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Les lecteurs
marocains du journal français Le Monde devront attendre un peu
pour lacheter à 5 dirhams. La direction du quotidien parisien,
et à sa tête Jean-Marie Colombani, a décidé
de reporter la cérémonie de lancement de limpression
de ce journal au Maroc. La rencontre, qui devait avoir lieu le 14 avril
2003, a été reportée à des jours meilleurs.
Du côté du Monde, on explique que cette décision a
été motivée par le fait que le décret
dapplication na pas encore été publié
par le gouvernement marocain". Le ministre de la Communication, Nabil
Benabdallah, avait, quant à lui, adressé une lettre à
Ecoprint, censée imprimer Le Monde pour lui signifier que laffaire
Le Monde est en cours dexamen.
Dans les coulisses, on parle de susceptibilités politiques quil
faudrait apaiser, alors que de nombreux observateurs avancent que le retard
est dû à la volonté du gouvernement de ne pas faire
de jaloux parce que le gouvernement aurait reçu en même
temps de nombreuses demandes dimpression au Maroc de journaux étrangers".
On parle de quatre publications, dont le palestinien Al Qods Al Arabi
et le français Le Journal Du Dimanche.
Jaloux
En tout
cas, lannonce de la décision dimprimer Le Monde au
Maroc a provoqué dans le monde de la presse de vives réactions.
Elle a suscité l'exaspération de quelques patrons de presse.
Cest un communiqué de la Fédération marocaine
des Editeurs de Journaux (FMEJ) publié à la suite de la
réunion de son bureau, il y a deux semaines de cela, à Casablanca
qui va mettre le feu aux poudres. La Fédération marocaine
des Editeurs de Journaux, qui considère que l'impression au Maroc
de journaux étrangers, dont le quotidien français Le Monde,
s'inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre du principe de la libre circulation
des idées et des écrits, précise que le quotidien
parisien sera imprimé au Maroc à partir du 14 avril courant.
L'édition marocaine sera diffusée en même temps que
celle de Paris.
Il sagit de la même édition qui sera vendue au modeste
prix de 5 dhs le numéro.
Exception
Un prix
qui semble déranger au point que daucuns ont crié
au dumping et à lasphyxie de la presse locale. Dans un éditorial
torride, Fahd Yata, le directeur de La Nouvelle Tribune, invoque lexception
culturelle et la nécessité dune mise à niveau
de la presse locale avant de donner le feu vert à des publications
étrangères pour être imprimées au Maroc.
Plus que lexception culturelle, Le Monde ne serait pas particulièrement
le bienvenu dans un pays quil na jamais ménagé
dans ces critiques. Le journaliste rappelle que les différentes
équipes dirigeantes de ce titre parisien ont souvent été
en relation avec certains des cercles les plus influents du pays. De nombreux
contacts ont été noués, des promesses faites, des
assurances et garanties orales offertes, mais Le Monde a toujours fini
par rompre les ententes ainsi conclues, au profit de lAlgérie,
dune frange de lopposition, voire de quelques trublions passablement
agités et provocateurs
".
La référence est claire. Le Monde aurait à plusieurs
reprises abusé de lhospitalité du gouvernement marocain,
puisquil aurait commis plusieurs impairs, tels que louvrage
de Jean-Pierre Tuquoi, Le dernier Roi.
Pour dautres professionnels de la presse, comme Kamal Lahlou, le
patron de La Gazette du Maroc, laffaire se résume à
une question de gros sous.
Dans son dernier numéro, lhebdomadaire casablancais sinterroge
sur les dessous dune affaire qui est dabord une affaire de
concurrence et surtout de survie. Limpression du Monde au
Maroc est une asphyxie programmée qui va à lencontre
de lintérêt de la presse nationale".
Si le prix de vente, fixé à 5 dhs, est un motif dinquiétude
suffisant, cest surtout la question de la publicité qui inquiète
le plus. Les prix des insertions publicitaires que propose Le Monde défieraient
toute concurrence. Larticle de La Gazette, qui nest pas particulièrement
tendre avec la Fédération des Editeurs Marocains précise
que malgré lassurance de la Fédération que
Le Monde ne sintéressera pas au marché national,
puisquune page de publicité en France coûte environ
40 millions, les chiffres varieraient en réalité entre 25.000,00
DH (pour le noir-blanc) et 35.000,00 DH (pour les pages en couleurs).
Du côté du distributeur, la stupeur le dispute à létonnement.
Pour Mohamed Berrada, directeur de Sapress, la décision dimprimer
Le Monde au Maroc devrait en principe arranger un peu tout le monde: le
quotidien parisien, qui pourrait espérer augmenter ses ventes (3.500
exemplaires par jour actuellement); et, du côté marocain,
cela nous ferait une économie de devises importante, sans oublier
la consommation du papier, les emplois, etc."
Mais, dune manière générale, certains journalistes
ont accueilli linformation avec satisfaction. Ils estiment que cette
impression favoriserait une émulation et une concurrence qui ne
peut être que bénéfiques .
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Maroc:
la presse étrangère en liberté surveillée
La distribution
de presse étrangère au Maroc est exemplaire. Il nexiste
pratiquement pas de journal qui ne soit pas distribué au Maroc.
Cette liberté illustre les contradictions dun pays qui pratique
toujours la censure.
Depuis lindépendance, et même après la mort
de Hassan II, la presse étrangère est étroitement
contrôlée par lEtat. Les journaux étrangers,
comme Le Monde ou Jeune Afrique, ont croisé allègrement,
et plus dune fois, le fer avec les autorités marocaines.
Dès quun article critique était publié dans
un journal étranger, le couperet de la censure sabattait
inexorablement. Les écarts de la presse sont de plus en plus sévèrement
réprimés. Le Monde comme Le Canard enchaîné
ont connu plusieurs traversées du désert, qui se sont souvent
avérées plus longues que prévu.
La censure continue de frapper régulièrement la presse étrangère,
et ce dans de telles proportions que, le 6 septembre 2001, l'organisation
Reporters Sans Frontières avait adressé une lettre de protestation
au ministre marocain de la Culture et de la Communication de lépoque,
Mohammed Achaari, pour se plaindre de ce que chaque fois qu'un journal
étranger publie un article qui déplaît au gouvernement
marocain, il est interdit".
Comme souvent, la presse étrangère peut gêner, le
gouvernement aujourdhui évite de pratiquer la censure directe.
En effet, il suffit de retarder la distribution, de créer quelques
difficultés dordre technique, pour faire comprendre à
léditeur quil a failli. Malgré ces restrictions,
la lecture de la presse étrangère, francophone surtout,
reste très ancrée dans les murs dune certaine
frange de la population marocaine.
AEA
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