Ramifications internationales des attentats de Casablanca
Le Maghreb du terrorisme

La plupart des réseaux terroristes découverts à travers l’Europe ont une particularité commune: ils hébergent sans distinction des islamistes marocains, algériens, libyens et, dans une moindre mesure, tunisiens. Cet islamisme maghrébin est encadré militairement par des revenants de la guerre d’Afghanistan et idéologiquement par des oulémas généreusement arrosés par les gourous du wahhabisme.

Abdellatif El Azizi

 


• Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris.

 

La mosquée de Paris est prise d’une frénésie bien particulière ce samedi 24 mai. Il est exactement 16h20 quand une escouade d’agents de police renforcée d’une section de soldats fait irruption pour boucler toutes les portes de l’édifice. Quelques jeeps militaires sont placées de manière à bloquer les rues qui mènent à la mosquée. Paniqués, les rares touristes qui visitaient les lieux se précipitent vers la sortie. L’officier qui pénètre à l’intérieur du riad interne n’est pas très disert, mais un responsable de la gestion de l’édifice religieux nous confie sous couvert de l’anonymat que cette descente est liée aux derniers attentats qui ont secoué Casablanca le 16 mai dernier. Il semble que l’on recherche activement à remonter la connexion entre les islamistes marocains et leurs homologues algériens. On n’en saura pas plus, mais ce n’est pas la première fois que la mosquée de Paris se trouve au cœur de l’actualité du terrorisme. Passage obligé des islamistes maghrébins, la mosquée sert de point de ralliement en raison de l’anonymat qu’elle assure. C’est pour cela que ce lieu de culte musulman a souvent constitué un enjeu considérable pour les islamistes.

Découverte

Déjà en 1997, le réseau Kinai (Abdellah Kinai), qui travaillait pour Hassan Hattab, leader islamiste algérien, avait raté de très peu le recteur de la mosquée de Paris, jugé trop coopératif avec les «impies» français et leurs protégés algériens et marocains. A l’époque, deux Marocains, Mohamed El Koutoubi et Mounir Anouar, devaient se charger d'assassiner le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur.
Une année plus tard, en 1998, la découverte, presque simultanément en Italie et en Belgique, d'un groupe marocain qui s'est donné le nom de Groupe islamique combattant (GIC), avait alarmé les polices européennes quant à la réalité d’un terrorisme islamiste marocain reposant sur une organisation structurée. On ne sait pas encore s’il s’agit de la même structure que celle qu’on a nommé le «GIA marocain», ou encore Groupe salafiste combattant (GSC) dirigé à partir de Paris par un «Afghan» marocain vendeur de friperie.

Programme

Auparavant, en 1996, était lancé le bulletin clandestin Sada' el Maghreb (L'Echo du Maroc) du GIC, diffusé à partir de Londres et qui est associé à des cellules appartenant à Abou Koutada. Qui s’occupait également de la propagande anti-libyenne et anti-algérienne. Il diligentait notamment les publications clandestines du GIA, Ansar, et celle des Libyens, El Balagh. L’Echo du Maroc était une sorte de «manifeste» qui s’inspire des principes et de l’idéologie d'Al Qaïda, avec à la clé le djihad en tant qu'obligation pour tout musulman, le retour au «califat» et le terrorisme «contre le régime marocain».
Dans la foulée on retrouve la piste de l’attentat de l’hôtel Asni de Marrakech. A Marrakech, le 24 août 1994, deux hommes armés et cagoulés avaient tiré des coups de feu en l'air avant de prendre pour cible un petit groupe de touristes présent dans le hall de l'hôtel Atlas-Asni.
Deux Espagnols avaient été tués et une Française grièvement blessée. Le commando, composé de Stéphane Aït Idir, de Redouane Hammadi, Tarek Felah, trois beurs de la cité des 4000 à La Courneuve (Région parisienne) avait été arrêté. Avant d’être appréhendés, les terroristes avaient un programme bien chargé, ils devaient perpétrer au moins quatre actes terroristes au Maroc.

Front

A Marrakech, puis à Casablanca, Tanger et Fès. Chaque commando avait une mission bien précise: A Tanger, un groupe de terroristes devait se rendre sur la plage et tirer sur la foule des baigneurs; À Casablanca, deux Marocains, Mohamed Azil et Abderrazak Mountassir, aujourd'hui détenus en France, et un Algérien, Hamel Merzoug, condamné à mort à la prison de Kenitra, devaient s’attaquer à une synagogue; Et sur Fès, Abderrahmane Boujedli, avec deux de ses complices, avait pour mission d’assassiner un agent de police. Ces attentats, programmés simultanément, avaient été déjoués in extremis par les services marocains.
Mais, c’est la création en 1998 du Front islamique mondial du djihad contre les Croisés par les dirigeants d'Al Qaïda qui va fédérer les islamistes du Maghreb. Le FIMDC est une galaxie qui rassemble les islamistes du Maroc, d'Egypte, de Libye et d'Algérie.
La plupart des réseaux découverts à travers l’Europe ont une particularité commune: ils hébergent sans distinction des islamistes marocains, algériens ou libyens. Après la chasse à l’homme qui avait frappé le Mouvement de la révolution islamique au Maroc, beaucoup d’islamistes marocains sont allés rejoindre le maquis dans les réseaux du GSPC, après la débandade du GIA.
En novembre 1997, l’arrestation de quelques membres du GSPC naissant par la police française va permettre de mettre à jour d’étroites relations avec des intégristes marocains comme Saïd Masour, alias Abou Labane, ou Omar Marouf.
Quand une antenne du GIA avait été découverte en Belgique, on a également retrouvé dans le réseau de Farid Melouk, un Français d'origine algérienne et de nombreux Marocains. On retrouve ainsi Talbi Mohamed, alias Kaci Brahim, ou encore le Marocain de nationalité danoise Omar Marouf.


Nébuleuse

D’ailleurs, les réseaux terroristes maghrébins, dormants ou actifs, qui ont été régulièrement décapités par les services de police de nombreux pays de l'Europe de l'Ouest, sont constitués de ressortissants maghrébins originaires d’Algérie, du Maroc, de Libye, et beaucoup plus rarement de la Tunisie. Un des points communs de cette nébuleuse, c’est que la plupart des islamistes sont unis par une histoire commune où l’Afghanistan reste un passage obligé. D’une manière ou d’une autre, la mouvance islamiste maghrébine, qui a opté pour la guerre armée, est encadrée militairement par des chefs qui ont pour la plupart participé à la guerre en Afghanistan et idéologiquement par des oulémas arrosés à coups de valises remplies de dollars par les penseurs du wahhabisme.
Aujourd’hui, l’islamisme maghrébin est une réalité tangible. Les islamistes marocains mais également leurs confrères des autres pays maghrébins, et en particulier algériens se sont largement inspirés des thèses wahhabites. C’est pour cela qu’on aurait parfaitement tort de considérer que les attentats de Casablanca restent isolés.


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