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Anthropologue
et sociologue, Chakib Guessous multiples les recherches en sciences sociales
et les responsabilités associatives. Ses activités sarticulent
autour des trois pôles: défense des droits de lenfant,
scolarité et problématique de lalphabétisation,
de la pauvreté et de la marginalisation.
Dans son ouvrage, LExploitation de linnocence, basé
sur une enquête réalisée en 1995, Chakib Guessous
se consacre au travail infantile au Maroc. Un phénomène
social représentant un obstacle au développement harmonieux
de lenfant et au progrès économique du pays.
Phénomène
Dans un
premier temps, lauteur de ce livre définit les causes du
travail de lenfant dans la société marocaine. Pour
lui, les raisons sont directement liées à la pauvreté,
labsence dune éducation adaptée et le rôle
de la tradition. Concernant labsence déducation, le
sociologue pense que lécole marocaine, par sa formation générale,
semble évoluer dans un monde qui ignore son environnement social,
professionnel et économique. De plus, lenseignement, avec
ses programmes et ses méthodes inadaptés, offre une qualité
médiocre. Il a été démontré que même
les citoyens qui ont terminé leur cursus fondamental ne sont pas
suffisamment armés pour sinsérer dans leur société
en pleine mutation. Conséquence, les parents ne croient plus à
lécole publique marocaine. Autre raison du travail des enfants,
le rôle de la tradition. Mais celle-ci est moins prépondérante
au Maroc, selon lenquête menée par le sociologue Guessous.
Elle ne représente que 8% des cas étudiés.
Dans un deuxième temps, Chakib Guessous cite les différentes
activités économiques de lenfant. Il aborde les travaux
propres au milieu rural et les emplois urbains, ou ceux pouvant être
exercés dans les deux milieux.
Dans le milieu rural, les enfants des deux sexes ont contribué
au travail agricole et délevage, le plus souvent en tant
quaide familiale. Ainsi, les garçons effectuent des petits
travaux comme biner, sarcler, désherber, épandre les pesticides
(!) ou encore récolter. Ils peuvent également effectuer
des travaux plus importants comme le labourage, battre le grain, ramasser
du gros bois ou encore garder les animaux et le grand transport sur les
bêtes de somme.
Quant aux filles, elles font des travaux de champs, la récolte
ou la cueillette. Occupant le plus grand nombre denfants marocains
actifs, le secteur agricole, forestier et délevage est un
des secteurs des moins protégés.
Le travail domestique est lune des activités les plus répandues
en milieu urbain. Elle est exercée tout particulièrement
par les jeunes filles. Par ailleurs, le travail domestique constitue le
type dactivité infantile le moins étudié, parce
quil est difficile de forcer la porte des familles pour enquêter
ou étudier. Le secteur artisanal utilise également une forte
main duvre infantile. Il comprend le travail du cuir pour
la fabrication de la maroquinerie ou le tissage et la fabrication du tapis.
Enquête
Autre activité,
les métiers des rues. Dans les villes, les enfants occupent les
rues pour y pratiquer moult activités comme cireur, les vendeur
de chewing-gum, mouchoirs à papiers ou autres babioles. Ces enfants
sont exposés à toutes sortes dagressivité.
La prostitution est une autre forme dexploitation sexuelle des enfants
à des fins commerciales. Elle nest pas apparente, mais semble
prendre des proportions alarmantes chez les deux sexes.
Dans un troisième temps, Chakib Guessous explique les conséquences
fâcheuses du travail précoce de lenfant sur son développement
et sa santé. Il peut provoquer un certain nombre de désordres
dans le développement physique, psychique ou psychoaffectif. Physiquement,
la fatigue affaiblit son organisme, par conséquent, il se défendra
mal contre les infections. Citons aussi la malnutrition qui est souvent
le lot quotidien des enfants au travail. Psychiquement, lenfant
aura des traces quil traînera toute sa vie.
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MHI: Comment vous est venue lidée décrire LExploitation
de linnocence?
- Chakib Guessous: Au départ, je me suis intéressé
à la scolarisation des enfants. Cétait un travail
intellectuel et associatif. Dans ce cheminement, jai découvert
que lexploitation des enfants est un handicap à la généralisation
de la scolarisation. Alors, jai pris la décision détudier
et analyser ce phénomène dans le contexte marocain. De ce
fait, jai initié une étude sur 500 enfants de différents
statuts professionnels. Après avoir fini cette étude, il
était normal quelle soit publiée pour que le grand
public en prenne connaissance.
MHI: Comment avez-vous mené cette enquête?
- Chakib Guessous: Lenquête a été menée
selon des méthodes sociologiques. Jai élaboré
un questionnaire composé essentiellement de questions fermées.
Jai travaillé avec cinq enquêteurs que jai préalablement
formés et sensibilisés pour ce style denquête.
Cette équipe denquêteur était munie de micros
dissimulés pour que je puisse minprégner des réflexions
des enfants et vérifier que le formulaire a été correctement
rempli. Lenquête a été menée dans cinq
grandes régions économiques du Maroc, à savoir Tanger,
Fès-Meknes, Marrakech, Casablanca et Rabat. Nous avons pris 100
échantillons par région, 50 citadins et 50 ruraux, dont
25 garçons et 25 filles. Je navais pas la prétention
de prétendre mesurer lampleur du phénomène,
mais uniquement de le comprendre.
MHI: Avez-vous rencontré des difficultés pour
mener votre enquête?
- Chakib Guessous : Il était difficile pour les enquêteurs
daborder les enfants, parce que les employeurs ne les laissaient
pas par crainte de représailles, ou ils considéraient que
la réponse aux questions était une perte de temps inutile.
Alors, on devait prendre lenfant au moment où il quitte son
lieu de travail ou lors temps de la pause. Ce nétait pas
non plus facile pour certains enfants de se livrer à un inconnu.
Et des fois, ils ignoraient quelques renseignements sur leurs parents,
leurs secteurs dactivités et autres renseignements techniques.
BEL
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