est-ce quil est facile pour autant de se marier et
de fonder un foyer?
Les familles sont devenues de plus en plus exigeantes. Elles veulent assurer
lavenir de leurs filles. Lhomme doit avoir une situation financière
stable et un salaire lui permettant de vivre décemment. Ce qui
nest pas une mince affaire.
Actuellement, un Bac+4 débute avec un salaire de 6.000 dhs. Après
une année dexercice, il pense à acheter une voiture
qui est devenue indispensable. Évidemment, une flambant neuve.
Dailleurs, il est plus facile dacquérir une automobile
chez le concessionnaire avec toutes les facilités de financement
quune voiture bonne occasion. Donc, il contracte un crédit.
Il paye une traite mensuelle allant de 1.500 à 2.500 dhs selon
le modèle et la marque.
Ce qui représente plus que le tiers de son salaire.
Pour la famille de son élue, la voiture ne garantit pas un toit
pour leur progéniture. «Est-ce que vous êtes propriétaire
ou locataire?», interrogera la mère. Vous lavez deviné,
elle fait allusion à lappartement. De plus en plus, les jeunes
couples choisissent dacheter au lieu de louer.
Encore, faut-il trouver largent pour payer le dessous-de-table,
une partie non déclarée que le promoteur impose à
lacquisition dun logement? Cette foisci, ils sarrangent.
Ils contractent des crédits de part et dautre et sendettent
jusquau cou. Les familles mettent la main à la pâte
et apportent une somme pour aider le jeune couple à démarrer.
Seulement, le couple nest pas au bout de sa peine. Il faudra meubler
lappartement.
On ne peut pas habiter une maison vide. Il faut un minimum: Une chambre
à coucher, une salle de séjour et une cuisine équipée
dun réfrigérateur et dune cuisinière.
Noublions pas le téléviseur, lantenne parabolique
et le décodeur numérique, si possible. Tout cela nécessite
une coquette somme. Finis les préparatifs du nid conjugal, commencent
ceux du mariage.
«Vous faites votre soirée et nous, la nôtre ou nous
organisons une seule soirée commune?, demande la mère du
jeune garçon. Par souci déconomie, la mère
de la future épouse répondra «une seule soirée».
Mais voilà que les deux mamans ne se mettent pas daccord
sur le nombre des invités. «Jai beaucoup de connaissances,
je ne peux pas convier les uns et laisser les autres. Je propose que chaque
famille fête sa soirée séparément.»
Budget
Les budgets
alloués à la cérémonie sont énormes
selon les bourses et les moyens financiers. Cela peut varier de 100.000
dirhams à un million de dirhams. Il y a maintenant des agences
spécialisées dans lévénementiel qui
soccupent de lorganisation de la cérémonie.
Ils offrent des soirées finies: De la décoration florale
au menu, en passant par le plateau artistique.
Cette option est plus réservée pour les familles aisées.
Les autres, aux revenus moyens, optent pour la formule traiteur qui, lui
aussi, propose des services similaires à des prix abordables mais
le résultat nest pas garanti.
Toutefois, pour notre couple endetté, il se passera dune
grande fête et se limitera à une soirée intime. La
chaîne HI-FI remplacera lorchestre, et le traiteur la bonne
cuisine de maman. La mariée portera une seule tenue quelle
louera ou quelle empruntera. Elle ira peut-être jusquà
lacheter à 2.500 dirhams de chez la couturière, une
amie de sa mère qui lui fera des facilités de paiement.
Les tenues traditionnelles des grands stylistes marocains coûtant
de 10.000 dirhams à 100.000 dirhams.
Elle se contentera de les regarder sur les magazines féminins.
Quant au futur époux, il prétextera que le smoking avec
lequel son père sest marié lui portera bonheur. Faute
de moyens, il saccrochera à lillusion. Pour la bague
de fiançailles, le mari se permeettra le luxe doffrir à
sa Dulcinée un solitaire de 1.500 dirhams. La pierre sera, sûrement,
une fausse. Le diamant éternel et les beaux bijoux sertis seront
pour une autre vie.
Ainsi, notre couple, endetté, vivra dans la frustration. Le mari
se demandera pourquoi tant de crédits pour une femme aussi laide?
Et la femme se posera la question pourquoi tant de sacrifices pour un
homme qui nen vaut pas la peine?
La fin de leur histoire ne sera sûrement pas, «ils vécurent
heureux et eurent beaucoup denfants». Pour preuve, la hausse
inquiétante du taux de divorce après la première
année de mariage.
Etes vous toujours prêts à vous marier? Bon courage!
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Au beau
milieu de la terrasse dune maison au centre de la ville de Taza,
à une centaine de kilomètre dOujda, on distinguait
une tente caïdale illuminée par des lampions. De loin, des
chants de louanges au Prophète et des youyous se faisaient entendre.
Sous le porche de la maison, deux hommes, élégamment habillés,
se tenaient solennellement. Ils accueillaient les invités avec
un grand sourire aux lèvres et des messages de bienvenue.
Ces messieurs ne sont autres que le père et loncle paternel
du mari. Dans une grande salle, aménagée et ornée
pour loccasion, des tables couvertes avec de belles nappes blanches
sont disposées en demi-cercle. Autour delles, une centaine
dinvités sont installées sur des chaises en bois joliment
décorées.
Cérémonie
En face,
deux fauteuils, en brocart doré, sont réservés aux
mariés. À Droite, un orchestre de cinq musiciens jouait
un air mélodieux. Toute lassistance attendait impatiemment
larrivée de la mariée. Il est onze du soir et la fête
tarde à commencer. À ce moment-là, des klaxons résonnent.
Les mariés sont enfin là. Sur un baldaquin en plaqué
or, porté par quatre bonshommes en djellabas blanches coiffés
de fez, la mariée, Nawal, faisait son entrée. Marchant à
côté du convoi, dun pas hésitant et scrutant
le sol, le mari, Mohamed, était habillé de la même
manière que les porteurs. Les invités applaudissaient, les
youyous fusaient de partout. Lorchestre a entamé une chanson
pour souhaiter la bienvenue au nouveau couple. Des jeunes filles, sûrement
de la famille, jetaient des fleurs et du riz au cortège. Certaines
jeunes filles décidées à mettre de lambiance
exécutaient quelques mouvements de danse. Latmosphère
se détendait au fur et à mesure que lorchestre chantait
des morceaux populaires.
Lheure du dîner approchait. Une femme dun âge
avancé, murmurait quelques phrases aux oreilles des invités.
Renseignement pris, elle les conviaient à descendre à létage
en dessous pour manger. Le mechoui et le poulet aux citrons ne seront
servis quaux privilégiés. Pendant ce temps, la mariée
se changeait dans une chambre isolée où personne navait
le droit daccès. La negafa (marieuse), femme de la cérémonie,
a pris le soin de poster lune de ses collaboratrices pour que linterdiction
soit respectée. Nawal devait à chaque fois porter une nouvelle
tenue traditionnelle et se parer de nouveaux bijoux en plaqué or
fournis par la negafa. Tantôt en tenue berbère, tantôt
en tenue oujdie quon appelle Karakour, une espèce de seroual
avec une tunique brodés en fil dor, tantôt en fassie,
une tenue sous forme de pyramide, lourde à porter. Mais la plus
étonnante, cest la tenue indienne, sari. Lutilité
de celle-ci demeure incompréhensible. Elle ne sert quà
ridiculiser la mariée. À la fin de la soirée, le
moment fatidique est arrivé. Le jeune couple devait se retirer
dans la chambre nuptiale pour consommer leur mariage. Alors que les mariées
senfermaient, le convoi qui les accompagnait est resté derrière
la porte. Plus les minutes passaient, plus la foule perdait patience.
Youyous
Les parents
de la mariée étaient livides, tandis que la famille de Mohamed
les dévisageait du regard. Leurs yeux lançaient déjà
des étincelles. Soudain, la porte souvrait à moitié,
le bras de Mohamed tendait un linge taché de sang, prouvant que
Nawal était vierge. La tension retombée. Les youyous résonnaient.
Des chants louant la vertu de la mariée et la virilité du
marié fusaient. Le père de la mariée a choisi cet
instant pour effectuer des pas de danse. Un air de soulagement se lisait
sur les visages.
Au petit matin, Mohamed a rejoint les deux familles pour partager ce moment
de bonheur autour dun bol de «harira». Quant à
la mariée, nous lavons plus revue. Et personne ne soccupait
de son devenir. Elle a accompli dignement sa tâche. Cest le
plus important. Sa mère soccupait du «drap» quelle
a soupoudré de sel et quelle a conservé avec soin.
Le lendemain, elle le montrera aux invités qui viendront senquérir
des nouvelles.
Mesdames et messieurs, ce mariage a été célébré
le mois dernier dans une famille moyenne marocaine. Nawal est une instutrice
et Mohamed est fonctionnaire dans une administration de Taza. Ne vous
étonnez pas, ça existe toujours chez nous.
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