«Toutes voiles dehors», ouvrage de Nadia Yassine
Fille de son père

Mahjoub Haguig

 

• Nadia Yassine.

 

Tout le monde connaît le franc-parler de Nadia Yassine pour l’avoir lu et relu à l’occasion de ses multiples sorties médiatiques au Maroc et à l’étranger. L’image de l’islamiste «modérée» et son discours se sont vite transformés en des leitmotiv classiques sur la question religieuse. À la longue, ses déclarations ont perdu leur effet de surprise et le phénomène médiatique de l’héritière de cheikh Yassine s’est estompé, comme il est né, de manière impromptue.
Mais la voilà qui revient en force, empruntant une nouvelle voie d’expression: la littérature.
Toutes voiles dehors, titre mûrement réfléchi et symboliquement mis en évidence, résume toute l’approche de Nadia Yassine. «On n’y verra certes pas l’œuvre du hasard, si le mot voiles figure dans le titre d’un ouvrage écrit par une voilée… Je désamorce de prime abord les élans psychanalytiques effrénés. Le mot «voile» ne tient pas du refoulé qui remonte en surface dans un titre; il est bel et bien une allusion claire que je revendique en toute conscience, que j’assume dans mon titre comme dans ma vie».
Le reste de l’essai est une pure confirmation du procédé énoncé dans l’introduction du livre. «Faire dans la provocation» , voilà un autre auteur qui en a saisi l’enjeu, est la seule manière efficace pour retenir l’attention des concernés, ceux à qui est destiné cet ouvrage, tous lecteurs confondus.

Véhémence

Toutes voiles dehors, pour cerner cet essai en un mot, est une démonstration. Autrement dit, un discours idéologique, qui s’engage à mettre sur la scène les idées politiciennes, les tenants et les aboutissants d’une pensée islamique ancrée dans l’aven religieux et volontairement orientée vers la modernité. Quoique la culture occidentale en prenne pour son grade dans ce «voyage de sens» que l’auteur entreprend dans son essai.
En s'accumulant et en se complétant, les idées de Nadia Yassine tentent de débusquer les «duplicités qui biaisent le regard et appauvrissent l’être» et se composent peu à peu en une leçon de réflexion. Certes la véhémence y est, mais le message final est tout annoncé: «enfoncer les barrières qui se dressent entre cet homme et son droit primordial, celui de connaître le secret de son existence en reconnaissant son Dieu».
L’autre particularité de Toutes voiles dehors est que Nadia Yassine a su imprimer à son exercice de réflexion une dynamique proprement littéraire. Les thèmes, chapitres et reprises s'enchaînent et se complètent dans de longues phrases souples et ductiles. Pour réussir ce premier exercice intellectuel, elle a tout simplement su s’approprier une syntaxe respectable et nécessaire. Rien à dire, elle a franchi un autre pas dans la modernisation du statut et de l’image de la femme islamiste.


“Toutes voiles dehors”, Nadia Yassine, éditions Le Fennec, 2003, 386 pp, 99 dh.

 

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