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Stupeur,
émoi, scandale! La Mosquée Hassan II en danger? Le géant
aux pieds dargile menace de sécrouler et la seule réaction
officielle se résume à un communiqué conjoint de
la wilaya et l'agence urbaine de Casablanca précisant que les
usures observées sur les infrastructures de base de la mosquée
ne concernent qu'une partie de l'esplanade surplombant la mer.
Mais sur les véritables questions dimportance, jusqu'à
présent, cest le silence radio.
Quelle est la cause réelle du danger? Quelle est lurgence
de la prise en charge, les mesures prises ou à prendre? La nature
des dégâts? Sur les risques que font courir à lédifice
des piliers fissurés, des panneaux de coffrage qui se sont détachés
et lacier qui a éclaté?
Dégradation
Benchekroun
Ali, le PDG de Bymaro, la filiale de Bouygues qui a construit la mosquée,
nous a pratiquement tenu le même discours que celui de la Wilaya,
tentant de minimiser lampleur des dégâts: «Concernant
les dommages dont vous parlez, il sagit dun problème
relatif à une dalle-pompier, cest une partie de lesplanade
qui a subi un décollement de béton. Ce nest pas lensemble
de la Mosquée qui est touché, lesplanade a été
fermée au public et nous sommes en train de confectionner un rapport
sur la question en collaboration avec le ministère de lIntérieur
et lAgence Urbaine de Casablanca». Cest là un
démenti très confirmatif qui montre quil y a bien
péril en la demeure.
Laffaire remonte à lété 1999. À
lépoque déjà, linformation avait circulé
annonçant de probables fissures dans lédifice, voire
une vraie dégradation des fondations.
Le directeur de lAgence Urbaine de Casablanca est mis au parfum
par les employés chargés de la gestion de la Mosquée,
une gestion instituée par le dahir de 1993. Cest la Communauté
Urbaine du Grand Casablanca qui débourse chaque année une
enveloppe de 30 millions de dhs à lAgence Urbaine pour lentretien
et la maintenance de la Mosquée.
Pour le maître doeuvre Bouygues Matra, régulièrement
épaulé par les expertises du Laboratoire Public dEtudes
et Essais (LPEE), il sagit de faire le service minimum en attendant
dêtre définitivement débarrassé de la
responsabilité des éventuels détériorations
de la Mosquée.
Bouygues établit ses contrôles, un simple travail de routine
en attendant le délai de grâce de dix ans qui mettrait fin
à la responsabilité du constructeur. Un délai durant
lequel Bouygues était lui même couvert contre déventuels
dégâts par les quatre principales assurances de la place,
à savoir RMA, AXA, Sanad et Al Watanya.
Réceptionnée en 1992, la mosquée ne devait donc plus
être garantie au delà de 2002. Mais a-t-elle été
dûment récepetionnée? Il paraîtrait quil
nexiste pas de document officiel attestant de cette réception.
Toujours est-il que Bouygues a demandé linterruption de la
prescription puisque les dix années ont été bouclées.

Me Hamid Andaloussi, avocat de Bouygues.
Comble de malchance pour Bouygues, en 2001 les fissures et les dégâts
se sont aggravés et par conséquent ils sont devenus flagrants.
Pas besoin dêtre un expert pour constater quune intervention
durgence simpose. Lentreprise Bouygues fait alors appel
à ses assureurs pour débloquer une enveloppe de quelque
50 millions de dhs.
Investigations
Et ce, pour
parer au plus pressé, colmater les brèches visibles et faire
les retouches nécessaires. Les assureurs acceptent, dans un premier
temps, de payer. Mais très vite, ils font volte face. Car des indiscrétions
ont révélé que les dégâts qui ont affecté
la mosquée étaient beaucoup plus importants quon a
bien voulu le faire croire.
Du coup, les assureurs commandent un rapport dressant l'état des
lieux, établissant la nature des travaux à réaliser
en vue de raccommoder les failles. Mais auparavant, il fallait déterminer
les causes de cette dégradation. Et cest-là le hic.
Saisi par le constructeur Bouyges, le président du tribunal de
commerce de Casablanca désigne un expert, le 12 avril 2002. Cest
Ahmed Hakimi, lex patron du LPEE reconverti dans lexpertise
en bâtiment, qui est désormais chargé du dossier.

Ahmed Hakimi, expert près les tribunaux.
M. Hakimi est un expert confirmé et reconnu. Après trois
mois dinvestigations et dexplorations en surface et sous marines,
M. Hakimi a établi un rapport volumineux de quelques deux cents
pages quil a remis au président du tribunal de commerce de
Casablanca.
L'état du bâtiment, tel qu'il est décrit dans le rapport
de M. Hakimi, serait en effet alarmant. Lex directeur du LPEE décrit
létat de lédifice avec les conséquences
des assauts corrosifs quil a subis. Il évoque aussi lesplanade
qui perd son béton et nomet pas de signaler les brèches
dans les piliers.
Ampleur
M. Hakimi se garde cependant demettre dans son rapport une quelconque
conclusion définitive quant aux causes des dégradations
constatées. Il a tout de même demandé un délai
supplémentaire de quelques mois pour refaire les plongées
nécessaires et sassurer des dangers réels qui guettent
la mosquée. Le tribunal la autorisé à poursuivre
ses recherches.
La première hypothèse qui vient à lesprit est
la suivante: la dégradation parfaitement visible des piliers et
des caissons de coffrage serait due aux effets conjugués des intempéries
et de la force de la houle. Autrement dit, les dégâts subis
par la mosquée Hassan II seraient loeuvre irrésistible
de dame nature.
Si cest le cas les assurances sen trouveraient du coup dégagées
de toutes responsabilités. Car le contrat de garantie sur dix ans
ne prévoit pas dindemnisations pour causes naturelles. Bouygues
serait ainsi tenu par son engagement de constructeur à couvrir
toutes les dépenses de restauration, quellesquen soient lévaluation
et le coût qui pourrait sélever à des milliards
de Dh. On comprend alors pourquoi Bouygues sacharne à contester
préalablement toute conclusion incriminant les effets de la nature.
Même si, le 19 juillet, Bouygues se voit accorder par le tribunal
lautorisation de faire quelques «travaux urgents concernant
la sécurité des personnes», les assureurs, eux, prennent
un plaisir compréhensible à rendre encore plus complexe
le problème, en voulant aller jusquau bout dans la défense
de leurs intérêts. En effet, sous la houlette de la RMA,
les assureurs demandent au tribunal de commerce de désigner un
autre expert pour confectionner une contre expertise judiciaire. Cette
fois-ci, le président du tribunal de commerce va désigner
Hamou Moussaoui, un ingénieur qui a fait sa carrière dans
les TP avant douvrir son cabinet dexpertise.
Considéré comme lun des meilleurs spécialistes
en expertise maritime, Moussaoui se met au travail, nhésitant
pas lui aussi à endosser son équipement de plongée
sous-marine pour constater de visu létat des piliers et des
fondations. Le travail est minutieux. Devant lampleur de la tâche,
lexpert prend tout son temps.
Une application qui irrite outre mesures le patron de Bymaro, M. Benchekroune.
Au point que lors dune rencontre, les deux hommes en sont même
venus aux mains.
Lexpert par qui le scandale est arrivé est alors récusé
par Bouygues. Une demande en référé a été
déposée dans ce sens par le constructeur de la Mosquée
Hassan II auprès du président du tribunal de commerce de
Casablanca qui devrait se prononcer incessamment.
Contraintes
Devant lévolution
de la situation et face à lintransigeance des assurances,
Bouygues engage lun des meilleurs cabinets davocats de Casablanca,
Hamid Andaloussi. Celui-ci est chargé dune double tâche,
invalider lexpertise de Moussaoui en demandant notamment le remplacement
de celui-ci par un autre expert, et mobiliser les arguments nécessaires
pour convaincre les assureurs de passer à la caisse. Voire...
Car le rapport de Moussaoui, qui na pas encore été
remis au juge, serait sans appel. Les piliers, surtout ceux situés
sur le front de mer et qui soutiennent les fondations, présentent
une corrosion importante. Les pieds de ces piliers sont particulièrement
atteints.
Les fissures et les lézardes qui couvrent les murs souterrains
achèvent, quant à elles, de donner à l'ensemble une
allure de navire en perdition.
Quand on sait que les parties métalliques de l'ouvrage et les millions
de mètres cubes de béton pèsent plusieurs centaines
de milliers de tonnes, il n'est pas difficile d'imaginer les conséquences
d'un tel déséquilibre, aussi infime puisse-t-il paraître.
Le savoir-faire du constructeur français Bouygues est certes légendaire.
Pourtant, dans ce cas despèce, il aurait été
dépassé par le caractère extrêmement complexe
de louvrage. Cest que les contraintes imposées par
le gigantisme du chantier, baptisé «Chantier des records
technologiques» sont telles que les travaux nont pas permis
d'optimiser, d'évaluer et d'adapter de manière très
précise les technologies du bâtiment et du génie civil
à des exigences tout à fait exceptionnelles.
Facture
Malgré
la mise au point d'un béton spécial B.H.P (Béton
à Haute Performance), capable d'absorber, de plus, les effets conjugués
du vent et de la sismicité, les effets de la houle en labsence
dune digue spéciale sont tellement puissants que la pression
de 1200 bars au cm2 savère aujourdhui difficilement
supportable pour les piliers qui soutiennent lédifice.
Pour lexpert Hamou Moussaoui, il est absolument nécessaire
de construire une digue pour ralentir leffet de la houle. Rappelons
que la construction de cette digue par Bouygues était prévue
dans le cahier de charges initial .
Deux options sont désormais envisageables: soit refaire carrément
les caissons en mettant plus de béton spécial que dacier;
soit carrément -ce qui est impensable- reconstruire la Mosquée
sur une plate forme en béton. Ce qui signifie que le monument ne
flottera plus sur les eaux de lAtlantique, comme la ardemment
voulu feu Hassan II. Indéniablement, la facture sera fortement
salée.
Aujourdhui, malgré tous ces déboires, la mosquée
est considérée comme un patrimoine de tous les Marocains.
La question que se pose le quidam de la rue maintenant est la suivante
: si Bouygues a floué les Marocains, qui paiera alors laddition?
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Comme suite
aux informations alarmistes parues dans la presse à propos des
menaces deffondrement de la Mosquée Hassan II, la Wilaya
du Grand Casablanca et lAgence Urbaine de Casablanca, après
une nouvelle visite du site, effectuée par le Wali et le Gouverneur,
Directeur de lAgence Urbaine, apportent les précisions utiles
suivantes : Les usures observées sur les infrastructures de base
de la Mosquée ne concernent quune partie de lesplanade
surplombant la mer. Les piliers, construits en béton plein, et
supportant le bâtiment principal de la Mosquée, nont
subi aucune altération et sont intacts et résistants.
Ces désordres paraissent normaux et typiques de toutes les constructions
soumises aux agressions physico-chimiques du milieu marin et font lobjet
dune maintenance appropriée et permanente que subit habituellement
ce genre douvrage dans une pareille ambiance.
Ces travaux, déjà exécutés sur le tiers des
ouvrages par le constructeur de la Mosquée, doivent reprendre incessamment
et se poursuivre dans lavenir.
Pour assurer davantage de sécurité, prévenir tout
risque imprévu, il sera procédé à une auscultation
par un bureau détudes hautement spécialisé
de lensemble de louvrage, lobjectif de cet examen est,
aussi bien de confirmer la méthode de maintenance en cours, que
denvisager des solutions complémentaires, si le besoin den
ressent.
De même, les aspects juridiques concernant les responsabilités
respectives du constructeur et des autres parties intervenantes dans cette
affaire seront approfondis par de nouvelles consultations.
En conséquence, lopinion publique, qui se préoccupe
à juste titre de la pérennité de ce monument religieux,
symbole de lattachement du peuple marocain à ses valeurs
sacrées et aux souvenirs du bâtisseur de cet édifice,
feu Sa Majesté le Roi Hassan II que Dieu lait en Sa Sainte
Miséricorde, doit se rassurer sur la vigilance des autorités,
quant à son entretien et sa préservation, suivant les hautes
directives de Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu le glorifie.
Driss Benhima,
Wali du Grand Casablanca
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