Le général Khaled Nezzar, l’homme qui fait et défait les présidents algériens. Profil
Le parcours de tous les dangers

 


• Khalid Nezzar en compagnie de président Chadli Benjedid.

 

Issu d'une famille pauvre de Seriana, à une vingtaine de kilomètres de Biskra au sud du pays chaoui, Khaled Nezzar est né le 27 décembre 1937. Fils d’un militaire de carrière de l’armée française, il fréquente l’école publique et la medersa (école coranique) avant d’être enrôlé à l'école des enfants de troupe, à Koléa. Khaled Nezzar rejoint l'école militaire de Strasbourg puis St-Maixent, qui forme des sous-officiers. Affecté au régiment des tirailleurs en Allemagne, avec le grade de sous-lieutenant, il déserte en avril 1958.
Nezzar devient instructeur de l’Armée de libération, notamment à l'École des cadres, un centre de formation pour les recrues de l’ALN à la frontière algéro-tunisienne. Il est ensuite nommé adjoint au colonel Chadli Benjedid, l'un des chefs militaires de la base de l'Est, à Ghardimaou. À l’indépendance, en 1962, il devient responsable militaire à Alger puis gravit rapidement les échelons.

Mutation

Il est envoyé à l’École d'état-major de Frounzee, à Moscou (64-65). En 1966, il prend la tête de la 2e brigade d'infanterie motorisée dans le Sahara. En 1971, il est chargé de mettre sur pied, avec des experts soviétiques, la première école de para-commandos à Biskra. Il fait l’École de guerre de Paris (75-76) et rejoint Tindouf, à l’extrême sud, sans terminer ses études.Après la mort de Boumediene, il est muté par Chadli Bendjedid dans le Constatinois, et n’est plus concerné par le dossier du Polisario. Il en gardera une forte rancune à l'encontre du président qui tente un rapprochement avec le Roi du Maroc. Il est, tour à tour, adjoint au chef d’état-major (84), chef des forces terrestres (86) puis chef d’état-major. Lorsque l’armée tire sur des émeutiers, en octobre 1988, il dirige l’état de siège, et dément, quelques années plus tard, le chiffre de 500 morts en faisant l’impasse sur la torture qui a été pratiquée à une large échelle.
Un mois après le raz-de-marée du FIS aux élections locales, en juillet 1990, Khaled Nezzar obtient le portefeuille de la Défense au sein du gouvernement Hamrouche, un poste réservé depuis 1965 au président de la république. Il devient alors l’homme de toutes les décisions au sein du pouvoir. En décembre, il met sur pied une commission composée de généraux influents qui est chargée de contrer l’avancée du Front islamique du salut. Lors de la grève générale du FIS décrétée en juin 1991, il joue un rôle important pour limoger le réformateur Mouloud Hamrouche, -envers lequel il manifeste ouvertement son inimitié-, et le fait remplacer par Sid-Ahmed Ghozali.
L’accalmie ne dure pas.
Le Fis remporte les élections législatives en décembre, et c’est encore Nezzar, cette fois appuyé par de nombreux officiers et le général Larbi Belkheir qui pousse le président Chadli vers la sortie, avant de participer au Haut comité d’Etat, une présidence collégiale dirigée par Mohamed Boudiaf. Le général restera membre du HCE après l’assassinat de Boudiaf, en juin 92.
Février 1993, les assassinats politiques font rage à Alger, et le ministre de la Défense est victime d’un attentat à la voiture piégée à El Biar, sur les hauteurs d’Alger. Une opération visiblement préparée par des professionnels. Cinq mois plus tard, il cède son portefeuille de la Défense à Liamine Zeroual, et le général Mohamed Lamari remplace Abdelmalek Guenaizia à l’état-major de l’ANP. Khaled Nezzar avouera plus tard, dans ses “mémoires", avoir voulu laisser derrière lui un “état-major fort", - comprendre qui lui est entièrement acquis- en entourant Lamari d’hommes de confiance.

Mémoires

Liamine Zeroual est coopté par l’armée à la Conférence nationale de février 1994 et devient président de l’Etat. Khaled Nezzar se retire alors de la vie politique, mais reste très actif: à l’état-major ou aux services secrets, deux camps rivaux, et au sein des régions militaires, il a ses relais, dans le monde des affaires et de la politique, il reste très écouté, et peut arbitrer des conflits.
À l’automne 2000, le général en retraite publie ses mémoires, et justifie les grandes positions de l’armée depuis trente ans : coups d’État, nominations, passivité face aux massacres (l’armée n’était pas en mesure de riposter) et distribue blâmes et bons points.
En juillet 2000, il crée une société, au capital de 6 millions de dinars (500 000 FF) avec trois de ses enfants. L’entreprise, Soft Link Com, est spécialisée dans l’Internet, un marché encore vierge en Algérie.

(Algeria Interface)

 

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