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Grâce
à une remise en question continue et un apprentissage arJilali
Ferhati aime le cinéma. Le cinéma le lui rend bien. Durant
toute sa carrière, le réalisateur marocain, installé
depuis de longues années à Tanger, a su simposer et
imposer son style. Il est tout le temps à la recherche didées
originales, de bases nouvelles pour un nouveau départ, une expérience
plus enrichissante.tistiquement ouvert sur toutes les formes de lart,
M. Ferhati a pu sans cesse se renouveler sans jamais tomber dans la répétition,
ce mal du cinéma national qui freine son élan et le plonge
parfois dans une morosité inextricable.
Aujourdhui, Jilali Ferhati est sans conteste le réalisateur
le plus respecté de ses confrères.
Cohérent dans son style, ce natif de Tanger, en 1948, et père
dune charmante fille (il a perdu son autre enfant dans un accident
de voiture en compagnie de son père et de sa sur), enchaîne
les projets dans un souci artistique très soigné.
Il veut faire du cinéma, se donne le temps pour préparer
ses projets et cherche une satisfaction personnelle, conditionnée
plus que jamais par le respect du public. Son objectif est de véhiculer
un produit cinématographique de qualité. Il y a un public
pour tout, et pour les navets et pour les films pensés dans un
souci artistique. Le parcours de ce sociologue de formation est sans doute
le plus régulier.
Passion
Point de
secrets. Le septième art est toute la passion de lhomme.
Son travail et son gagne-pain, à la fois, mais aussi sa raison
de vivre, à côté de sa petite famille quil chérit
encore plus. Il ne fait pas pour autant du cinéma une source denrichissement.
Jilali Ferhati vit décemment, sans chiche, ni extravagance.
Ferhati demande de largent pour faire des films, et non des films
pour avoir de largent. Toute la différence est là.
Lannée dernière, son scénario refusé,
parmi tant dautres, il était le seul à réagir,
non sans dépit, sereinement. Lessentiel pour lui était
de revoir vite fait son travail pour retrouver le chemin des plateaux
de tournages. Son vu exaucé, il reprend ses activités
de plus belle, et relance lécriture de son scénario.
Le film prend du retard. Le cinéaste veut se donner le temps de
faire son film.
Une réflexion, une idée originale, qui revient sur les années
de plomb, à sa manière, comme ce fut le cas à chaque
fois quil sattaquait à des sujets aussi sensibles et
dactualité.
En artiste sociologue, il questionne la mémoire, la cerne dans
sa complexité, contourne les raisons postiches de la réapparition
subite de lhistoire et va en profondeur à la recherche du
catalyseur responsable de la survenue de ce flot de souvenirs.
Reconnaissance
Méthodologique,
il lest aussi dans toutes les analyses quil fait du cinéma
national. Son discours est cohérent, son argument est solide. Ferhati
est linterlocuteur préféré des critiques de
cinéma et des journalistes. Cest leur préféré,
sur une liste englobant des vétérans, des jeunes et des
apprentis.
Rarement on a vu nos critiques aussi unanimes sur la personne dun
homme du domaine. Son intégrité et son humilité sont
mises en avant et son côté «artiste» est estimé
à sa juste valeur.
Seulement, ses films ne plaisent pas à tout le monde. Le côté
«trop artiste» dérange quelques-uns, alors que dautres
apprécient sa teneur. Il arrive par moments, que ce souci artistique
lemporte sur toutes les autres considérations. Comme ce fut
le cas à maintes reprises. Dabord, à Rabat, lors du
festival national du film, où il remporte le prix de la meilleure
réalisation pour Poupées de roseau, ensuite en 1992, à
la biennale des cinémas arabes à Paris, qui lui attribue
le grand prix de lIMA et, enfin, à loccasion de la
troisième édition du festival national du cinéma,
où il reçoit le prix de la presse nationale pour La Plage
des enfants perdus, réalisé 1991.
Une belle reconnaissance pour une carrière qui démarre en
1977 par un premier long-métrage, Une brèche dans le mur,
et qui multiplie les réalisations par la suite: Poupées
de roseau (1981), La Plage des enfants perdus, en 1991, Chevaux de fortune,
en 1995 et Tresses, en 2000.
Les jeunes réalisateurs qui ont eu la chance de le côtoyer
dans son travail ont beaucoup apprécié ses méthodes.
Jai eu une belle expérience avec ce grand monsieur
du cinéma marocain. Etre son assistant est synonyme dapprentissage,
confiait Noureddine Lakhmari, jeune réalisateur marocain qui se
prépare à tourner la deuxième partie de son premier
long-métrage, Le Retour.
Idem pour ses anciens confrères à Médi I, où
il a occupé le poste de chargé dantenne. À
son contact, on a appris la rigueur, mais on sest surtout régalé
de son humour décoiffant. Dommage que ses capacités
humoristiques napparaissent jamais dans ses films, confie
un ancien collègue de Médi I.
Réalité
Depuis quil
a quitté la radio de Tanger, il sest complètement
consacré à son nouvel univers. Aujourdhui, le réalisateur
médite sur les années de plomb pour constituer lossature
de Les Aveux dun père, le film quil commencera à
tourner cette année.
Je suis en plein dans la réalité tout en respectant
le monde de la fiction, sa part de fantaisie, sa magie
Jessaye
dinterroger la mémoire de ces gens: qui les a accompagnés,
leur a fait défaut, ou tout simplement qui a été
banni par ces propres personnes?, expliquait Jilali Ferhati.
Le réalisateur opère sans clichés. Il part à
la recherche de linformation quil espère véhiculer
avec le respect dû aux vies qui ont été sacrifiées
ou à ceux qui ont perdu leur dignité dans les geôles
marocaines.
Sa nouvelle fiction sera doublée de faits historiques.
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