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Maroc Hebdo International: Linauguration du port maritime de Nador,
le lancement imminent des travaux du port de Tanger-Méditerranée,
une actualité riche en activités portuaires qui doit certainement
intéresser de très près les armateurs?
- Mohamed Karia: Ecoutez, les chiffres parlent deux-mêmes;
aujourdhui, le port de Casablanca fait entre 10 et 13 % du trafic.
Malgré son extension, dans les cinq années à venir,
ce port sera saturé.
MHI: On est quand même loin de la Méditerranée
- Mohamed Karia: Au contraire, nous sommes ravis de constater quon
a finalement retenu loption du port sur la Méditerranée.
Cest par la Méditerranée que transite le gros du trafic.
En face de nous, le port dAlgésiras a manipulé 23,6%
des conteneurs de transbordement qui ont transité par la Méditerranée
pendant lannée 2000. Lactivité de transbordement
a représenté 32,5% de la totalité des mouvements
de conteneurs en Méditerranée. Ces chiffres confirment la
grande importance quest en train dacquérir cette zone
pour les grands transporteurs océaniques qui relient les centres
de production de lExtrême-Orient avec les marchés mondiaux.
Le projet du nouveau port de Tanger-Méditerranée est appelé
à devenir un complexe portuaire de renom puisquil sera conçu
en eaux profondes à l'intersection des principales routes maritimes
nord-sud et est-ouest. Le port sera aménagé de manière
à développer des activités principales, à
savoir le trafic déclatement de conteneurs, le transit et
lexportation des produits manufacturés expédiés
par conteneurs, le transport des passagers. Le port devrait comprendre
des ouvrages de protection contre les houles, des postes à quai,
des terres-pleins, une zone à accès contrôlé
et une gare maritime pour laccueil des passagers et des véhicules,
des postes à quai pour les services de remorquage et de pilotage,
des services à terre de mécanique, de réparation
navale, etc.
MHI: Les Espagnols ne voient pas dun bon il la construction
de ce port?
Mohamed Karia: Cest normal, ce port va prendre en charge tous les
passagers qui transitaient jusquà présent par Sebta.
De plus, avec lévolution rapide des moyens de transports,
la traversée va se réduire de 30 à 45 minutes. Sans
oublier les activités de transbordement qui font partie des principales
rentrées financières non seulement du port dAlgésiras,
mais également de nombreux ports situés sur la Méditerranée.
Sans oublier la zone franche, qui sera située dans la bande comprise
entre Sebta et Fnideq et concentrée autour dactivités
liées aux transactions commerciales internationales.
MHI: Et vos rapports avec ladministration de tutelle?
- Mohamed Karia: Cest vrai quil y a encore quelques petits
problèmes au niveau de la Marine marchande, mais là, je
crois quil y a un manque deffectif flagrant, notamment au
niveau des inspecteurs, et puis, il faudrait un peu clarifier les responsabilités
respectives de chacun des intervenants. Vous savez, il y a un accord entre
le Maroc et lEurope pour libéraliser les prestations portuaires
en 2008. Mais, auparavant, il est convenu que cette libéralisation
ne pourrait avoir lieu quaprès de multiples consultations.
Mais, force est de constater que lintérêt que porte
le ministre aux activités portuaires et aux problèmes de
la marine marchande, en général, témoigne de l'engagement
du gouvernement à moderniser le cadre législatif du transport
maritime et à promouvoir la croissance économique de cette
industrie. Le nouveau ministre nhésite dailleurs pas
à mener des consultations auprès d'un large éventail
d'intervenants du secteur maritime. Je pense quil essaie de mettre
sur pied un partenariat efficace avec ces intervenants.
MHI: Est-ce que vos rapports avec lODEP ont été
pacifiés?
- Mohamed Karia: Ecoutez, à chaque fois quun nouveau directeur
arrive, il faut du temps pour mieux se connaître; aujourdhui,
je pense que les choses sont bien huilées et, dailleurs,
je peux dire que loffice répond rapidement aux demandes des
opérateurs. Nous avons eu plusieurs rencontres, dont la dernière
date du 16 janvier 2003.
MHI: Pendant longtemps, la douane a constitué une véritable
épine dans le pied, aussi bien au niveau des importateurs et exportateurs,
quà celui des armateurs
- Mohamed Karia: Tout cela appartient aujourdhui au passé,
de lavis même de tous les opérateurs, quils soient
marocains ou étrangers, les services de la douane aujourdhui
nont rien à envier aux services européens. Dailleurs,
on ne peut parler de la douane sans évoquer le travail formidable
effectué par Abderrazzak Mossadeq. La douane a élaboré
des règlements concis et simples qui tournent le dos aux dispositions
archaïques. Elle a mis en application un règlement qui a fortement
contribué au rendement économique de l'industrie maritime,
tout en assurant la sécurité en tant que priorité.
MHI: Justement, beaucoup darmateurs se plaignent du manque
de sécurité.
- Mohamed Karia: Ce que je peux vous assurer, cest que le seul gros
problème auquel nous sommes confrontés aujourdhui,
cest celui des clandestins. Cest vrai quau niveau du
port, la surveillance est sévère, mais que dire des exportateurs
dont les camions doivent traverser la ville de Casablanca? Les clandestins
nhésitent pas à sattaquer aux camions dans les
carrefours. Ce qui a poussé certains transporteurs à faire
escorter leurs camions. Le problème, cest que, de lautre
côté, en Europe, les autorités sont très sévères,
la moindre complaisance peut valoir à larmateur une amende
des plus salées.
MHI: Comment se fait-il quune petite poignée darmateurs
marocains seulement opère dans ce secteur?
- Mohamed Karia: Près de 90% du trafic est réalisé
par le pavillon étranger alors que la flotte nationale, tous armateurs
réunis, arrive juste à couvrir seulement 10 % de ce trafic.
Une situation déplorable dans un pays où les initiatives
ne manquent pourtant pas. Or, des services de transport maritime efficaces
revêtent une importance cruciale pour léconomie du
pays. Noublions pas que les aspects économiques, opérationnels
et commerciaux des transports maritimes intéressent directement
léconomie du pays. Il est inadmissible quun armateur
qui cherche un crédit auprès des banques soit obligé
de le payer à 8,5%, alors quil est de 4% ailleurs. Le secteur
a besoin de mesures dencouragement réelles.
MHI: En tant que professionnel, vous avez bien une idée
sur les mesures à prendre pour favoriser lessor du secteur?
- Mohamed Karia: Il faut tout dabord concevoir une réglementation
adaptée aux technologies, en rapide évolution, et inviter
les intervenants à participer à des discussions constructives;
permettre à toutes les parties concernées d'être entendues
au tout début du processus de réforme; informer les cadres
de ladministration des besoins et des préoccupations des
intervenants. Il ne faut surtout pas avoir peur de la libéralisation
du secteur qui savère aujourdhui inéluctable.
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