Perspective de rapprochement entre BMCI et BCM
Naissance d’un géant

Le groupe BNP Paribas, principal actionnaire dans le tour de table de la BMCI, serait intéressé par un éventuel fusionnement avec la BCM. Les négociations sont en cours au plus haut niveau du management BCM-BMCI dans la discréction la plus totale.

Youssef Chmirou

 

• Khalid Oudghiri.

 

Comment peut-on expliquer la récente nomination de Khalid Oudghiri à la tête de la banque la plus importante de la place, en l’occurrence la BCM ? Pourquoi le Conseil d’administration de la-dite banque a mis fin aux fonctions d’Abdelaziz Alami qui a pourtant assuré la présidence pas moins de trente ans ? La banque, qui a dégagé 46,9 milliards de dirhams comme total bilan lors de son dernier exercice, prépare-t-elle une transition pour passer dans le giron d’un holding international ? Et quel est ce groupe financier qui figure d’ailleurs dans le tour de table d’une autre banque aussi florissante que la BCM qui peut postuler pour une éventuelle fusion avec la BCM ? Ce ne sont pas des bruits de couloir mais plutôt des interrogations qui sont à l’ordre du jour dans les milieux bancaires.
La rumeur est insistante à propos d’un éventuel rapprochement entre la BCM et la BMCI. Oui, la BMCI que dirige Mustapha Fares. Selon des sources concordantes, les négociations seraient en cours au plus haut niveau du management des deux banques dans la discrétion la plus totale. La nouvelle a circulé mardi 14 janvier 2003 lors d’un séminaire interne tenu à la BMCI où quelques hauts responsables du Groupe BNP Paribas ont avisé les hauts cadres de la banque d’une probable fusion entre les deux établissements bancaires.

• Mustapha Fares.


L’expression utilisée en faisant allusion à la BCM et la BMCI: “Nous ne pouvons plus admettre de détenir des participations dans deux banques séparées au Maroc".

Rumeur

Depuis, l’information s’est propagée dans les milieux bancaires comme une traînée de poudre au même titre qu’elle a relancé une sorte de spéculation concernant les opérations de fusion-absorption plausibles au niveau des autres banques opérant au Maroc. Alors pourquoi les analystes du marché financier soutiennent cette version qui tend vers ce rapprochement en perspective entre BCM-BMCI ? Réponse d’un analyste financier: “les deux banques disposent de plusieurs traits en commun. Leurs liens capitalistiques ainsi que leur tour de table est composé par des actionnaires de gros calibre comme le groupe Axa et BNP Paribas qu’on retrouve dans les participations des deux banques".

Participations

En clair, les deux holding, Axa assurance International et le groupe BNP Paribas ont des participations croisées dans plusieurs banques d’affaires à l’échelon international. Au Maroc, ils sont également présents dans le tour de table des deux banques concernées.
Prenons tout d’abord le groupe Axa assurance international. Cet important groupe financier est présent aussi bien dans le capital de la BMCI à travers Axa Assurance Maroc et l’ONA à hauteur 19,74 % qu’au niveau du tour de table de la BCM par le biais toujours d’Axa Assurance Maroc avec une participation de l’ordre de 10,42%. Dans la même foulée, il faut souligner que le Groupe Axa est le premier partenaire du groupe ONA dans tous ses projets, ou presque, au Maroc.
Vient par la suite BNP Paribas. Une structure puissante et performante, issue d'une fusion réussie, avec un solide ancrage en Europe, leader en Asie et actif aux Etats-Unis.
Ce dernier est présent au Maroc et domine l’actionnariat du tour de table de la BMCI, environ 53,16 %, et se trouve indirectement représenté par sa filiale Cetelem spécialisée dans le crédit à la consommation et les services financiers, au niveau de la jointe-venture Attijari Cetelem conclue entre Cetelem, filiale de BNP Paribas et la BCM.
Les deux entités ont des intérêts communs et ils ont leur mot à dire pour un rapprochement des deux banques marocaines conditionné par l’accord préalable des autres actionnaires comme l’ONA, le groupe Holmarcom, sans oublier les actionnaires minoritaires. De même, il faut toujours garder à l’esprit que la BCM et la BMCI développent des activités complémentaires au Maroc et leur fusion ne peut être que bénéfique pour le marché financier national. Autre élément qui penche vers ce rapprochement, la nomination, le 6 janvier dernier, de Khalid Oudghiri à la tête de la BCM. Cet ancien haut cadre de la BMCI, racontent des sources dignes de foi, a été recommandé par Jai Houkeimi, l’actuel P-dg du groupe ONA pour ce poste. Sa mission serait limitée au temps de la transition que nécessitera la réussite de cette opération de fusion. Pour rappel, Oudghiri a intégré la BMCI en 1992 en tant que directeur régional de la banque. Grand manager, il a vite gravi les échelons pour occuper le poste de directeur général adjoint de la banque en décembre 2000 puis Président directeur général de BMCI Leasing.

Fusion

En avril 2002, il est nommé responsable de la zone Moyen-Orient au siège du groupe BNP-Paribas. Donc, le lien et l’intérêt existent toujours si l’on veut aller plus loin dans l’interprétation de cette nomination qui veut, selon des observateurs, tout dire. De plus, le retrait de la BCM de la scène publicitaire depuis plus d’un, explique une source proche de la banque, justifie la thèse de sa fusion éventuelle avec une grande structure. Le contraire serait jeter l’argent par la fenêtre pour une banque qui risque de changer son identité visuelle si elle se regroupe avec la BMCI autour du même pôle bancaire.
Tout laisse donc croire que bientôt le Maroc verra la naissance d’un grand géant financier et bancaire. Pour l’instant, le détail et le montage de l’opération de fusionnement sont tenus secrets.

Alliances

Les prémices et les ingrédients sont là et les spéculations autour de cette question battent leur plein. Les arguments d’un éventuel rapprochement entre les deux établissements bancaires sont défendables et ne laissent aucune place au doute.
Le marché ne supportera plus l’éparpillement et la dispersion des banques qui doivent s'assembler autour de grands pôles pour redynamiser l’économie nationale. Il en est ainsi pour le secteur public dont les spéculations vont également bon train pour une future fusion absorption entre la BCP et le CIH qui traverse ces derniers temps une crise financière aiguë.
L’Etat marocain a besoin de recentrer le secteur bancaire et il serait même question d’unir les deux autres banques publiques, en l’occurrence la BNDE et la CNCA. Et là aussi on sent la présence du lobbying BNP Paribas car comment interpréter autrement la nomination de Said Ibrahimi, ex-cadre du groupe, il y a 3 ans à la tête de cette banque publique? Les prochains jours seront décisifs et verront à coup sûr la concentration et la restructuration du secteur bancaire marocain. Une évolution, somme toute, positive.


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