Étonnante déclaration du Premier ministre à Paris sur le cas Ali Lmrabet
Quand Jettou communique...

Mustapha Sehimi

 

• Ali Lmrabet.

 

Pour son premier voyage dans la capitale française, ce lundi, le Premier ministre a eu l’épreuve de la déclaration à la presse, sur le perron de l’Elysée, à l’issue de son entretien avec le président Jacques Chirac. Les “couacs” n’ont pas manqué à cette occasion. Ainsi, interrogé sur le sort actuel de Ali Lmrabet, - condamné en appel à 3 ans de prison ferme - Driss Jettou a précisé en substance que ce dossier sera “traité avec beaucoup de modération et de sagesse…”
De tels propos ne peuvent évacuer un certain nombre d’observations de principe. Le Premier ministre aurait peut-être dû s’en tenir à son premier commentaire sur la procédure judiciaire en cours qui devait se poursuivre jusqu’à son terme normal. Argumentaire sans doute conventionnel mais qui offre ce précieux avantage de se retrancher derrière la séparation des pouvoirs et partant de respecter la procédure en cours de la justice.

Procédure

Or, il est allé plus loin en évoquant en effet les conditions dans lesquelles cette affaire allait être “traitée” – avec modération et sagesse. Que faut-il en déduire? Que le moment venu, ces deux dernières vertus seront mises à contribution, ce qui jette une lumière crue sur un procès déjà largement contreversé? Ou encore, une fois le verdict final rendu, que l’arrêt de la cour d’appel fera l’objet d’un réexamen, mais alors par qui?
Constitutionnellement, il n’y a qu’une seule autorité habilitée à se prononcer en la matière: celle de S.M le Roi. Aux termes de l’article 34 de la loi suprême, “Le Roi exerce le droit de grâce”. Il s’agit là d’une attribution personnelle et exclusive: personnelle en ce sens qu’elle ne peut pas être déléguée; exclusive aussi dans la mesure où l’exercice dudit droit se fait sans l’interférence d’aucun autre organe.
C’est dire que le dérapage verbal du Premier ministre n’est rien d’autre qu’un débordement sur le champ de compétences royal, tel que défini par la Constitution.
Si un Premier ministre dit “technocrate” en arrive à de tels empiètements, il y a de quoi exprimer sa perplexité et son inquiétude: où va-t-on ?

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