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Mardi 10
septembre à Casablanca. Avec lapparition des premières
lueurs de laube, le quartier de La Gironde sanime peu à
peu. Les passants qui longeaient la rue de Libourne du même quartier
ne soupçonnaient pas le contenu du sac en plastique jeté
sur le trottoir. Il fait partie du décor habituel dune ruelle
souvent polluée et négligée. Personne ny a
prêté attention sauf les éboueurs qui accompagnaient
ce jour-là un camion de collecte dordures.
Lourd et bizarre, le sac jeté dans la benne du camion sest
déchiré et a laissé apparaître la partie supérieure
dun cadavre. Terrifiés, les éboueurs ont alerté
le poste de police jouxtant la rue de Rome. Arrivés sur place,
les éléments de la PJ des Roches Noires ont découvert
le buste mutilé, sans tête ni bras.
Un autre crime crapuleux qui vient raviver le feuilleton meurtrier de
cet été.
Alerte
Les investigations
menées, la partie inférieure du cadavre a été
retrouvée vers la fin de la matinée au Parc Murdoch, pas
loin du Bd Victor Hugo. Lalerte est donnée et lensemble
des services de sécurité est sur le pied de guerre. Il faut
à tout prix élucider ce crime qui a fait lobjet, le
même jour, du bulletin dinformation de la deuxième
chaîne avec images à lappui.
Les résultats de lenquête préliminaire menée
par la police judiciaire, en étroite collaboration avec les éléments
de la Brigade nationale de la police judiciaire, font ressortir quil
sagit dune femme âgée denviron 36 ans,
les pieds couverts de henné.
Le médecin légiste, qui a examiné le cadavre, reconnaît
quant à lui labsence de traces de violence sur les parties
du corps, jusquà présent retrouvées. La mort
remonte, selon le rapport du médecin légiste à 3
jours, soit au dimanche 8 septembre dernier. Jeudi 12 septembre, au soir,
le laboratoire de la DGSN à Rabat était encore en train
danalyser les empreintes relevées sur le corps de la victime
pour lidentification. En attendant, selon des sources bien informées,
la piste des intégristes salafistes, qui sévissent sous
prétexte de lislam, nest pas à écarter.
Violence
Plusieurs
crimes dinspiration fanatique, une dizaine environ (le dernier remonte
à fin du mois daoût concerne une jeune fille de 17
ans découpée en morceaux), perpétrés dans
diverses villes du Royaume, ont fait monter linquiétude de
la population de plus dun cran.
Normal pour un pays qui se croyait sécurisé et à
labri de la violence islamiste. Loin de verser dans un alarmisme
de mauvais aloi, le courant de « Al Hijra Wa Takfir », issu
de la « Salafia Jihadia » fait beaucoup parler de lui ces
deux derniers mois.
Les aveux des membres du groupuscule de Youssef Fikri, arrêté
à Tanger, et ceux de Mohamed Damir, arrêté lors de
la fusillade de Sidi Moumen, sont là pour rappeler, si besoin est,
lexistence au Maroc de ce courant islamiste radical décidé
plus que jamais à combattre lempire du mal et les mécréants.
Ils sont convaincus quils ne font quappliquer la chariâa.
Leur chariâa. Ils commencent par cibler la victime, généralement
des filles en bonne compagnie ou des fêtards qui sortent des boîtes
de nuit, les abordent, les arrêtent et exercent sur eux toutes sortes
de tortures avant dexécuter la sentence, pour eux naturelle,
la mort, après un simulacre de procès islamique. Le corps
retrouvé Bd de la Gironde ou celui de la jeune de 17 ans de Sidi
Othman ressemblent, à quelques détails près, à
la méthode des combattants salafistes. Leur point commun : les
victimes ont été toutes torturés, tuées, découpées
et jetées en pâture aux rats dégouts.
Depuis la découverte de la première victime, Aziz Assadi,
son corps a été retrouvé abandonné dans un
puit à Sidi Bernoussi, la vigilance des services de police sest
accrue. Plusieurs interpellations ont eu lieu dans le camp des mouvances
islamiques et une dizaine de mosquées clandestines ont été
fermées. Dernière fermeture en date, celle de la mosquée
Mekka de Salé. Son prêcheur, Hassan Kettani, pourtant autorisé
par le ministère des Affaires religieuses, a été
interdit de prêche (voir MHI n° 523). Il venait de sen
prendre aux partisans de la laïcité et parle aujourdhui
de «cabale» contre les islamistes pour «plaire aux Américains».
Lutte
Ce dernier
a été interrogé à plusieurs reprises par les
services de la police qui ne détiennent jusquà aujourdhui
aucune preuve de son implication dans le réseau violent de la Salafia
Jihadia. En effet, depuis quelques années, plusieurs mosquées
non «homologuées» par le ministère des Habous
et des Affaires religieuses ont été construites grâce
au financement des associations caritatives islamiques. On ne peut pas
toujours les repérer car souvent, les « fidèles »
se contentent de la maison dun des leurs, voir un dépôt,
un garage.Cest là où généralement les
activistes de la Salafia Jihadia recrutent leurs fidèles qui sont
souvent analphabètes, issus des quartiers défavorisés.
Vigilance
Les services
secrets marocains estiment aujourdhui la population du courant radical
de la Salafia Jihadia à environ 1000 militants, dont une centaine
dactivistes jugés dangereux et une poignée de prédicateurs
ou chefs spirituels qui ont presque tous fait leurs études en Arabie
Saoudite. Les recruteurs sont implantés dans des quartiers défavorisés
et dans des bidons-villes où ils arrivent à engager facilement
de nouveaux combattants, généralement des jeunes, pour les
endoctriner. Ils sont tous, ou presque, repérés par les
éléments de la DST qui est désormais sur le pied
de guerre sous la conduite résolue du Général Hamidou
Laânigri, déterminé à éradiquer le mal
à la racine. Car la situation est inquiétante et la vigilance
de mise. Le cas de lémir Youssef Fikri, arrêté
à Tanger par les services secrets, avant de perpétrer lun
de ses crimes, est là pour témoigner de lefficacité
des services de sécurité marocains. La lutte sera longue,
à dit le ministère de lIntérieur, Driss Jettou,
mais il faut lengager résolument.
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Les Marocains
appartenant au réseau Al Qaida font encore parler deux. Les
arrestations se multiplient dans diverses capitales européennes
et font état dun bilan alarmiste. Ils sont considérés
comme des relais des Kamikazes qui ont perpétré les attentats
du 11 septembre.
En Espagne, La Guardia civil a procédé à larrestation,
en avril 2002, dun Marocain, Mohamed Zouaydi, qui récoltait
de l'argent pour la filière espagnole et pour le cercle de Mohamed
Atta. Le même réseau sactivait dans dautres pays
de lUnion Européenne. Cest aussi le cas de lItalie,
où la police antiterroriste italienne disposait d'une longueur
d'avance sur les autres polices d'Europe. Après plusieurs mois
d'écoutes téléphoniques, elle avait démantelé
dès avril 2001 une cellule de quatre Tunisiens appartenant au «Groupe
salafiste pour la prédication et le combat», emmené
par Essid Ben Khemais, 33 ans. Ce groupe, en contact avec le Marocain
Tarek Maâroufi en Belgique, étudiait la réalisation
d'un attentat chimique en Europe (contre l'ambassade des Etats-Unis à
Rome?), mais était surtout essentiel à Al-Qaida pour la
fourniture de faux documents qui permettaient aux militants de circuler
sans peine en Europe. Bref, un groupe de soutien logistique à Al-Qaida,
le GSPC étant une entité distincte mais «sur»
du réseau de Ben Laden. Dans cette enquête, Milan est apparu
comme le noyau de l'islamisme en Italie, et pas moins de 164 personnes
ont été identifiées dans l'environnement du GSPC.
Parmi elles, un groupe fréquentant Ben Khemais et travaillant au
centre culturel de la ville, présenté comme l'un des pivots
d'Al-Qaida en Italie sinon en Europe. Figurait dans le groupe terroriste
le Marocain Yassine Chekkouri, bibliothécaire de son état.
Ils tombent entre le 14 et le 29 novembre 2001, les Italiens y voyant
une «annexe» du réseau de soutien logistique de Ben
Khemais.
En février 2002, Ben Khemais et ses complices sont condamnés
à 5 ans de prison ferme. Quatre jours plus tôt, l'Italie
avait démantelé une autre cellule du GSPC: quatre Marocains
qui s'apprêtaient soit à frapper le système romain
de distribution d'eau en y versant un dérivé cyanuré,
soit à attaquer l'ambassade des Etats-Unis. Des passages souterrains
avaient été creusés jusqu'aux murs de l'ambassade.
Voulaient-ils attaquer l'ambassade au cyanure, empoisonner l'eau du réseau
de distribution adjacent? Le trafic de faux documents est resté
le filon des enquêteurs. Dès 2001, ils avaient appréhendé
deux frères marocains, Mohamed et Saïd Kazdari, condamnés
à l'époque pour avoir livré de faux passeports et
cartes d'identité. Mais il faudra attendre le 12 juillet 2002 pour
que le réseau des frères Kazdari soit entièrement
épinglé, la Digos mettant cette fois la main sur environ
400 fausses pièces
d'identité.
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