Arrestation de deux avocats casablancais
Avocat du diable

Youssef Chmirou

 

• Maître Abdellah Lammari.

 

Les avocats du barreau de Casablanca n’arrivent toujours pas à se remettre de la secousse qui vient de frapper leur corps de métier. Eux, qui sont censés défendre «les bons citoyens», se trouvent aujourd’hui dans le collimateur de la justice. Et ce depuis l’incarcération de deux de leurs camarades dans le cadre de l’enquête sur les attentats du 16 mai.
Les deux avocats, jusqu’à preuve du contraire, sont accusés d’entretenir des relations étroites avec les groupuscules de la Salafia Jihadia impliqués directement ou indirectement dans les attentats du 16 mai. Ce n’est par hasard que les deux inculpés se trouvent entre les mains de la justice, puisqu’une enquête approfondie a permis de lever le voile sur leurs activités extra-professionnelles.

Enquête

Barbus et ayant des connivences avec les mouvements Attakfir wal Hijra et Assirat El Moustakim, Me Abdellah Lammari et Me Azmiri Filali sont incarcérés pour non-dénonciation des membres de la nébuleuse Salafia Jihadia qui ont fait l’objet d’avis de recherche.
Il en est ainsi de Me Abdellah Lammari, arrêté jeudi 12 mai, sur ordre du procureur général du Roi, à l’enceinte de la Cour d’appel de Casablanca. Même si le black-out est maintenu sur les tenants et les aboutissantes de cette affaire (elle en cours d’instruction), les premiers éléments de l’enquête policière montrent que Me Abdellah Lammari, inscrit au barreau de Casablanca en 2000, est impliqué pour non-dénonciation d’un terroriste qui a fait l’objet d’un avis de recherche lancé par la police.
C’est l’un des terroristes arrêtés ces dernières semaines qui aurait évoqué son nom durant l’enquête. Le suspect, dont le nom n’a pas été révélé, aurait indiqué, lors de son interrogatoire, avoir contacté l’avocat pour lui demander conseil, après l’annonce des premières arrestations. L’avocat l’aurait conseillé tout simplement de “disparaître”. De même, Me Abdellah Lammari aurait averti une autre personne d’une éventuelle arrestation dans le cadre de l’enquête. Celui-ci a réussi malheureusement à quitter le pays pour une destination du Golfe.
Pas très connu dans le bataillon des robes noires, Me Abdellah Lammari est très proche du PJD de docteur El Khatib. Il a pris la défense de plusieurs membres de mouvements Attakfir Wa Hijra et Assirat El Moustakim, qui ont été mis en cause, dans les différentes affaires de meurtres avec préméditation des deux dernières années. À n’en citer que ses plaidoiries non fondées dans l’affaire de Miloudi Zakaria et ses complices pour la lapidation d’une personne dans le quartier de Sidi Moumen à Casablanca.

Connivence

Me Abdellah Lammari a également participé à la défense des membres de la cellule dormante d’Al Qaïda démantelée à Casablanca en mai 2002. Même après l’arrestation de Youssef Fikri, Miloudi Zakaria et de leurs acolytes, Me Abdellah Lammari a continué de servir de courroie de transmission entre les deux émirs et leurs adeptes en liberté. Selon le bâtonnier de Casablanca, Me Bettach, Me Lammari n’a pas sollicité l’assistance judiciaire et s’est contenté de faire appel à une avocate pour l’assister dans cette affaire.
Dans le milieu des avocats, on raconte que le parcours et l’entourage de Me Lammari ne vont pas plaider en sa faveur durant ce procès. Son passage à la «Chabiba Islamia» et son emprisonnement dans les années 80, pour ses idéologies et ses opinions, ont nourri dans ce personnage le sentiment de la haine et de la violence.
Me Azmiri Filali se trouve dans la même situation et les charges qui pèsent sur lui sont similaires, ou presque, à celles de Me Abdellah Lammari. Ancien juge, devenu militant islamiste et proche du mouvement Salafia Jihadia, Me Azmiri Filali est poursuivi pour non-dénonciation de son beau-père, qui séjourne actuellement en Suède.
Ce dernier venait souvent au Maroc et présidait des réunions avec des membres de la Salafia Jihadia dans la demeure de Me Azmiri Filali. Pour ce dernier cas, jugé moins grave que celui de Me Abdellah Lammari, un collectif de défense (conduit par Me Mohamed Larbi Berguim) s’est constitué au barreau de Casablanca pour lui fournir l’assistance judiciaire conformément aux dispositions de la loi. Une demande de liberté provisoire a été déposée chez le juge d’instruction de la Cour d’appel de Casablanca, en attendant l’ouverture du procès.

 
Retour