Les risques sismiques au Maroc
Un dispositif de veille insuffisant

Les secousses sismiques que connait le Maroc de temps à autre suscitent
l’inquiétude. Et si les Marocains étaient assis sur un volcan? Où sont les régions à risque? La terrible tragédie d’Agadir de 1960 est encore dans les mémoires.

Abdellali Darif Alaoui

 


Le tremblement de terre d’Agadir a fait 15.000 morts en 1960.

 

10.000 secousses. C’est le nombre de séismes qu’a connus le Maroc durant le XXème siècle. Ce chiffre serait 3 à 4 fois supérieur si le réseau de détection était étoffé. Le 18 février 2003, Une secousse tellurique d'une magnitude de 4,3 degrés sur l'échelle ouverte de Richter a été enregistrée mardi en début d'après-midi à Al Hoceima rapprote le Centre national pour la recherche scientifique et technique. L'épicentre de la secousse, survenue à 13h09mn39sec, se situe au large d'Al Hoceima, précise la même source. Ce séisme a été a été ressenti par les habitants des différents quartiers de Nador.
Les deux précédents tremblements qui ont eu lieu fin 2002 à Tanger et à Marrakech auront fait plus de peur que de mal, bien que l’onde du séisme ait été ressentie à des kilomètres à la ronde.
L’inquiétude suscitée par les séismes qu’a connus le Maroc durant la dernière décennie pose, à juste titre, la question suivante: Notre pays est-il situé dans une région à forte activité sismique?

Repères

Selon le Dr Taj-Eddine Cherkaoui, géophysicien-sismologue et professeur à l’Université Mohammed V de Rabat, “les séismes sont surtout concentrés dans la chaîne atlassique et dans la région d’Al Hoceima, qui est la plus active”. Selon la carte sismique dressée par l’institut scientifique de Rabat, les régions les plus exposées sont celles situées dans l’axe Agadir-Nord d’Essaouira, dans la région d’Erfoud-Rissani et d’Al Hoceima.
La région d’Agadir figure en tête de la liste des régions à risque. Quant à celle d’Al Hoceima-Nador, elle connaît 100 secousses en moyenne par an.
L’axe Casablanca-Kénitra, vivier économique du Maroc, “n’est pas une région à sismicité forte. Et s’il y a un risque, il ne pourra l’être que par rapport aux séismes océaniques”. Autrement dit, les secousses qui se produisent au large de la côte atlantique pourraient engendrer un raz-de-marée dévastateur, appelé Tsunami. Des phénomènes similaires ont permis d’enregistrer des vagues de plus de 17 mètres de hauteur. Quant aux régions qui n’ont pas beaucoup d’activité sismique, elles sont situées surtout dans l’Oriental, la région située au Sud de Marrakech et le Sahara. L’écorce terrestre est composée de plusieurs plaques qui, en se rapprochant ou en s’écartant tendent vers leur seuil de rupture. Une fois ce seuil atteint, elles peuvent se déplacer ou céder en engendrant un tremblement de terre. Plus la faille créée est importante, plus le séisme est violent.

Recul

Ce dernier est généralement accompagné dans les heures ou les jours qui suivent de répliques. L’énergie du catclysme se propage sous forme d’ondes sismiques à travers l’écorce terrestre. Au Maroc, les séismes sont surtout continentaux, mais il n’empêche que les séismes les plus meurtriers se sont produits dans le golfe ibéro marocain.
Il a été l’un des premiers pays dans le Maghreb à s’intéresser au phénomène des tremblements de terre. Il a même formé plusieurs experts arabes dans ce domaine. La première station de détection sismique a été installée en 1937 à Berrechid. L’institut scientifique a pu ainsi tisser un réseau de 18 stations identiques à travers le territoire vers le début des années 80. Aujourd’hui, il n’en reste que cinq en service à Ifrane, Berrechid, Tiouine, près de Ouarzazat, Tafourart et Tétouan. Sans oublier que ces réseaux se révèlent vétustes en comparaison avec ce qui se fait actuellement de par le monde.
Depuis le début des années 90, la création du Centre national de recherche scientifique et technique (CNRST) a permis de renforcer ce dispositif de veille avec 13 stations de détection fonctionnelles sur les 20 dont il dispose. Le Pr. Ben Aïssa Tadili, géophysicien-sismologue et membre du département de physique du globe à l’Université Mohammed V à rabat, note que “le réseau actuel est surtout concentré dans le nord du Maroc. C’est pour cela que la plupart des données concernent cette région, par contre les petits séismes qui se produisent dans le Sud ne sont pas détectés de façon fiable”.
Confrontés à cette réalité, les chercheurs marocains sont ainsi obligés de consulter les sites internet d’universités et d’organismes étrangers, pour savoir ce qui se passe au Maroc. Le comble dans un pays qui avait plusieurs longueurs d’avance sur plusieurs pays du pourtour méditerranéen. Les informations concernant le tremblement de terre qui s’est produit le 28 juin 2001à Rabat étaient disponibles sur le site internet d’une université strabourgeoise 5 minutes après qu’il se soit produit.
Au Maroc, la logique sécuritaire et la peur de provoquer une panique générale, ont toujours poussé les décideurs à opter pour une approche politique, où l’aspect scientifique est relégué au second plan. “Le problème des séismes est lié à la sécurité. C’est un problème délicat. Vers le début des années 80, le Maroc avait le meilleur réseau de sismographes dans le bassin méditerranéen et maintenant aussi bien l’équipement que l’acquisition des données se sont dégradés”, déplore Dr. Cherkaoui. Même le CNRST n’a pu prêter main-forte à l’Institut scientifique puisque seulement 30% de son matériel sont fonctionnels.

Répliques

La démarche adoptée par les autorités a d’ailleurs vite fait de montrer ses limites. Le vendredi 23 octobre 1992, après le premier séisme qui a touché la région de Rissani, les citoyens avaient quitté leurs maisons pour s’abriter à côté des édifices qui pouvaient à tout moment s’effondrer sur eux. Quelques jours après avoir regagné leurs habitations, la terre tremble de nouveau le 30 octobre. Un vendredi aussi.
La rumeur fait monter en épingle une croyance selon laquelle, le prochain vendredi sera celui du jugement dernier. Et pour cause, quand il n’y a pas d’information, c’est la rumeur avec toutes les catastrophismes qu’elle peut engendrer, qui prend la relève. “Les gens n’ont aucune confiance dans les autorités. Il y a un grand déficit d’information. Nous avons tenu des réunions avec les citoyens pour leur expliquer que ces phénomènes peuvent être prévus”, constate Pr. Tadili.

Epicentre

Malgré les efforts des autorités pour rassurer la population, seulement 50% rentre chez elle. Ce n’est que le samedi qu’ils se sont sentis hors d’atteinte.
À Al Hoceima, une autre anecdote est édifiante sur la mal information du public. Quand le tremblement de terre frappe cette ville en 1994, les citoyens partent se réfugier dans un village de la grande banlieue. Après les études faites par les experts, il s’est révélé que ce village était l’épicentre du séisme.
Partant du postulat, vérifié d’ailleurs, que là où il y a eu un tremblement, il peut y en avoir un autre, la crainte de voir un cataclysme de la même ampleur que celui d’Agadir de 1960 se reproduire n’est pas exclue. D’où l’importance du respect des normes de constructionn parasismiques, pas dans cette région seulement, mais dans tout le Royaume.
Si, pendant plus de vingt ans, ce fut le cas d’Agadir uniquement, le décret du 22 février 2002 portant Règlement de construction parasismique (RPS) promulgué l’été dernier vient combler un vide pesant sur lequel se sont apesantis bien des intérêts.
Les contructeurs rechignant à mettre la main à la poche. Ainsi, les villes marocaines seront mieux protégées contre les séismes, d’autant plus que d’ici 2050, 80% du parc logement seront des contructions faites selon les nouvelles normes.


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