La solution d’un expert américain à la misère rurale au Maroc
Question de volonté

Jason Ben-Meir est président de la Fondation du Haut-Atlas, ONG américaine consacrée à l’établissement de projets communautaires au Maroc, membre de l’Institut américain des études maghrébines. Ci-dessous sa stratégie de développement rural, basée sur des projets citoyens volontaires. A méditer.

Jason Ben Meir
Président de la Fondation
du Haut Atlas

 


• Ici, une vue d’un bidonville de Sidi Moumen.

 

Comment les Marocains peuvent-ils mettre en œuvre un développement générateur de prospérité à travers leurs communautés et leur pays? La stratégie de développement suivante répond à cette question.
Examinons deux leçons de base retenues de plusieurs décennies d’interventions dans le domaine du développement.
La conception et l’exécution de projets fondés sur la participation (membres de la communauté, gouvernement, ONG et intervenants) génèrent des projets durables offrant une série d’avantages importants. La participation intégrée au processus de développement se manifeste à travers des projets générateurs de prospérité car:
• Les projets reflètent les priorités et les intérêts des communautés et intègrent les facteurs économiques, culturels, historiques et environnementaux appropriés.
• L’expérience du développement collaboratif rehausse la capacité des parties à travailler en équipe et à prendre des décisions.
• L’intégration aboutit à des projets qui s’adaptent bien aux conditions d’évolution.
• Les concepteurs demeurent les «propriétaires» des projets et sont susceptibles de les poursuivre en bâtissant sur les retombées directes de ces projets.
Animateurs
La deuxième leçon fondamentale est que les animateurs sont indispensables à l’instauration de partenariats productifs entre les parties locales. Des animateurs objectifs servent à catalyser le dialogue entre les parties concernées, établissent le consensus et entretiennent l’élan vers l’élaboration de projets. Grâce à ce modèle, les parties locales peuvent concevoir des projets et créer des plans d’action qui répartissent les tâches et les responsabilités de toutes les parties impliquées.
Les projets conçus à travers la participation intégrée s’avèrent producteurs d’emploi et de revenus, assurent les ressources essentielles (comme la nourriture et les soins de santé), valorisent les opportunités éducatives, préservent les ressources naturelles et créent des partenariats durables public/privé qui favorisent l’autonomie locale et nationale.
Ils ont par ailleurs un effet multiplicateur du fait que les communautés avoisinantes qui connaissent le développement basé sur cette approche se mettent à collaborer ensemble sur de nouveaux projets bénéfiques pour toute leur région. La formation d’associations locales et régionales est une évolution naturelle des processus participatifs communautaires.
Les quatre initiatives suivantes constituent une stratégie nationale globale pour mettre en œuvre le développement fondé sur une large participation à la conception et à l’exécution de projets.
La première initiative consiste à établir des centres de planification participative: Les centres participatifs de planification fournissent un espace où les membres de la communauté et les représentants du gouvernement et des ONG peuvent concevoir ensemble des projets.
Communautés
Ce type de centre est généralement situé dans les secteurs jugés les plus importants par les populations locales: technologies agricoles, soins de santé et gestion financière. Ces centres passent sous contrôle local une fois que la gestion, l’encadrement et les qualifications techniques ont été assurés avec succès.
La deuxième initiative revient à établir une agence de coordination: une institution gouvernementale qui œuvre uniquement pour rapprocher les institutions de l’État, les communautés et les ONG dans le but de planifier et de mettre en œuvre le développement communautaire. Elle assure cette tâche de coordination aux niveaux local, régional et national et doit déboucher sur des projets qui répondent aux objectifs de toutes les parties impliquées.
La troisième vise à former les instituteurs et le personnel des ONG à l’encadrement du développement communautaire: Il est vrai partout, et plus particulièrement au Maroc, que les instituteurs peuvent servir de vecteur pour faire avancer le développement à l’échelle de tout pays. En effet, ils se soucient beaucoup de leurs élèves et des communautés qu’ils servent et exercent à travers le pays tout entier, même dans les zones les plus reculées. Les instituteurs peuvent diriger des activités pour aider les communautés à donner la priorité aux problèmes qu’ils veulent résoudre et à appliquer des méthodes leur permettant de concevoir des projets et d’élaborer un plan d’action.
Le Maroc a également connu une extraordinaire prolifération d’associations nationales non gouvernementales au cours des dernières années. Une formation du personnel local des ONG dans le domaine des techniques participatives d’encadrement pour aider les communautés locales à déterminer leurs priorités de projet aurait des conséquences de grand portée.
Cette formation est plus efficace lorsqu’elle est assurée de manière pratique, sur le tas, pendant les réunions communautaires.
Enfin, la dernière initiative prend la forme d’une campagne annuelle de plantation d’arbres fruitiers et forestiers: La plantation d’arbres fruitiers et forestiers est généralement identifiée comme l’une des premières priorités des communautés rurales.
Il est en effet difficile de trouver un projet qui peut fournir autant d’avantages à long terme, dont notamment la production de revenus et de nourriture, la création d’emploi et la valorisation de l’environnement, ainsi que des avantages indirects, comme la réparation et la construction de routes nécessaires au transport des nouveaux produits. Feu le roi Hassan II qualifiait la plantation d’arbres d’actes de foi.
Plantation
Une campagne nationale peut mettre en œuvre la plantation annuelle de millions d’arbres fruitiers, d’arbres forestiers et d’arbustes. La plantation d’arbres peut en outre constituer un projet initial que les instituteurs, en prenant leur service dans une communauté, peuvent aisément aider à exécuter, contribuant ainsi à instaurer de fructueuses relations de confiance. La plantation d’arbres fruitiers, conjuguée aux techniques modernes d’irrigation, rendra arables de nouvelles zones, fournira l’eau potable et jettera les bases de centres de service public: écoles, cliniques et coopératives de femmes.
Une stratégie de développement qui réunit les communautés en vue de concevoir et de mettre en œuvre des projets requiert le financement des initiatives qui catalysent la conception des projets (le centre de planification participative, l’agence de coordination, etc.), et de l’exécution des projets conçus.
Comme cette stratégie répond à des objectifs multiples de développement, le pôle des sponsors potentiels est élargi. Un objectif important, cependant, est de moins dépendre du financement extérieur au fur et à mesure que les ressources de la communauté s’améliorent.
La participation au développement communautaire réalise des opportunités et les initiatives citées ci-dessus visent à encourager des partenariats productifs à travers le Maroc et à générer une réelle prospérité.

 

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