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Ce n'est
pas une rumeur. Vérification faite, Miloud Chaâbi a bel et
bien quitté l'Istiqlal. Il a même pris soin d'adresser une
lettre dans ce sens à Abbas El Fassi. La nouvelle a fait le tour
des rédactions et du microcosme politique. Une information qui
pouvait être banale, vu le nomadisme, les exclusions et la scissionite
qu'ont toujours connus les partis politiques marocains. Après tout,
pouvait-on dire, Miloud Chaâbi est d'abord un entrepreneur qui,
voulant faire de la politique, n'a pas trouvé parti à sa
pointure; en l'occurrence l'Istiqlal. D'autres entrepreneurs, avant lui,
ont vécu la même situation dans les partis où ils
se sont politiquement domiciliés.
Seulement voilà, Miloud Chaâbi n'est pas un entrepreneur
comme les autres. Et l'Istiqlal n'est pas le parti que l'on quitte facilement,
surtout lorsqu'on a la stature d'un Haj Miloud. La relation de l'Istiqlal
à ses adhérents de marque, relève, un peu, du mariage
catholique, expression chère à Allal El Fassi.
Stature
La maison
Istiqlal, depuis la grande séparation, en 1959, avec les amis de
Mehdi Ben Barka, Abderrahim Bouabid et Abdallah Ibrahim, s'est distinguée
par une grande stabilité interne qui confine, selon certains contestataires,
à une forme de sclérose. Miloud Chaâbi se serait-il
inscrit dans cette contestation au point d'en arriver à la rupture?
Interrogé sur les raisons de sa démission, Haj Miloud s'est
contenté de confirmer. Sans plus. Je ne veux pas, a-t-il
dit, gêner Abbas El Fassi, à la veille du congrès
de l'Istiqlal. Je ne veux pas non plus que cette démission, qui
est un acte personnel et mûrement réfléchi, soit perçue
comme une éventuelle intrusion dans les préparatifs de ce
congrès". Cette marque de scrupule est à l'honneur
de l'homme. Sauf qu'elle incite à en savoir plus.
Miloud Chaâbi n'est plus à présenter. En tant qu'entrepreneur,
son groupe, une sorte de cogérance verticale, parfaitement intégré,
couvre tous les segments du bâtiment et des travaux publics; en
plus de quelques incursions solides dans d'autres domaines, telle la fibre
optique et les batteries automobiles. Ses investissements dans le Monde
Arabe et en Afrique se chiffrent en milliards. Au Maroc, Miloud Chaâbi
emploie des milliers de travailleurs, à Marrakech, à Casablanca,
et surtout à Kenitra et à Essaouira.
À Essaouira, il est le principal animateur économique et
quasiment l'unique pourvoyeur de travail. À une dizaine de kilomètres
de la ville au vent, c'est carrément une ville-bis, Essaouira Al
Jadida, qui sort progressivement d'un terrain vague impropre à
la culture. Un chantier pharaonique.
Pourvoyeur
Aux dernières
élections législatives, il est passé haut la main
en s'offrant le luxe de faire élire son second sur une liste Istiqlal.
Un fait électoral rarissime dans un scrutin où seules les
têtes de listes ont eu les honneurs de la députation. "Patron
éclairé", Haj Miloud fait aussi dans un mécénat
sélectif et efficace, particulièrement à Essaouira,
où le niveau de vie est l'un des plus bas du Maroc.
À la limite, on peut penser que Miloud Chaâbi n'avait pas
besoin d'engagement politique pour y trouver une quelconque affirmation
de soi, encore moins de parapluie partisan pour un éventuel faire-valoir.
L'ego politique de Miloud Chaâbi est d'abord dans son statut d'opérateur
économique réellement entreprenant et prospère. Ceci
pour dire que l'Istiqlal a plus besoin de lui qu'il n'a, lui, besoin de
l'Istiqlal.
Dans le Gharb, chez les Chiadma et les Haha, le label" Miloud
Chaâbi a plus de résonance que le sigle de l'istiqlal. À
la veille d'un congrès qui s'annonce aussi problématique
qu'incertain, et à quelques mois des communales, ni Abbas El Fassi,
ni son parti n'avaient besoin de cette défection.
Aux élections de proximité", prévues pour
juin 2003, l'absence de Miloud Chaâbi se fera durement sentir. D'autant
que celui-ci était, à juste titre, considéré
comme le prolongement du courant islamiste au sein de l'Istiqlal. Il pouvait
être le pendant istiqlalien d'un PJD que tous les pronostiqueurs
donnent largement favori aux prochaines communales.
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