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Mardi 10
septembre 2002. Peu avant onze heures, une bagarre éclate entre
les détenus et les gardiens de la prison Boulmahraz à Marrakech.
La bagarre tourne en faveur des premiers qui prendront le contrôle
de tous les locaux à lintérieur du périmètre
de la porte donnant sur la cour intérieure. Les prisonniers saccagent
le mobilier, la pharmacie et léconomat. Les portes de la
prison sont fracassées à coup de jets de boules de pétanque,
avec lesquelles ils jouaient durant la promenade.
Larrivée du procureur et du préfet de police, peu
de temps après, permettra dengager des négociations
avec 20 représentants des détenus. Les détenus reprochent
au nouveau directeur de létablissement davoir pris
un ensemble de mesures contraignantes. Devant les perturbations causées
pour la bonne marche de la prison par le trafic de drogue, le grand nombre
de visiteurs et les risque dincendie à cause de lutilisation
des réchauds électriques, le directeur a supprimé
ces derniers, ainsi que le panier à provisions.
Un compromis est finalement trouvé peu avant 15 heures. Aux termes
de ce dernier, les détenus pourront faire leurs achats dans la
boutique de la prison à des tarifs accessibles et les réchauds
seront retirés de la circulation. Les prisonniers disposeront dun
endroit pour réchauffer leurs plats. Pour ce qui est des visites,
elles se feront de manière alternative pour les deux pavillons
qui constituent la prison.
Sécurité
On a frôlé
le pire. Dans ce cas. Quen sera-t-il demain ? Prévue pour
800 pensionnaires, la prison de Boulmahraz en abrite 2650. En plus de
la vétusté des lieux, les problèmes de santé
et de sécurité se posent avec acuité. Un topo quon
retrouve dans la quasi-totalité des prisons marocaines surtout
celles qui sont en dehors de laxe Casablanca-Kénitra. La
concentration a des raisons que la raison ignore.
Dans son deuxième rapport, lObservatoire marocain des prisons
enfonce le clou. Nos prisons sont autant de Chines miniatures, où
la densité de la population au kilomètre carré est
apte à figurer dans un livre de records. Leffectif carcéral
en 2002 est de 59.000 détenus pour 46 établissements, soit
une moyenne de 1283 détenus par prison. Parmi les paradoxes relevés
dans ce rapport, la disproportion entre la croissance annuelle de la population
carcérale, de lordre de12%, et la baisse de 2,5% du budget
réservé aux pénitenciers et de lenveloppe réservée
aux soins médicaux (-10%).
Lentrée en vigueur la loi 98/23 laissait présager
une amélioration des conditions de détention, or daprès
lobservatoire, il nen est rien. Le surpeuplement des prisons
vient en premier, suivi de la vétusté des prisons, surtout
administratives, la condition sanitaire des incarcérés,
le drogue, les agressions sexuelles et la corruption. À ce propos,
lobservatoire indique lexistence dun barème des
prestations comme la literie, la protection, les soins, etc. Le discours
des responsables sur le respect des droits de lhomme ne semble pas
avoir également réussi à franchir les portes des
prisons où la baston a encore cours. Tout se paie en prison. Conséquence:
aujourdhui la prison est devenue une véritable école
de la délinquance.
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