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Nayant
plus de flotte étrangère dans ses eaux, la marine marocaine
aurait décidé de s'exercer, pour une raison ou une autre,
sur les bateaux opérant en Mauritanie ". Qu' est-ce qui a
poussé l'hebdomadaire mauritanien, Le Calame, réputé
être sobre, à se fendre, dans sa dernière livraison,
de ce commentaire acrimonieux et plein de sous-entendus? Quelques jours,
auparavant, la marine royale avait, en effet, arraisonné un bateau
pélagique Mousson", opérant sous licence mauritanienne,
au large de Lagouira. Le navire, consigné par un certain Abbas
Bougherbal, était conduit à l'un des ports du sud du Royaume.
L'armateur a dû payer une lourde amende de quelques centaines de
milliers de dollars.
Convention
A en croire
le magazine, un sort quasiment identique fut réservé, des
semaines plus tôt, à un navire consigné par le même
armateur et à un autre consigné, celui-là, par l'homme
d'affaires mauritanien, Miloud Ould Lekhal qui résidait, il y a
quelques années, à Rabat. La liste des griefs des Mauritaniens
ne s'arrête pas là. Selon eux, la marine royale s'en était
également prise, ces derniers temps, aux pêcheurs artisanaux
dans cette zone. Plusieurs d'entre eux, indique Le Calame, ont vu
leurs pirogues et leur matériel confisqué et ils ont dû
revenir à pieds après avoir été déposés
au large de Lagouira".
Pourtant, cette méchanceté marocaine" n'est
pas totalement gratuite. Les navires en question ont été
repérés, il n'y a pas longtemps, par les satellites de contrôle,
dans les eaux territoriales marocaines. Quoi qu'il en soit, la fréquence
de tels incidents met à jour les failles de l'entente cordiale"
que les autorités officielles de Nouakchott et de Rabat disent
vouloir instaurer entre les deux pays voisins.
Malgré que l'un des premiers accords signés entre la Mauritanie
indépendante et le Maroc, en 1970, portait sur la pêche maritime,
les deux Etats n'ont pas, jusqu'ici, réussi à établir
une coopération exemplaire dans ce secteur important de part et
d'autre de la frontière. Ils n'ont pas, non plus, réglé
définitivement le problème de leur frontière commune,
ce qui n'est pas, certainement, étranger aux incidents actuels
qui ne sont pas et ne seront probablement pas les derniers du genre. Certes,
Marocains et Mauritaniens avaient, au lendemain du fameux accord de Mardid
de novembre 1975, paraphé une convention relative au tracé
de la frontière d'Etat", dont les grandes lignes furent fixées
secrètement, trois ans plus tôt, entre feu Hassan II et l'ancien
président Mokhtar Ould Daddah.
En vertu de ce texte, le Oued Eddahab, rebaptisé alors Tiris El
Gharbia, revenait à la Mauritanie tandis que Sakia El Hamra est
considérée marocaine. Les deux parties s'étaient
longuement accrochées à cette convention. Quand, par exemple,
des officiers mauritaniens, dont certains furent haineux à l'égard
de la région Sud de la Mauritanie, dont est issu le président
Mokhtar Ould Daddah, avaient succombé à une double instumentalisation
de la France -hostile à une accentuation du déséquilibre
ethnique entre Maures et Noirs et craignant que le Maroc ne la supplantât
en tant que puissance tutélaire en Mauritanie- et de l'Algérie
-désireuse de la rupture de l'alliance entre Rabat et Nouakchott
ont renversé le régime civil, le 10 juillet 1978, ils avaient,
en premier temps, refusé toute remise en cause de la mauritanité
de Tiris El Gharbia.
Les puissances de l'ombre ont alors, et en l'espace d'une année,
favorisé une série de coups d'Etat et de révolutions
de palais pour trouver quelqu'un qui ferait l'affaire".
Le Colonel Mustapha Ould Salek fut destitué, feu Ahmed Ould Bouceif
tué et Ould Louli écarté. Le lieutanant-Colonel Mohamed
Khouna Ould Haîdalla, sahraoui de souche et partisan du Polisario,
qui devient, au milieu de 1979, l'homme fort de Nouakchott s'avère
le chef qu'il faut". Il n'hésitera pas, en tout cas,
le 10 août 1979 à pactiser avec le Polisario. Il s'engage
à se retirer, au profit de celui-ci, du Rio d'Oro, à reconnaître
et le caractère injuste" de la guerre du Sahara, dans
laquelle des milliers des Mauritaniens avaient péri et les
droits politiques du peuple sahraoui". Ce qui fut perçu alors
par des pans entiers des Mauritaniens comme une aliénation
de la dignité et de l'honneur nationaux"
Sécurité
Le Maroc,
qui a aussitôt rempli le vide, a empêché les séparatistes
de s'emparer de la région évacuée. Mais le retrait
des troupes mauritaniennes est resté, jusqu'ici, inachevé.
Nouakchott, soucieuse de la sécurité de l'essentiel de ses
installations économiques situé à Nouadhibou au nord,
maintient son contrôle sur la localité presque adjacente
de Lagouira, qui constitue une partie intégrante de l'ancien Sahara
espagnol. Jadis centre commercial prospère, Lagouira une localité
en ruines, n'est habitée, aujourd'hui, que par quelques individus
de la communauté aborigène Imraguen. Les Mauritaniens y
installent une garnison militaire.
Geste
Mais se
gardent, sans doute pour ne pas irriter les belligérants actuels
du conflit saharien, d'y implanter leur drapeau. Pour eux, son sort devra
être liée au règlement définitif du conflit.
Rabat, qui semble s'accomoder de cette situation, n'a pas pu empêcher,
de temps à autre, de frictions entre les deux pays notamment au
large de cette presque île. Des frictions qui nourrissent la vieille
suspicion entre Nouakchott et Rabat auxquels les efforts entrepris, ces
derniers temps, par les deux capitales, ne semblent pas arriver à
bout. SM le Roi Mohammed VI avait réçu en grande pompe,
à Tanger en avril 2000, le président Mouaouiya Ould Taya
et s'est rendu, lui-même à Nouakchott en septembre 2001pour
y effectuer la première visite officielle d'un Souverain marocain
en Mauritanie indépendante.
Un geste solennel fort destiné, avant tout, à démonter
à la face du monde que la reconnaissance par le Royaume de sa voisine
est irréversible. Mais le tombeur de Haidalla n'a pas voulu ou
pu, jusqu'ici, révoquer la reconnaissance par la Mauritanie, décrétée
en personne par son prédecesseur, de la RASD.
Ce qui constitue, aux yeux de l'ensemble des Marocains, un péché
contre le saint esprit du bon voisinage et surtout une négation
de la neutralité affichée par les autorités mauritaniennes.
Il est toutefois erroné de voir dans la guéguerre de Lagouira,
les signes avant-coureurs d'une grave crise entre les deux pays. Ceux-ci
sont liés, depuis 1970, par un traité de fraternité"
qui affirme qu'il règne entre la république islamique
de Mauritanie et le Royaume du Maroc une paix durable, une amitié
solide et un voisinage fructueux découlant de l'esprit de fraternité
réelle qui existe entre les deux peuples frères et visant
l'édification d'un avenir commun prospère". Même
aux pires moments, cet engagement n'a pas été entièrement
renié.
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