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Cette rentrée
est à nulle autre pareille. Plus qu'une rentrée politique
pas du tout ordinaire, c'est tout le pays qui promet de prendre pied dans
la démocratie. L'échéance du 27 septembre 2002, date
des élections législatives, est à la fois fébrilement
attendue et secrètement ou ouvertement appréhendée.
C'est un peu comme une session providentielle de rattrapage après
une longue série de ratages. Aujourd'hui, tous les acteurs de la
vie publique en conviennent, du moins verbalement: la voie de salut national
passe par des urnes qui disent vrai. La démocratie n'est pas tout,
mais elle est le commencement de tout. On sait donc ce que l'on veut,
mais il n'est pas sûr que l'on sache comment y parvenir et à
quel prix.
Une métaphore pour faire vite: pour se marier, il faut être
deux. Pour voter, il faut être trois: l'électeur, le candidat
et l'administration superviseuse. À ces trois niveaux, nous avons
toujours eu les stigmates pénalisant des pays du sud.
Supervision
Un lestage
consciencieusement entretenu, y compris l'analphabétisme ambiant,
qui débouche sur une parodie programmée d'institutions électives.
Il semble que cette fois-ci, sur l'un de ces trois niveaux au moins, les
choses aient évolué. Positivement. La supervision par l'appareil
administratif ne sera plus ce qu'elle était.
Driss Basir, ex-ministre de lIntérieur.
L'engagement est pris par la plus haute autorité de l'État.
Engagement méthodiquement répercuté et mis en forme
par l'instance administrative directement concernée: le ministère
de l'Intérieur. Grand ordonnateur des avatars électoraux
les plus calamiteux pendant plus de trois décennies, ce département
clé de voûte des opérations votatives, n'est plus
perçu comme par le passé. Et il le fait savoir par une stratégie
de communication résolument moderne, suffisamment adaptée
et relativement rassurante.
Capital
Ce n'est
pas un simple déficit d'image, mais un lourd passif que Driss Jettou
s'emploie à faire oublier. Il lui faudra vaincre les réflexes
conditionnés de ses subalternes et le scepticisme endurci de l'électorat.
Avec sa bonhomie apparente, son réel capital de relations politiques
et en mettant au service de la chose publique sa rigueur gestionnaire
du privé, il n'est pas impossible qu'il y parvienne.
Sur le plan technique, le dispositif d'encadrement juridique et humain
est en place. Il concerne toutes les étapes du processus électoral,
depuis la batterie de textes de lois sur le découpage et le mode
de scrutin et le financement de la campagne des partis, jusqu'aux pré-requis
réglementaires des candidatures, en passant par l'arsenal répressif
des fraudes.
Il se trouve qu'un projet de construction démocratique comme le
nôtre ne peut être réduit à des dispositions
techniques. Le primat de la volonté politique n'est pas seulement
nécessaire, il doit être bien partagé. Si l'on tient
pour acquis qu'il n'y aura pas de candidats de l'administration",
ni de tripatouillages en leur faveur, les partis politiques restent la
seule source d'émission des candidatures, l'unique rampe de lancement
des candidats.
Les candidats corrupteurs, les notables à la recherche d'une consécration
parlementaire, les députés fantômes, les représentants
de la nation" diplômés des cafés de commerce,
les élus de droit divin; à part cette dernière catégorie
en voie de disparition accélérée, paraît-il,
tous les autres ne débarqueront pas d'une autre planète.
Ils seront dûment investis par les partis dont ils arboreront le
symbole et porteront la couleur.
Dynamique
Disons-le
nettement si on retrouve dans l'hémicycle ce genre d'échantillons
humains, tous les dispositifs techniques auront été vains,
et les pétitions de principe des bobards pour épouser faussement
l'air du temps.
L'air du temps, justement, c'est le nouveau contexte politique laborieusement
préparé par la transition politique et prodigieusement accéléré
par la succession dynastique.
Si cet environnement institutionnel, encore une fois quasi-providentiel,
n'est pas mis à profit, c'est un autre rendez-vous historique que
le Maroc risque de rater. Jamais la classe politique et les partis qui
lui servent d'instruments de regroupement et d'expression n'ont été
au cur d'une responsabilité aussi grave.
C'est de ces partis, désormais, que dépend la possibilité
pour le pays de faire un saut de puce vers la démocratie. En sont-ils
capables dans leur prolifération numérique et leur implantation
supposée? Quelle distance ont-ils par rapport à leurs professions
de foi?
Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a pas de structures démocratiques
possibles sans le passage obligé par l'exécutoire partisan.
Le bulletin, l'isoloir et l'urne n'est pas une trilogie particulièrement
prisée par l'électeur non-abstentionniste.
La désaffection du public pour le politique est manifeste. On pourrait
objecter que ce n'est pas propre au Maroc. Tout récemment, la France,
pays de la révolution démocratique, a enregistré
des records d'abstention lors de consultations présidentielles
et législatives presque jumelées.
Relativiser
Mais les
deux situations ne sont pas comparables. Alors que la France est dans
la normalité de sa énième alternance, le Maroc, lui,
est dans une phase fondatrice et constituante.
C'est à l'élite politique de ramener le public à
croire de nouveau dans l'utilité incontournable du jeu"
démocratique. Pour cela, les partis ne pourront pas faire l'économie
d'une rupture avec leur culture clientéliste.
Le meilleur moyen, évidemment, est de présenter des candidats
quelque peu crédibles. En sera-t-il ainsi? Il ne faut pas se leurrer.
Même si les états-majors partisans font l'effort de puiser
un petit peu en dehors du creuset habituel, on n'échappera pas,
pour le moment, aux mêmes attitudes ni aux mêmes aptitudes.
On peut dire, au risque d'une généralisation hasardeuse,
que, valeur aujourd'hui, l'institution monarchique et l'administration
tutélaire ont de bonnes longueurs d'avance sur les partis politiques.
Cinq années de transition et surtout trois années du nouveau
règne, n'ont apparemment pas été suffisantes pour
que les partis se préparent à une éventuelle consultation
non-arrangée.
Lors des élections de 1997, Driss Basri, ancien ministre de l'Intérieur,
avait démocratisé" la falsification en impliquant
dans le système de quotas l'ensemble des partis engagés
dans la course aux sièges parlementaires.
Il avait non seulement phagocyté, dès le départ,
la transition politique, mais fortement hypothéqué sa capacité
de persuasion. Il nest donc pas étonnant quau terme
dune législature mal partie, la plusvalue qui aurait
permis un retour de la confiance ne soit pas au bout. Le scepticisme persiste.
Certains candidats, une fois encore, seront un peu plus égaux que
dautres. La couleur dun billet de deux cents dirhams, plus
forte que nimporte quel symbole de parti, sera toujours opératoire.
Le rêve est permis, mais le 27 septembre, on ne sera pas dans autre
chose que du relatif et du progressif. Toute avancée vers un peu
moins de traficotage tiers-mondiste sera un acquis. Dautant plus
quen quarante ans, on a plus appris, en matière délections
entre autres, à tricher quà être réguliers.
La rééducation aura certainement besoin de plus dune
consultation.
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