Plaidoyer pour un ministère des mers
La maginalisation du maritime

Un ministère des Affaires maritimes est indispensable à une nation dont la vocation marine s’impose d’elle même, le Maroc étant doté de côtes s’étendant sur deux façades maritimes.

Abdelkader Timoule

 

• La mer , c’est la route...

 

Faisant suite à une rumeur persistante, certains organes de la presse nationale ont pronostiqué à leur tour un remaniement ministériel pour cet été et qui porterait sur le remplacement d’une dizaine de membres “défaillants” de l’équipe gouvernementale de M. Jettou.
En dehors d’autres considérations, fondées ou pas, ce remaniement intéresse autrement les professionnels de la mer, des amateurs de pêche et ceux de la marine marchande. Dépités, ils espèrent ardemment que cette fois-ci, le replatrâge technique en gestation du second gouvernement Jettou comporterait, un département spécifiquement maritime tant attendu, à savoir si la marine marchande, les ports et les pêches seraient placés sous la même tutelle ministérielle.
Cette vision “océanique” rendrait cohérente l’action générale en matière de politique maritime du Royaume, s’il décide enfin d’en avoir une.

Vision

De même qu’elle mettrait fin à l’inconcevable éparpillement des affaires maritimes, cause d’absence de coordination, ne permettant pas à l’État d’avoir une unité de vue sur les activités maritimes, de saisir d’un seul trait les problèmes qui les touchent et d’opérer les redressements qui s’imposent dans “sa frileuse politique maritime” qui aurait pu être légitimement des plus ambitieuses du continent.
Nous l’avons écrit à maintes reprises et au risque de nous répéter, les atouts maritimes du Royaume n’ont guère été mis à profit, le Maroc ne possède toujours pas une administration maritime au niveau du mouvement de son économie et de ses échanges par voie de mer et encore moins de ses ressources vivantes et minérales.
La disparition à terme d’une flotte marchande nationale, et avec elle, les rêves et les espoirs de centaines de jeunes officiers en formation polyvalente, est un désastre, aggravé par ailleurs par la gestion incohérente du patrimoine halieutique dont le département de tutelle semble trébucher sur d’invisibles obstacles…
Un ministère des Affaires maritimes est indispensable à une nation dont la vocation marine s’impose d’elle même, le Maroc étant doté de côtes s’étendant sur deux façades maritimes, pourvues d’un vaste espace marin riche en potentialités diverses.
Il est a regretter que nos hommes d’État, nos parlementaires, comme du reste l’opinion publique en général, soient dépourvus de l’idée exacte du rôle que peut jouer la mer dans le dynamisme et le rayonnement de notre pays.
Le Marocain est, avant tout, attaché à l’agriculture, aussi fait-on tout pour défendre et sauvegarder jalousement les intérêts toutefois aux seuls gros “terriens”.
On ne parle du marin, on ne s’occupe de ce brave citoyen que très vaguement, par ce qu’il est le plus souvent éloigné de son foyer et de la mère patrie.
Les pouvoirs publics et les partis politiques accordent, ces derniers temps, tout au plus une faible attention aux revendications de nos gens de mer navigateurs et pêcheurs, probablement par ce qu’ils prennent, depuis peu, part aux consultations électorales, curieusement de plus en plus nombreuses.
Concrètement, c’est à peine si on a augmenté les salaires de base des marins hauturiers et les armements ne sont guère favorisés, le secteur vit depuis une décennie dans un malaise résolument endémique, les professionels de la pêche se heurtent à une tutelle hermétique visiblement satisfaite de sa suffisance.
Quant à la marine marchande, désormais, cette direction aux structures faméliques, et faute de flotte de commerce conséquente, n’est plus qu’un générique, une administration sans prérogatives, en état de désolation avant disparition, inconsciemment programmée. Les pouvoirs publics laissent péricliter nos compagnies de navigation.

Désolation

Aucun effort sérieux n’est fait pour asseoir une politique rationnelle de nos énergies et de nos moyens d’action au profit de notre Marine de commerce, dont la réorganisation s’impose à bref délai, si l’on veut qu’elle puisse vivre encore, voire prospérer, si l’on veut sincèrement qu’elle puisse aider au redressement de notre balance commerciale et assurer convenablement le transport de nos exportations et importations.
Nous soutenons mal ou pas assez les louables efforts déployés par nos compagnies de navigation en matière d’investissements réputés lourdement capitalistiques. L’une d’entre elles et non des moindres, plus ou moins étatisée, est aux prises depuis des années avec les pires difficultés. L’heure est venue d’agir avec autant de promptitude que de méthode.
Comme il y a lieu d’harmoniser, de coordonner les activités portuaires avec les actions de la marine marchande en matières de politique de transport maritime, en général.
On se contente malheureusement d’en parler souvent, mais avec nos habitudes défectueuses de travail, la réalisation se fait attendre. Il convient de souligner que les besoins des transports maritimes coïncident pratiquement avec le commerce extérieur du Royaume puisqu’ils couvrent depuis des années jusqu’à 98% de celui-ci en tonnage et 96% en valeur. La dépense nationale de fret représente 10% de la valeur CAF des diverses marchandises transportées. On devra noter que notre facture dans le transport par pavillon étranger s’élève annuellement à plus de 15 milliards de Dh en devises.
C’est dire l’importance du transport maritime qui, de ce fait, est déterminant dans une économie comme celle du Maroc qui se veut exportatrice (nos exportations représentent plus de 14% de notre PIB).
La maîtrise du transport maritime par le pavillon étranger peut se traduire également par une réelle domination économique dès lors que le prix de l’acheminement est un élément important du prix de vente : il peut orienter ou désorienter complètement le marché.
Dans sa Genèse de l’Impérialisme anglais, le grand économiste Belge Léon Hennebicq a dit fort justement : “La mer c’est la route ; la route c’est l’échange ; l’échange c’est la richesse ; la richesse c’est l’influence partout répandue, la puissance et le rayonnement de l’Etat”.

Réveil

Ainsi, on constate que non seulement la balance des paiements peut être touchée par les effets du transport maritime, mais sans nul doute toute l’économie d’un pays.
L’absence de la moindre vision océanique d’un pôle maritime où résident les principales forces économique de la mer fait perdre au trésor marocain l’équivalent de milliards de dirhams en devises aussi bien dans l’industrie des pêches que celle des transports maritimes.
Cette situation alarmante à totalement échappé aux décideurs lors de la formation de l’actuel gouvernement sur lequel les professionnels de la mer, toutes sensibilités politiques confondues, ont fondu de grands espoirs, en vain.
Le but de ce constat n’est pas tant de dresser la liste exhaustive des griefs à l’encontre des actions présentes du gouvernement de Driss Jettou mais de reformuler une fois encore le vœu d’un réveil de la conscience nationale à l’impératif d’une véritable stratégie de développement, des affaires maritimes en moulant les différents intervenants dans un seul organe unifié, regroupant l’ensemble des attributions ayant trait à la mer, par la création d’un département ministériel spécifiquement marin, un ministère de l’Économie maritime, par exemple, comblerait sans nul doute une faille aussi béante qu’inacceptable dans les structures socio-économiques du pays.

 

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