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Il suffit
de décrypter le discours de nombre de Marocains et vous n'aurez
aucun mal à leur faire dire que les Américains sont incultes,
naïfs, sans éducation, arrogants, sujets aux engouements les
plus fous. On laisse l'énumération ouverte, elle est loin
d'être complète. On pourrait ajouter sans peine : l'Amérique
terre de folie ou l'Amérique pays des serial killers, ce type de
qualificatifs à l'emporte pièce découle de ce que
lon pourrait appeler la matrice originelle du mépris anti-américain.
Y a-t-il alors un antiaméricanisme maladif au Maroc ?
À cette question, un sondage effectué, le printemps dernier,
par linstitut américain arabe basé à Washington
a cherché à donner des éléments de réponse.
Stéréotypes
En effet,
la Maison Blanche, le commanditaire de ce sondage, a voulu connaître
la perception de limage des Etats-Unis dans 9 pays islamiques dont
le Maroc.
Pour cela, 10 milles personnes ont été sondés en
Arabie saoudite, Kuwait, Jordanie, Liban, Iran, Turquie, Indonesia, Pakistan.
Résultat : 53% des interrogés ont des préjugés
négatifs à légard des Etats-Unis, 70% dentre
eux soutiennent que ce ne sont pas les « arabes » les véritables
instigateurs des attaques des 11 septembre, 44 % des sondés estiment
que les valeurs occidentales propagées par les Etats-Unis ont un
effet pervers sur le mode de vie islamique, 80% de cet échantillon
pensent que la guerre menée par lAmérique en Afghanistan
nest pas moralement justifiable et enfin 70% considèrent
que Washington nest pas crédible et quil protège
ses amis et alliés des régimes autocratiques arabes.
Les Etats Unis sont, donc, aux yeux de plus de la moitié des Marocains
sinon l'ennemi, du moins le pays dont il faut se méfier, celui
dont émane une menace sur notre mode de vie, notre économie,
notre culture, notre pensée, le pays qu'il faut critiquer au delà
de toute raison ou vis-à-vis duquel il faut manifester sa défiance
et, pourquoi pas, son aversion.
Mépris
Pour linstitut
américain arabe, ce ressentiment des Marocains, sexplique,
en grande partie, par la politique des Etats-Unis dans le monde arabo-islamique
en général, et au Moyen Orient, en particulier. Conséquence,
loncle Sam est perçu comme arrogant, hypocrite, auto-tolérant,
et incapable dengager un véritable dialogue interculturel
avec les musulmans. Cest la superpuissance qui produit les trusts
et les lois antitrust, la vérité et son contraire, puis
elle vend le tout.
« Lalibi » palestinien est pour beaucoup dans cette
attitude négative. Ainsi, les Marocains sondés sont convaincus
que les Etats-Unis pratiquent systématiquement la politique «
de deux poids , deux mesures» au profit dIsraël : «
on punit les peuples irakien et afghan alors que lon abandonne les
Tchétchènes et surtout les Palestiniens », sindigne
lopinion publique marocain.
Mais est-ce que la politique étrangère américaine
au Moyen-Orient est, à elle seule, à lorigine de cette
animosité ? Ou, serait-ce le courant islamiste qui traverse la
société marocaine qui attise, pour des fins politiques et
politiciennes, ce sentiment contre une Amérique qui mène
la guerre contre lIslam et les musulmans ?
Cest à cette question qui taraude lesprit des locataires
de la Maison Blanche qua également essayé de répondre
la presse américaine. Ainsi, quelques jours seulement après
les attaques du 11 septembre 2001, les deux principaux hebdomadaires des
Etats-Unis, «Time» et «Newsweek», ont consacré
deux remarquables numéros spéciaux à la question
de savoir pourquoi les Etats-Unis suscitaient tant de haine. Cétait
le titre de leur couverture. Il est tout à fait exact, que, dès
les premiers jours qui ont suivi le 11 septembre, une fois passée
la première émotion, des voix ont commencé à
se faire entendre pour suggérer que, si tragédie il y avait
eue au World Trade Center, les États-Unis y étaient quand
même pour quelque chose.
« Les attentats ont provoqué l'horreur chez moi, et d'un
autre côté, on se sent ici trahi par la politique étrangère
américaine», a ajouté un intellectuel marocain, qui
explique que le même jour, on pouvait voir sur les télévisions
arabes le Premier ministre israélien Ariel «Sharon poursuivant
ses carnages contre les Palestiniens».
Et on ne peut pas ne pas citer cette phrase fort ambiguë de lancien
premier ministre Français Lionel Jospin, souhaitant publiquement
que «les États-Unis tirent la leçon» de cette
tragédie - sous-entendant par là que quelque chose dans
leur politique avait, sinon provoqué, du moins expliqué
ces attentats. Daucuns voient même en Ben Laden, lartisan
de ces attentats, le produit monstrueux dun croisement entre Washington
et Tel-Aviv .
Ambiguïté
Mais ces
appréhensions ne datent pas daujourdhui. Il est vrai
quil est sest amplifié ou sest manifesté
après le 11 septembre. Mais, d'une certaine manière, les
mouvements gauchistes, -donc pas particulièrement les islamistes-
ont pendant des décennies entretenu une sorte de phobie anti-américaine
générale, où l'on retrouvait à la fois le
complot pour empoisonnement de la jeunesse sous le signe de Coca-Cola,
lentreprise d'asservissement des esprits par le cinéma américain,
etc. Cette haine, donc, a une histoire. Et ne s'élève pas,
seule, au milieu d'un désert : elle est la manifestation la plus
hargneuse d'un combat dune politique de survie séculaire
auquel participe aussi pour une bonne part le mouvement antimondialisation.
Cela dit, il ne faut pas non plus tout ramener aux Etats-Unis et leur
faire porter le chapeau si lon na pas trouvé du pétrole
à Talsint où sil na pas suffisamment plu dans
les régions dEl Gharb et Saiss. Endosser léchec
de sa politique sociale à Washington, et placer bêtement
une nation à demeure au banc des accusés, pour fausser ainsi
la perception de nos propres problèmes, ce qui est encore plus
dévastateur puisqu'on en retarde ainsi la solution.
Peut-être se pourrait-il que l'anti-américanisme marocain
soit un symptôme de refus de la réussite et la marque emblématique
d'un reflux et d'un effacement du Maroc.
La réponse est évidente pour quiconque a la moindre lucidité.
Qui na que peu à voir avec Washington.
Cela dit, les États-Unis n'en constituent pas moins aujourd'hui
la seule hyper puissance dont on attend tout et son contraire, perpétuellement
sommée de tout régler en ne se mêlant de rien.
Mais ce serait intéressant de savoir que la critique envers le
gouvernement des États-Unis ne constitue pas de l'antiaméricanisme
et ce n'est pas un privilège réservé aux «
non-états-uniens ». La preuve, un article publié dans
le Washington Post du 5 septembre dernier . Un auteur y explique que certaines
des récentes actions du gouvernement américain « sont
similaires à celles des régimes qui ont été
historiquement condamnées par tous les présidents Américains
». L'auteur est un certain Jimmy Carter.o
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