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Maroc-Hebdo International: Quel bilan dressez-vous de la dernière
édition du festival international de danse contemporaine?
- Lahcen Zinoun: Le choix de cette année a beaucoup plu au public
parce quil y avait plusieurs facettes de la danse contemporaine.
Chacun y a trouvé son compte. Le nombre des compagnies était
certes réduit, mais nempêche que les trois troupes
rassemblaient quelque chose comme 80 danseurs.
Ce qui na pas du tout arrangé notre situation financière.
Je conclus par dire que je suis déficitaire, par dire que je ne
peux pas continuer à maintenir une manifestation où je suis
seul, en compagnie de Mohammed Amine Moumine, qui mépaule,
si les services publics ne prennent pas en compte cette situation et donnent
le coup de pouce nécessaire pour permettre à lévénement
de sélargir et de souvrir à dautres expériences.
Maroc-Hebdo International: Est ce quil y a risque dannuler
la prochaine édition?
- Lahcen Zinoun: Si les conditions névoluent pas, malheureusement
oui. Je ne peux plus me permettre daller toquer chez les gens pour
demander de largent. On nest pas des mendiants. On nous met
mal à laise et lon nous renvoie à limage
de Jamaâ El Fana, où lartiste est toujours le mendiant
qui demande des sous. Malheureusement, cette image est ancrée dans
la mentalité des gens.
Maroc-Hebdo International: Est-ce que le public marocain a répondu
à lappel cette année?
- Lahcen Zinoun: Le seul et vrai ballet contemporain de cette année
était représenté par la troupe de Lausanne. Les deux
autres ballets étaient des néoclassiques modernes. Malgré
cette particularité, il ny avait pas beaucoup de monde. La
première soirée, il y avait 250 personnes et la deuxième
400. Cest déjà pas mal parce quon sait quon
sattaque à un genre de danse (contemporaine) qui continue
de se chercher.
Maroc-Hebdo International: Une danse qui se cherche ailleurs
et qui nest pas très cotée au Maroc
- Lahcen Zinoun: Toute histoire a un commencement. Il faut une initiation.
Le festival sest assigné comme première vocation lencouragement
de la danse contemporaine au Maroc. Mais le jour où lon ouvrira
un centre chorégraphique qui nous permettra dinviter les
meilleurs de ce genre (ils sont peu dailleurs dans le monde) nous
pourrons entrevoir de nouveaux horizons
En danse, je vois mal comment on peut exiger des performances dun
corps non travaillé, non déchiffrable, sauvage, à
létat brut. Il va y avoir un manque de poésie, de
finesse, de subtilité. Si on veut faire de la laideur, il faut
connaître la beauté. Pour connaître la beauté
il faut travailler son corps. Et ce nest pas en peu de temps quon
peut y arriver. Il faut plusieurs années de travail pour que le
corps puisse sexprimer librement et exactement.
Maroc-Hebdo International: Il faudra peut-être remédier
en premier aux complexes du corps
- Lahcen Zinoun: Ce qui est sûr, cest que le corps est tabou.
Il ny a pas que les Marocains qui bloquent. Tous les Arabes ont
des problèmes avec leurs corps. Le corps na pas sa place
en tant quinstrument dexpression artistique comme cest
le cas de la musique, de la peinture, du théâtre
En
plus cest un faux problème. Quest-ce qui dérange
en fin de compte? Jai constaté dernièrement, lors
dune expérience avec des étudiants de lISADAC,
que le rapport au corps est conditionné par les situations où
se trouve la personne. Monter sur scène avec un maillot de bain
pour prendre une douche est catégoriquement refusé, alors
que sur la plage, il ny a pas lombre dune hésitation.
Maroc-Hebdo International: Comment êtes-vous passé
de la danse au cinéma?
- Lahcen Zinoun: Jai toujours aimé faire du cinéma.
Dailleurs, jai une conception chorégraphique assez
cinématographique sur scène. Jai aussi beaucoup intégré
limage dans mes spectacles. En plus, je me suis dit que cest
la meilleure façon de rendre service à la danse. Jestime
que seul un chorégraphe saura restituer toute sa beauté
à un corps en mouvement. Jai vu, à maintes reprises,
la TVM, filmer mes ballets. Le produit est une catastrophe. Jai
pu sauver en 1995, au montage, Islit, Tislit. Jai fait
pareil, en 1997, avecAdonis. Pourtant, ces deux ballets nont
jamais vu le jour sur petit écran. Est-ce une censure? un rejet?.
Maroc-Hebdo International: Quelle place occupe le cinéma
dans votre vie dartistes?
- Lahcen Zinoun: Je me suis servi du cinéma comme une forme de
thérapie. Je me suis débarrassé de petites choses
que je traînais depuis des années. Dans mon dernier court-métrage,
Silence, figure la dénonciation dun despote,
un maître de langue arabe, qui nous tabassait, alors jeunes élèves,
dune façon horrible. Il y a aussi une sorte de défi
à soi-même, une sorte daudace dans ma raison dêtre
et dans ma façon de concevoir les choses...
Maroc-Hebdo International: Et vos cours de danse dans toute
cette histoire?
- Lahcen Zinoun: Beaucoup de personnes, lesprit ouvert, ont réellement
compris lintérêt de la danse contemporaine. La danse
est avant tout un art, mais, à côté, cest aussi
un sport complet. Pour les enfants, la danse est très indiquée.
Elle permet de développer leur musculature et, en même temps,
elle permet à ce corps de jumeler la musique et le mouvement dans
un espace réduit. Malheureusement, le nombre des garçons
est minime.
Maroc-Hebdo International: Toujours le complexe du corps?
- Lahcen Zinoun: Ce sont surtout les parents qui bloquent. Pour eux, la
danse est faite uniquement pour les filles, alors que les garçons
devraient sadonner à dautres disciplines sportives
plus en compatibilité avec leurs corps de futurs mecs.
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